Les rebelles libyens de la Chambre d'opérations de la libération du Sud libyen (COLSL) affirment avoir intercepté et incendié des camions en partance pour le Soudan, destinés aux Forces de soutien rapide (FSR). Le groupe a diffusé des images de camions incendiés à l'appui de cette revendication. Une info impossible à vérifier puisqu’aucune source indépendante n'a pour l'instant confirmé le fait. Comme dans l'espace de l'AES, le conflit soudanais et le conflit libyen sont marqués par une forte désinformation, qui exploite fréquemment d'anciennes vidéos ou des images tournées dans d'autres pays. Cette annonce doit donc être reçue avec la même prudence méthodologique que les précédentes revendications des deux camps.
Depuis la fin du mois de janvier 2026, le Fezzan, au sud de la Libye, est le théâtre d'affrontements armés répétés entre l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar et la COLSL, dirigée par Mohamed Wardougou. Les premiers accrochages ont visé trois points frontaliers sous contrôle de l'ANL (le poste de Toum, Wadi Bougrara et Salvador), faisant plusieurs morts et blessés dans les rangs de l'armée, avant que celle-ci n'annonce avoir repris ces positions. Depuis, les combats n'ont cessé de rebondir, jusqu'à un nouvel épisode survenu ces derniers jours autour de la porte d'Arindiga et de la base militaire d'Al-Wigh.
Dès janvier, la COLSL avait annoncé la fermeture des frontières avec le Soudan, le Tchad, le Niger et l'Algérie, tout en mettant en garde contre toute tentative de forcer le passage menant au Soudan. L'incident du convoi incendié s'inscrivant directement dans la continuité de cette ligne affichée depuis le début du conflit.
Une menace qui vise directement le Tchad et le Soudan. L'élément le plus significatif de cette séquence reste sans doute la mise en garde de la Chambre contre tout trafic d'armes ou de marchandises en direction du Tchad et du Soudan. Cette menace n'est pas anodine, et elle s'explique par un fait resté peu commenté jusqu'ici : le Tchad n'est pas un spectateur extérieur à ce conflit.
En février 2026, une colonne militaire tchadienne engagée dans une opération conjointe avec les forces du maréchal Haftar contre les hommes de Wardougou a été prise en embuscade près de la frontière avec le Niger, faisant une dizaine de morts dans les rangs tchadiens, avec plusieurs soldats probablement capturés. Autrement dit, N'Djamena est déjà un acteur direct de ce conflit, aux côtés de l'ANL, ce qui donne à la mise en garde de la Chambre les traits d'un avertissement explicite à un belligérant qu'elle considère comme actif, et non comme un simple partenaire commercial régional, analyse MS. Abdelsalam, chercheur associé au CEDPE.
Le Fezzan, carrefour de trafics bien documenté. Cette dimension régionale s'inscrit dans une réalité plus large, déjà documentée. Le Fezzan est depuis longtemps un carrefour de trafics transfrontaliers (carburant, marchandises, et par intermittence armements) reliant la Libye au Tchad et, plus à l'est, aux réseaux d'approvisionnement qui alimentent le conflit soudanais. Une bonne part de la contestation portée par Wardougou puise d'ailleurs directement dans la dénonciation de ces circuits informels, qu'il accuse de profiter à d'autres qu'aux populations locales du Sud, note également M. Abdelsalam.
Le fait que la Libye serve de voie de passage vers le Darfour est cohérent avec plusieurs enquêtes récentes, qui décrivent des routes logistiques reliant le sud-est libyen aux zones contrôlées par les FSR, un constat qui, sans confirmer l'épisode précis du convoi incendié, en rend l'hypothèse plausible plutôt qu'exceptionnelle au regard de la géographie du trafic régional déjà établie.
Ramy Haroun
Analyste, Chercheur associé au CEDPE
Sahel7
www;centrerecherche.com
Le Fezzan est en flammes, une rébellion affronte le maréchal Haftar depuis la fin janvier.
Libye: Un nouvel accrochage, une nouvelle bataille de récits
Les rebelles libyens du Sud assurent avoir pris le contrôle de quelques positions de Haftar