Le 12 juillet 2026, un nouvel épisode est venu relancer la confrontation dans le sud de la Libye. La Chambre d'opérations pour la libération du Sud (SLOR), dirigée par Baraka Wardako al-Tabawi, plus connu sous le nom de Mohamed Wardougou, a attaqué le poste de contrôle d'Arandiga, au sud de l'oasis de Tajerhi, revendiquant la capture de plusieurs éléments de l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar. Une source proche des milieux militaires de l'Est libyen a immédiatement relativisé cette annonce, la qualifiant de simple raid éclair suivi d'un repli vers le sud, et non de l'avancée vers la base aérienne d'Al-Wigh que revendiquait la Chambre, confirmant une fois de plus, l'écart persistant entre les communiqués des deux camps déjà documenté ces dernières semaines.
Des prisonniers exhibés, dans un sens comme dans l'autre. Les forces de Haftar auraient exhibé des combattants présentés comme appartenant au groupe de Wardougou, capturés lors de ces affrontements. Une communication qui s'inscrirait dans la continuité d'une guerre de l'image déjà bien installée entre les deux camps, où chacun cherche à démontrer sa supériorité sur le terrain en produisant ses propres preuves. La Chambre avait, quelques jours plus tôt, revendiqué la capture d'une quinzaine de soldats de l'ANL sans perte dans ses propres rangs, tandis que l'ANL, de son côté, avait déjà mis en avant par le passé la reddition de combattants adverses.
Une menace qui vise directement le Tchad et le Soudan. L'élément le plus significatif de cette séquence reste sans doute la mise en garde de la Chambre contre tout trafic d'armes ou de marchandises en direction du Tchad et du Soudan. Cette menace n'est pas anodine, et elle s'explique par un fait resté peu commenté jusqu'ici. Le Tchad n'est pas un spectateur extérieur à ce conflit.
En février 2026, une colonne militaire tchadienne engagée dans une opération conjointe avec les forces du maréchal Haftar contre les hommes de Wardougou a été prise en embuscade près de la frontière avec le Niger, faisant une dizaine de morts dans les rangs tchadiens, avec plusieurs soldats probablement capturés. Autrement dit, N'Djamena est déjà un acteur direct de ce conflit, aux côtés de l'ANL, ce qui donne à la mise en garde de la Chambre les traits d'un avertissement explicite à un belligérant qu'elle considère comme actif, et non comme un simple partenaire commercial régional. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE.
Une bonne part de la contestation portée par Wardougou puise d'ailleurs directement dans la dénonciation de ces circuits informels, qu'il accuse de profiter à d'autres que les populations locales du Sud. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE.
Un contexte tribal qui pèse plus que les communiqués militaires. Derrière la bataille des annonces, la dynamique la plus déterminante reste sociale plutôt que strictement militaire.
Wardougou appartient à la famille Wardako, influente de longue date dans le Fezzan et historiquement dominante à Mourzouk avant que la ville ne soit reprise militairement par l'ANL. Son frère, Issa Baraka Wardako, avait dirigé le Conseil militaire de Mourzouk et fut même un temps allié de Haftar, avant une rupture qui a débouché sur des affrontements armés. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE.
Ce passif explique pourquoi Haftar a, par le passé, cherché à mobiliser des chefs traditionnels toubous pour obtenir la libération de soldats capturés plutôt que de recourir systématiquement à l'option militaire directe, une prudence dictée par la crainte, partagée jusque dans les cercles proches de l'ANL, qu'une intervention trop frontale ne transforme ce conflit localisé en affrontement communautaire toubou, aux conséquences potentiellement bien plus larges pour la présence de l'ANL dans tout le Fezzan.
Une escalade locale, une désescalade nationale : le paradoxe libyen du moment. Ce qui rend la séquence actuelle particulièrement singulière, c'est son décalage avec la dynamique nationale. Le même jour où la Chambre attaquait Arandiga, des responsables militaires de haut rang de l'Est et de l'Ouest libyens se réunissaient à Syrte pour planifier un exercice militaire conjoint entre les deux camps rivaux, une coopération qui fait suite à un premier exercice commun organisé en avril dans le cadre du programme Flintlock piloté par l'AFRICOM américain. La Libye vit ainsi, simultanément, une timide réconciliation entre ses deux pôles de pouvoir historiques et une nouvelle poussée d'instabilité armée dans ses marges désertiques, signe que le Sud, loin de suivre le rythme des négociations de la capitale, obéit à sa propre logique, faite de rivalités tribales, de contrôle de rentes frontalières et de rancunes familiales qui remontent parfois à plus d'une décennie.
Ce qu'il faut surveiller. Deux indicateurs permettront de mesurer, dans les prochains jours, la portée réelle de cette nouvelle escalade : le sort effectif des prisonniers revendiqués par chaque camp, dont la libération ou la détention prolongée en dira souvent plus que n'importe quel communiqué, et une éventuelle réaction officielle de N'Djamena à la mise en garde de la Chambre, qui déterminerait si le Tchad choisit de maintenir son engagement direct aux côtés de l'ANL dans le Fezzan, ou de prendre ses distances face à un risque d'escalade qu'il ne maîtrise plus entièrement.
Sara H. Salmane et Ramy Haroun
Analystes, Chercheurs associés au CEDPE
Sahel7
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