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Ensemble contre les conflits et pour la paix

Sous la loupe

« Le Mali peut-il se réconcilier avec lui-même avant de blâmer le reste du monde ? »

Dimanche 19 Juillet 2026

Un conflit traité politiquement à l'intérieur laisse mécaniquement moins de prise aux puissances extérieures, quelles qu'elles soient, pour s'y inviter au nom de la défense d'une cause ou d'une autre.


 
Le bilan le plus lourd d'une guerre qui dure depuis quinze ans. Samedi 18 juillet 2026, un convoi de l'armée malienne quittant la ville stratégique d'Anéfis pour rejoindre Gao est tombé dans une embuscade tendue conjointement par les indépendantistes touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda). Bilan provisoire, au moins 50 militaires tués, une vingtaine d'autres capturés. « Certains de nos hommes ont été purement exécutés », a reconnu une source au sein de l'armée malienne elle-même. C'est l'une des pertes les plus lourdes subies par Bamako depuis le début de la crise sécuritaire qui ronge le pays depuis 2012, et elle intervient après plusieurs semaines de combats acharnés pour le contrôle de cette même ville, verrou stratégique dont la chute ouvrirait la voie vers Gao, à 240 kilomètres au sud, puis potentiellement vers Tombouctou.
Une alliance de circonstance qui gagne du terrain. Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante pour la junte du général Assimi Goïta, c'est la solidité inattendue de l'alliance entre le FLA et le JNIM, deux mouvements aux objectifs pourtant antagonistes (l'indépendance du Nord pour l'un, un califat pour l'autre), mais qui coordonnent depuis des mois des offensives d'ampleur avec la prise de Kidal fin avril, attaques coordonnées jusque dans la périphérie de Bamako, assassinat du ministre de la Défense Sadio Camara en mai. Une chercheuse spécialiste du Sahel résume la dynamique sans détour :
« le jihadisme au Sahel reste fondamentalement un phénomène local, ni imposé ni importé, et tant que les juntes militaires n'envisageront qu'une réponse strictement militaire à une crise nourrie aussi par l'interdiction des partis politiques et de la société civile, cette alliance continuera de trouver un terreau favorable ».
 La tentation de désigner des coupables extérieurs. Face à cette série de revers, le pouvoir malien et la presse qui lui est proche ont privilégié un tout autre registre explicatif. Le journal L'Aube, proche de la junte, dénonce une « internationalisation du conflit », évoquant la présence de mercenaires algériens, d'éléments du Polisario, de vétérans syriens ou afghans, et même d'instructeurs ukrainiens et d'anciens légionnaires français coordonnant des « cellules dormantes ». Des médias russes ont relayé des accusations similaires, citant des sources anonymes des services de renseignement pour affirmer que la France piloterait indirectement cette offensive via des relais ukrainiens, afin d'affaiblir la Russie et ses alliés maliens sans engagement direct.
Il faut être clair sur le statut de ces affirmations. A ce jour, aucune d'entre elles n'a été confirmée par une source indépendante vérifiable. Elles proviennent exclusivement de médias déjà alignés sur l'un des camps du conflit, pro-junte d'un côté, pro-russe de l'autre, ce qui ne prouve pas qu'elles soient fausses, mais interdit de les traiter comme des faits établis.
Ce que cette obsession du complot extérieur fait perdre de vue. Que ces accusations soient fondées, exagérées ou entièrement fabriquées, elles produisent un effet politique bien réel, elles détournent le débat public malien des causes internes, autrement plus documentées, de cette crise (gouvernance autoritaire, partis politiques et médias interdits, promesses de sécurité non tenues depuis les deux coups d'État de 2020 et 2021). Accuser la France et l'Ukraine dispense commodément la junte d'un examen de conscience sur sa propre stratégie, purement sécuritaire, qui n'a pourtant produit à ce jour ni la victoire militaire promise, ni la stabilité, ni le retour à l'ordre constitutionnel.
Le cas pour la négociation plutôt que la surenchère. C'est précisément ici que la piste du dialogue mérite d'être prise au sérieux plutôt que balayée d'un revers de main comme un signe de faiblesse.

Le FLA, contrairement au JNIM, n'est pas un mouvement à vocation religieuse. Ses objectifs sont politiques et territoriaux, ce qui en fait, en théorie, un interlocuteur avec lequel une solution négociée reste concevable, une option structurellement fermée avec un groupe jihadiste dont le projet est, par nature, non négociable. Engager des discussions sérieuses avec les mouvements indépendantistes ne garantit certes pas la paix immédiate, mais cela retirerait un argument concret aux accusations d'ingérence étrangère. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE.

Un conflit traité politiquement à l'intérieur laisse mécaniquement moins de prise aux puissances extérieures, quelles qu'elles soient, pour s'y inviter au nom de la défense d'une cause ou d'une autre.
Algérie et Mauritanie : des médiateurs plausibles, mais pas neutres pour autant
L'idée de confier une médiation à l'Algérie et à la Mauritanie n'est pas théorique, elle s'appuie sur une actualité très récente. Le 10 juillet 2026, Alger et Bamako ont formellement mis fin à quinze mois de rupture diplomatique, consécutive à la destruction d'un drone malien par la défense antiaérienne algérienne près de Tinzaouatène en avril 2025 (réouverture de l'espace aérien, retour des ambassadeurs, premiers signaux d'un dégel).
L'Algérie dispose par ailleurs d'un savoir-faire diplomatique réel sur ce dossier, ayant piloté les accords d'Alger de 2015 entre Bamako et les mouvements du Nord. MS. Abdelsalam, analyste, chercheur associé au CEDPE.
Mais la prudence reste de mise. La junte malienne a justement dénoncé cet accord de 2015 dès janvier 2024, le jugeant incompatible avec sa doctrine de reconquête territoriale, et Assimi Goïta avait explicitement rejeté une offre de médiation algérienne en juillet 2025, accusant Alger d'un traitement jugé complaisant envers des figures de la rébellion touarègue réfugiées sur son sol. Le dégel diplomatique récent porte pour l'instant sur des sujets techniques (sécurité frontalière, coopération douanière) et non sur une reprise explicite du rôle de médiateur d'Alger dans le conflit du Nord. Autrement dit, la porte n'est plus complètement fermée, mais elle est loin d'être grande ouverte. Quant à la Mauritanie, sa position de voisin resté relativement en retrait du conflit malien, et son expérience passée au sein du G5 Sahel, en feraient un partenaire de médiation moins chargé d'histoire conflictuelle immédiate qu'Alger, un atout diplomatique qui reste, à ce jour, largement inexploité.
Ce qui reste à trancher. Le choix, au fond, est assez simple à formuler même s'il est difficile à assumer politiquement. Continuer à chercher, dans les chancelleries occidentales ou dans les officines russes, des explications à une crise dont les racines sont d'abord maliennes, ou accepter qu'une partie de la solution, elle aussi, doive se négocier chez soi, avec ses propres compatriotes du Nord, avant de pouvoir espérer que les puissances extérieures, quelles qu'elles soient, cessent d'y trouver un terrain à leur mesure.


Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien Conseiller chargé de Mission du Médiateur de la République
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
Tel/Watsup: 00 235 99860817 
Yacoubahmat0@gmail.com


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