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Conflit et prévention

Des nouvelles livraisons d'armes américaines à l'Ukraine, Washington joue-t-il avec le feu

Vendredi 24 Juillet 2026

Avant de livrer des armes à l’Ukraine, il devrait tenir compte de son conflit avec l’Iran et du risque que la Russie fournisse des armes de pointe aux Gardiens de la Révolution, sachant que Trump s’est aujourd’hui enlisé dans le piège du Moyen-Orient.


 
 La rencontre entre Sergueï Lavrov et Marco Rubio, en marge de la réunion de l'ASEAN à Manille, rappelle une réalité souvent éclipsée par le rythme des combats. Même lorsque les diplomates se parlent, les armes continuent de parler plus fort.
 
En qualifiant de « inadmissibles » les nouvelles livraisons d'armes américaines à l'Ukraine, la Russie réaffirme une ligne rouge qu'elle défend depuis le début du conflit. De son côté, Washington considère que son soutien militaire à Kiev est indispensable pour permettre à l'Ukraine de préserver sa souveraineté et sa capacité de défense. Deux visions irréconciliables qui prolongent une guerre devenue le principal théâtre de confrontation entre les grandes puissances.
 
Cette séquence diplomatique illustre le paradoxe de notre époque. Les canaux de communication restent ouverts, mais ils servent davantage à exposer des positions qu'à construire des compromis. Chaque nouvelle livraison d'armes est perçue par Moscou comme une escalade, tandis que chaque avancée militaire russe renforce, aux yeux des alliés occidentaux, la nécessité d'un soutien accru à Kiev. Le conflit s'autoalimente dans une spirale où chaque décision de l'un justifie la réaction de l'autre.
Washington joue-t-il avec le feu, selon M. Abdelsalam, chercheur associé au CEDPE:  Avant de livrer des armes à l’Ukraine, il devrait tenir compte de son conflit avec l’Iran et du risque que la Russie fournisse des armes de pointe aux Gardiens de la Révolution, sachant que Trump s’est aujourd’hui enlisé dans le piège du Moyen-Orient.
 Au-delà du champ de bataille ukrainien, les conséquences dépassent largement les frontières de l'Europe. Les tensions entre Washington et Moscou influencent les équilibres stratégiques mondiaux, alimentent la course aux armements, accentuent les fractures diplomatiques et pèsent sur l'économie internationale. De nombreux pays du Sud, déjà confrontés à des défis économiques et sécuritaires, subissent indirectement les effets de cette rivalité sans en être les acteurs.
 
La véritable question n'est donc pas de savoir qui fournira davantage d'armes, mais si les principales puissances sont encore capables d'imaginer une architecture de sécurité qui ne repose pas exclusivement sur la dissuasion militaire.
"Tant que chaque camp estimera que le rapport de force constitue le seul langage compris par son adversaire, les initiatives diplomatiques risquent de rester symboliques", Dr. Ahmat Yacoub Dabio, expert en gestion de conflits, président du CEDPE.
 L'histoire montre pourtant qu'aucun conflit de cette ampleur ne trouve une issue durable uniquement sur le terrain militaire. Les armes peuvent modifier l'équilibre des forces ; elles ne suffisent pas à bâtir une paix stable. Celle-ci exige une volonté politique, des garanties de sécurité crédibles et des compromis que, pour l'heure, aucun protagoniste ne semble prêt à accepter.
 
La rencontre de Manille n'a probablement pas rapproché Moscou et Washington. Elle rappelle néanmoins qu'en dépit des profondes divergences, le dialogue demeure indispensable. Car lorsque la diplomatie cesse définitivement de parler, ce sont les champs de bataille qui écrivent seuls l'avenir.


Sarah H. Salamane 
Analyste, chercheure associée au CEDPE
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