Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
président du CEDPE
Sahel7, www.centrerecherche.com
yacoubahmat0@gmail.com
A la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, le président de la première puissance militaire du monde déclare qu'il hésite entre un accord et « anéantir la République islamique ». Il le dit sans détour, devant les représentants de 193 États. Personne ne quitte la salle, aucune sanction ne tombe et aucun communiqué d'indignation ne suit. Pourtant, la Charte de l'ONU interdit la menace du recours à la force. Vous avez bien regardé la scène, car elle dit tout.
Imaginez la même phrase prononcée par un dirigeant iranien contre Israël ou contre les États-Unis. Le Conseil de sécurité se réunirait en urgence. Quand la menace vient de Washington, elle est qualifiée de « négociation ».
L'Iran menace, dit-on. Et Trump ? Téhéran est constamment accusé d'appeler à la disparition d'Israël, et ces propos sont condamnables. Mais l'indignation devrait être proportionnelle aux moyens de nuire. Un régime sous sanctions n'a pas les capacités de l'arsenal américain, le plus puissant de l'histoire. Ceux qui s'émeuvent des mots de l'un et haussent les épaules devant ceux de l'autre ne défendent pas un principe. Ils défendent un camp.
Une tribune pour le mandat d'arrêt, un écran pour la Palestine. Le Premier ministre israélien, visé par un mandat de la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre présumés à Gaza, s'avance à la tribune, salué par le protocole. Dans le même temps, Washington refuse pour la deuxième année consécutive un visa à Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne. L'Assemblée a dû voter, à 152 voix contre 3, pour lui permettre de parler depuis une caméra. Ce vote n'a rien d'une victoire : il met à nu l'humiliation. Un pays hôte a décidé qui peut se tenir debout à la tribune de l'ONU, et la communauté internationale a quémandé une exception pour l'écran. Rappelons que l'accord de siège de 1947 oblige les États-Unis à laisser entrer les représentants des États membres et observateurs. Ils s'en affranchissent, sans conséquence.
Le nœud, toujours le même. On multiplie les sommets sur l'Iran, le Golfe et le détroit d'Ormuz, et l'on évite soigneusement la question centrale. Tant que le peuple palestinien vivra sous occupation, sans État et sans droits, il n'y aura ni paix ni stabilité dans ce monde. Chaque fois qu'on l'écarte, elle revient sous la forme d'une guerre de plus. On ne soigne pas un cancer en traitant la fièvre.
Alors, à quoi sert l'ONU ? A écouter, à voter et à protester poliment pendant que le droit s'efface. Une institution qui laisse le plus puissant menacer d'anéantissement, filtrer les visas et choisir qui parle n'est plus un arbitre. C'est un décor. Soit ses membres imposent l'égalité de traitement, l'encadrement du veto et le respect de l'accord de siège, soit ils acceptent d'être les figurants d'un monde où la force fait le droit.
Le monde n'est pas seulement à l'envers. Il l'est devant nous, en direct, et sous les applaudissements.


