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Ensemble contre les conflits et pour la paix

Conflit et prévention

Haraz Mangagne : la lutte au Tchad contre les armes illégales ne doit pas se faire au détriment des droits des citoyens

Vendredi 5 Juin 2026

une image désolante des habitants qui ont décidé de quitter en masse leurs villages pour rejoindre la Centrafrique.


Dans le département de Haraz Mangagne, situé dans la province du Hadjer-Lamis, les autorités ont engagé une campagne de fouille et de collecte des armes détenues illégalement par les populations civiles. Certes, cette opération s'inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer la sécurité publique, à prévenir les conflits communautaires et à réduire la circulation incontrôlée des armes. Sur le principe, cette initiative répond à une préoccupation légitime de de la junte au pouvoir. La prolifération des armes constitue en effet un facteur d'insécurité qui menace la stabilité des communautés et peut alimenter les violences locales.
 
Cependant, de nombreux habitants dénoncent les méthodes employées par la commission militaire chargée de cette mission. Selon plusieurs témoignages, certains agents auraient outrepassé leurs prérogatives en procédant à des fouilles abusives, à des intimidations ou à des actes portant atteinte aux droits et à la dignité des citoyens.
 
Ces accusations risquent de compromettre l'objectif même de l'opération. Une campagne de désarmement ne peut réussir durablement que lorsqu'elle bénéficie de la confiance et de l'adhésion de la population. Les habitants de certaines régions marginalisées par la junte au pouvoir (Ouaddaï, Guera, Salamat, Kanem…) sont bien placés pour décrire les abus, les humiliations ou les comportements arbitraires qu’ils subissent depuis une trentaine d’années. Ces abus ne font qu'accroître la méfiance et fragiliser la coopération entre les autorités et les citoyens.
(ci-dessous une image désolante des habitants qui ont décidé de quitter en masse leurs villages pour rejoindre la Centrafrique)
 
Les responsables de cette mission doivent donc veiller à ce que les opérations se déroulent dans le strict respect de la loi et des droits fondamentaux.
 
La lutte contre la détention illégale d'armes est nécessaire, mais elle ne saurait justifier des excès de pouvoir ou des pratiques contraires aux principes de justice et de bonne gouvernance. (Moussa Sulman Ibed, chercheur associé au CEDPE)
 
Les autorités compétentes gagneraient également à mettre en place des mécanismes de contrôle et de plainte permettant aux citoyens de signaler d'éventuels abus. Une telle démarche renforcerait la crédibilité de l'opération et contribuerait à instaurer un climat de confiance indispensable à la réussite de toute politique de sécurité.
 
La sécurité des populations est une responsabilité collective. Elle exige à la fois fermeté dans l'application de la loi et respect des droits des citoyens. C'est à cette condition que les opérations de désarmement pourront atteindre leurs objectifs tout en préservant la cohésion sociale et la confiance envers les institutions de l'État.

Sara H. Salman
Analyste - Chercheure associée au CEDP