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Pensée du Jour

L'Agriculture : Fondement de la Puissance et de la Souveraineté

Dimanche 18 Octobre 2026


Par Zako ( Dr. Zakaria Ousman)
Centre Tchadien d'Études Stratégiques et de Recherche Prospective
Penser Global et Agir plus Intelligent


L'Agriculture : Fondement de la Puissance et de la Souveraineté
 
Il n'existe pas un seul pays développé dans le monde aujourd'hui qui n'est pas passé par l'agriculture pour amorcer son développement socio-économique.
 
Aucune exception. De l'Angleterre de la révolution agricole au XVIIIe siècle aux États-Unis, à la Chine, au Brésil ou au Vietnam contemporain, l'agriculture a toujours servi de rampe de lancement, de moteur de croissance et de locomotive du progrès.
 
Pourquoi ? Parce qu'une agriculture maîtrisée remplit quatre fonctions vitales qu'aucun autre secteur ne peut assurer simultanément :
 
1. Elle nourrit son peuple. C'est la première et la plus sacrée des fonctions.
2. Elle génère un surplus commercial. Elle crée des devises et finance l'économie.
3. Elle fournit des matières premières à l'industrialisation. Coton, arachide, gomme arabique, bétail, sésame.
4. Elle crée massivement des emplois. C'est le premier employeur du continent.
 
Voilà pourquoi l'agriculture n'est pas un secteur économique comme les autres. C'est une question de sécurité nationale. C'est la souveraineté alimentaire.
 
Les denrées alimentaires et la santé sont des questions de sécurité nationale. Quand un pays ne peut nourrir son peuple, l'éduquer ou lui fournir des services de santé, ce pays risque l'effondrement. L'énergie n'est pas moins importante. L'énergie est un indicateur de technologie, d'attractivité pour les investisseurs et de compétitivité de l'économie.
 
Un pays qui ne peut pas nourrir ses enfants ne peut pas parler d'indépendance. Il est à la merci des marchés mondiaux, des aléas climatiques et du chantage politique.
 
Pourtant, contrairement aux idées reçues, l'agriculture peut se développer très vite. Elle ne prend pas 50 ans. Elle exige de bonnes politiques agricoles qui se concentrent sur un seul mot : la maîtrise.
 
La maîtrise de l'eau par l'irrigation solaire et les retenues d'eau.
La maîtrise des techniques par une mécanisation adaptée.
La maîtrise de la technologie par les semences améliorées, la fertilisation raisonnée et l'agriculture de précision.
La maîtrise du savoir par la recherche agronomique et la vulgarisation.
 
Plusieurs experts géopolitiques prédisent aujourd'hui que dans un avenir proche, la nourriture pourrait devenir une arme plus puissante que le pétrole. Celui qui contrôle les stocks mondiaux de blé, de riz et d'huile contrôlera la stabilité des États. Les pays puissants pourraient utiliser la disponibilité alimentaire comme instrument d'hégémonie et de pression diplomatique.
 
Dans ce nouvel ordre mondial qui se dessine, le Sahel détient un atout maître.
 
Notre région possède un immense potentiel agricole encore sous-exploité : plus de 80 millions d'hectares de terres arables, des milliards de mètres cubes d'eau souterraine dans les aquifères du Bassin du Lac Tchad, des eaux de pluie considérables, de vastes pâturages et une riche biodiversité. Si elle est valorisée - avec deux récoltes par année culturale - cette richesse naturelle peut transformer le Sahel, non pas en zone de crise, mais en pôle de puissance géopolitique et géostratégique.
 
Mais ce potentiel ne se transformera pas tout seul. Il exige un investissement massif et intelligent, structuré autour de cinq piliers :
 
1. La Recherche : Adapter la science à nos réalités, et non l'inverse. Créer nos propres variétés résistantes à la sécheresse, l'irrigation goutte-à-goutte et l'innovation technologique, c'est-à-dire les technologies alimentaires.
2. L'Infrastructure : Mettre fin à l'agriculture pluviale aléatoire. Chaque goutte d'eau doit être captée, stockée et distribuée. L'irrigation solaire est la révolution à notre portée.
3. Le Capital Humain :
Former un agriculteur-entrepreneur, pas un agriculteur de subsistance. Former des techniciens, des agronomes, des vétérinaires.
4. Le Financement et l'Agrobusiness :
 Créer un système de financement qui comprend le cycle agricole. Et surtout, imposer la transformation locale. Nous ne devons plus exporter du coton brut pour importer des chemises, ni exporter du bétail sur pied pour importer du lait en poudre.
5. La Commercialisation et l'Intégration :
 Apprendre à vendre. Intégrer nos entreprises dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.
 
Aujourd'hui, entre la rhétorique politique et la volonté réelle, il y a un gouffre abyssal. Tout le monde parle d'agriculture dans les discours, peu la mettent au cœur du budget national et de la continuité de l'État.
 
Ce qui nous manque, ce n'est pas la terre. Ce n'est pas l'eau. Ce n'est pas la main-d'œuvre. Ce n'est même pas l'énergie - 3 800 heures d'ensoleillement par an.
 
Ce qui nous manque, c'est la volonté politique et l'engagement, une vision stratégique claire et, surtout, la continuité à long terme dans la mise en œuvre. Un plan agricole ne peut pas changer à chaque ministre.
 
Un pays qui nourrit son peuple est un pays sûr et stable. L'armée peut protéger le pays de l'hégémonie étrangère ou d'une invasion, mais ne peut pas protéger contre les troubles liés à l'alimentation.
 
C'est une aberration de chercher la paix sociale dans un pays ravagé par la faim, où ses habitants manquent de nourriture. Car celui qui n'a rien à manger manque de dignité. Et un peuple qui a faim est un peuple qui gronde. C'est une marmite en ébullition qui n'attend qu'à exploser.
 
La sécurité commence dans le champ, pas dans la caserne militaire . Aucune armée au monde, même la plus puissante et la plus sophistiquée, ne peut arrêter une foule affamée. L'anarchie hypothétique à venir serait probablement déclenchée par des pulsations liées à la famine dans les zones urbaines par la classe inférieure qui représente pas moins de 60% de la population dans n'importe quel pays africain.
 
La nourriture, c'est la santé. La famine et la malnutrition sont des maladies débilitantes, précurseurs de maladies cardiovasculaires, de troubles du développement des organes reproducteurs, de la vue, etc. Il n'y a qu'une fine ligne de distinction entre la faim et la colère.
 
Le jour où l'Afrique pourra se nourrir elle-même, soigner la santé de son peuple et assurer sa sécurité énergétique, il sera alors moral et honnête de parler de souveraineté. Tout ce qui est en deçà de ces bases n'est que rhétorique politique pour endormir un peuple affamé.
 
Aucune mère au monde ne peut dormir quand son bébé malade se tord de faim.