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Au Tchad, les ressorts d'une offensive russe «pour éloigner Ndjamena de l’Occident» en 2024

Dimanche 29 Mars 2026

Dans la série d'enquêtes « Propaganda Machine », un consortium d'investigation autour du média sud-africain The Continent et de Forbidden Stories explore des documents internes de la « compagnie » aussi appelée Africa politology, un groupe de consultants en communication et influence mis sur pied par Evgueni Prigojine et récupéré par les services de l'État russe après la mort du fondateur de la galaxie Wagner. RFI est associée à cette enquête. Dans cet épisode, retour sur les opérations menées au Tchad durant 2024 pour se rapprocher des autorités du pays, dans le but de « l'éloigner de la sphère d'influence occidentale ».

Le 21 septembre 2024, la presse tchadienne est conviée dans une belle maison « R+1 » du quartier de Farcha, dans l'ouest de Ndjamena. C'est l'inauguration officielle de la Maison russe au Tchad. Une première ouverture discrète avait eu lieu un an plus tôt dans un autre local, mais cette fois, avec le soutien de Rossotrudnichestvo, l'agence de coopération culturelle du ministère russe des Affaires étrangères, chargée notamment d'attribuer les bourses d'études supérieures.

Cette cérémonie veut refléter l'investissement de Moscou dans le pays. Il y a « des petits fours et un air de Tchaïkovski », décrit sur l'antenne de RFI notre correspondant Carol Valade, présent à l'événement.

Du balcon, des agents de l'Agence nationale de la sécurité d'État (Anse) filment discrètement la cour et les échanges de deux hommes blancs avec les journalistes et d'autres invités. Sanglé dans un costume dans lequel il transpire à grosses gouttes, Andreï Denisevitch a du mal à suivre les discussions. Il se présente comme le représentant de Rossotrudnichestvo, mais c'est le francophone du duo, Evgueni Tsarev, qui fait l'essentiel de la conversation.

Depuis 2021 et son embauche par la « compagnie », « Eugène », comme il se fait appeler à Ndjamena, a mené à bien les missions qu'on lui a assignées au Soudan, en Centrafrique (où il a été recommandé pour une distinction officielle), mais aussi dans les pays du Sahel où il a accompagné le déploiement des paramilitaires d'Africa Corps, selon des documents consultés par le consortium. Andreï Denisevitch, de nationalité biélorusse, est lui présenté dans ces documents comme un « analyste politique » du groupe.

 

Pourtant, « les deux hommes n'ont pas l'air dans leur assiette », se remémore aujourd'hui Carol Valade, qui a échangé avec eux. Andreï Denisevitch ne sue peut-être pas seulement à cause de la chaleur écrasante de la capitale tchadienne. À peine la cérémonie officielle terminée, les invités partis, des militaires débarquent et arrêtent les deux hommes.

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