Centre d'études pour le développement et la prévention de l’extrémisme

D’où viennent l’idée de la création du centre, le financement et quels sont les objectifs

Rédigé le Mardi 13 Novembre 2018 à 22:48 | Lu 19 fois | 0 commentaire(s)

Aujourd’hui au Lac Tchad, il y a une multitude d’ONG qui font un travail formidable, il faut le préciser, mais toujours pas à la hauteur de ce qu’il faudrait avoir comme résultat.


Chaque rencontre avec des partenaires internes ou externes est une occasion pour eux de poser ces questions qui, à notre avis, sont justifiées. Certes, il apparaît étrange qu’on se réveille un matin et qu’on décide de bazarder ses maigres ressources dans le but d’apporter son soutien à la prévention de l’extrémisme. La problématique n’est pas aussi simple à appréhender pour ceux qui doutent encore de la motivation et de la ferme conviction d’un africain à se donner pleinement pour la concrétisation d’une idée ambitieuse. Et derrière toute action de grande envergure, on imagine le plus souvent l’existence d’une main cachée qui tire les ficelles. J’avoue que lorsque je parlais de ce projet à mes amis, je n’ai eu aucune oreille attentive, si ce n’est qu’à partir du jour de l’inauguration du CEDPE. En un mot, ce centre de prévention de l’extrémisme est fondé en l’honneur de mes frères et amis, jeunes élèves et étudiants, morts innocemment et prématurément, victimes comme moi de manipulations les ayant conduits à abandonner l’école et à rejoindre la rébellion. Manipulé, j’ai moi-même quitté les bancs de l’école en classe de 4ème  et rejoint la rébellion sous le fallacieux prétexte de combattre le régime de Koufar. Plus chanceux que de nombreux jeunes combattants, je n’ai pas péri dans cette aventure et ai pu reprendre les études après une interruption de quatre années, après notre soidisant victoire de 1979 contre le régime de Koufar, dont les conséquences aujourd’hui encore restent visibles. Je n’ai toutefois pas raté l’occasion qui m’a été offerte pour la deuxième fois d’aller à l’école, et je me suis mis à bosser à fond jusqu’à l’obtention d’un doctorat. La chance étant toujours du côté du rescapé de la mort que je suis, de hautes responsabilités m’ont été confiées par mon pays avec une bonne rémunération pendant une dizaine d’années. La construction de ce centre est donc tout logiquement le fruit d’une ambition et d’une audace sans faille. L’idée murie au fil des années a en fait été rendue concrète par l’épargne réalisée au cours de mes années de travail rémunéré, mais aussi grâce aux appuis moral et financier de ma famille. Ce projet gigantesque dont le coût du premier niveau conçu pour supporter 12 étages s’est élevé à 165 millions de FCFA n’a donc en réalité reçu aucune aide étatique ni étrangère. La première réunion tenue avec des amis dans l’optique de leur expliquer le projet totalement apolitique et indépendant, était sous les gravats de ce bâtiment. J’ai investi dans la construction de ce centre en l’honneur de ces jeunes disparus dans cette aventure de rébellion, de ma mère et de ma petite sœur tuées à Abéché en février 1979 suite au bombardement de notre maison (le premier jour des affrontements entre les troupes de Habré et celles de Malloum), mais aussi à la mémoire de mon père accusé de connivence avec la rébellion, arrêté et torturé en janvier 1994. Ma pensée lors de la conception de ce projet fut aussi orientée vers tous ceux qui se trouvent et se trouveront exposés aux manipulations doctrinales de tout type d’extrémisme. S’il est évident que nous ne disposons pas d’un bâton magique pour prétendre résoudre le fléau de l’extrémisme violent, nous admettons tout de même que nous sommes capables d’apporter, autant que se faire possible, notre contribution à la lutte contre ce fléau, dans un esprit de collaboration avec nos partenaires qui partagent le même souci. A cet effet, nous estimons que l’option militaire contre l’extrémisme violent, à elle seule, ne suffit pas. Il faut d’autres options sur la base d’études, de recherches, afin de dégager une stratégie scientifique intelligente. Nous pensons que des efforts considérables doivent être fournis pour compter sur nos propres moyens en vue d’éviter toute manipulation au nom d’un quelconque partenariat. Aujourd’hui au Lac Tchad, il y a une multitude d’ONG qui font un travail formidable, il faut le préciser, mais toujours pas à la hauteur de ce qu’il faudrait avoir comme résultat. Nous déplorons le fait qu’on dépense assez pour le confort mais pas suffisamment pour répondre aux besoins élémentaires de ceux qui le méritent. Nous ne souhaitons pas que la prévention de l’extrémisme prenne la même forme de lutte que celle contre la pauvreté où, depuis 70 années, on organise des événements fastidieux alors que le résultat demeure négatif et que la pauvreté continue de s’enraciner et de faire boule de neige sur notre planète. Notre ambition au sein du CEDPE est donc de contribuer à donner une vision nouvelle à la lutte contre l’extrémisme violent, à travers des stratégies fructueuses visant l’atteinte de résultats palpables, à court, moyen et long terme.
Dr. Ahmat Yacoub Dabio




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