Une publication relayée ce jour sur les réseaux sociaux, sous le hashtag « du cœur des terres tchadiennes », annonce que la Force mixte libyo-tchadienne poursuit ses missions de terrain : ratissage et sécurisation de la bande frontalière, dans le cadre de la lutte contre le crime organisé, la contrebande et toute menace à la sécurité régionale.
Le communiqué précise que ces opérations sont menées sur instructions directes du général Saddam Haftar et du général Khalid Haftar, fils du maréchal, sous la supervision du général Abdelfattah Bouzayan, commandant de la Force mixte, et des colonels Khalifa El-Amini et Khaled Abou El Kacem Abou Khizam, ce dernier commandant les patrouilles sahariennes.
Ce communiqué ne fait que confirmer, avec des noms et des grades précis, ce que plusieurs sources documentent depuis des mois. La question n'est plus de savoir si le Tchad est impliqué dans ce conflit, mais depuis quand et à quel point.
Ce communiqué ne fait que confirmer, avec des noms et des grades précis, ce que plusieurs sources documentent depuis des mois. La question n'est plus de savoir si le Tchad est impliqué dans ce conflit, mais depuis quand et à quel point.
La Force mixte libyo-tchadienne a été officiellement créée fin octobre 2025, entre le commandement général de l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar et l'armée tchadienne, placée sous la direction de Saddam Haftar, vice-commandant de l'ANL. L'objectif affiché dès l'origine était explicite : faire face aux mouvements de « rebelles tchadiens » à la frontière entre les deux pays, une formulation qui, avec le recul, désignait déjà indirectement les groupes qui allaient devenir, quelques mois plus tard, "la Chambre d'opérations pour la libération du Sud" (COLSL) de Mohamed Wardougou. Cette coopération a franchi une étape supplémentaire le 22 février 2026, avec la signature d'un protocole militaire formel entre Haftar et N'Djamena, lors d'une cérémonie tenue au point frontalier stratégique dit « Point 35 ». Étaient présents le général Mabrouk Sahban, commandant de la région militaire Sud de l'ANL, le général Abdelfattah Bouzayan, ainsi que le chef d'état-major de l'armée tchadienne et son adjoint.
Cette coopération n'a rien d'un hasard tactique ponctuel, elle répond à des intérêts convergents bien identifiés par les analystes. Pour Haftar, elle permet de se présenter comme un acteur sécuritaire régional incontournable dans l'espace sahélo-saharien, au-delà de son seul ancrage libyen, et de renforcer sa position de négociation face au gouvernement de Tripoli et à la communauté internationale. Pour le gouvernement tchadien, elle offre un allié militaire de poids pour contenir des forces d'opposition armée qui, précisément, trouvaient refuge dans le sud libyen, un renversement de situation notable, puisque cette même région servait auparavant de base arrière à des mouvements rebelles tchadiens que Haftar traquait déjà depuis le lancement de son « Opération Dignité » en 2014, et plus intensément encore après la mort d'Idriss Déby en 2021.
Une coopération qui n'échappe pas aux critiques. Cette alliance ne fait pas l'unanimité. Une partie de l'opposition libyenne dénonce cette coopération transfrontalière, et plusieurs analyses spécialisées soulignent un risque structurel. Ce type d'arrangement sécuritaire, conclu en marge des cadres institutionnels reconnus et avec l'appui d'acteurs extérieurs, pourrait davantage fragiliser la région qu'il ne la stabilise, en enchevêtrant un peu plus des conflits déjà imbriqués, sans approche globale qui tienne compte des réalités sociales et politiques propres à ces zones frontalières sensibles. Ces mêmes analyses relèvent que les deux chefs militaires au Tchad et en Libye apportent un soutien militaire au rebelles soudanais. Par ailleurs l'est libyen et l'est tchadien servent aussi des couloirs logistiques à un soutien émirati aux Forces de soutien rapide soudanaises, rappelant que le Fezzan est devenu un carrefour où se superposent, simultanément, plusieurs conflits régionaux distincts.
Alors, le Tchad est-il impliqué ? Au regard de l'ensemble de ces éléments, la création officielle d'une force mixte fin 2025, sa formalisation par protocole en février 2026, les opérations de terrain toujours actives et revendiquées publiquement à ce jour, la réponse ne fait plus guère de doute : le Tchad n'est pas un acteur périphérique ou accidentel du conflit qui oppose la COLSL à l'ANL, mais un partenaire militaire structuré et assumé de Haftar dans cette lutte. Cela éclaire d'un jour nouveau les mises en garde répétées de Wardougou contre le Tchad, et les accusations qu'il porte contre N'Djamena de soutenir directement son adversaire : sur ce point précis au moins, les faits documentés lui donnent raison.
Une coopération qui n'échappe pas aux critiques. Cette alliance ne fait pas l'unanimité. Une partie de l'opposition libyenne dénonce cette coopération transfrontalière, et plusieurs analyses spécialisées soulignent un risque structurel. Ce type d'arrangement sécuritaire, conclu en marge des cadres institutionnels reconnus et avec l'appui d'acteurs extérieurs, pourrait davantage fragiliser la région qu'il ne la stabilise, en enchevêtrant un peu plus des conflits déjà imbriqués, sans approche globale qui tienne compte des réalités sociales et politiques propres à ces zones frontalières sensibles. Ces mêmes analyses relèvent que les deux chefs militaires au Tchad et en Libye apportent un soutien militaire au rebelles soudanais. Par ailleurs l'est libyen et l'est tchadien servent aussi des couloirs logistiques à un soutien émirati aux Forces de soutien rapide soudanaises, rappelant que le Fezzan est devenu un carrefour où se superposent, simultanément, plusieurs conflits régionaux distincts.
Alors, le Tchad est-il impliqué ? Au regard de l'ensemble de ces éléments, la création officielle d'une force mixte fin 2025, sa formalisation par protocole en février 2026, les opérations de terrain toujours actives et revendiquées publiquement à ce jour, la réponse ne fait plus guère de doute : le Tchad n'est pas un acteur périphérique ou accidentel du conflit qui oppose la COLSL à l'ANL, mais un partenaire militaire structuré et assumé de Haftar dans cette lutte. Cela éclaire d'un jour nouveau les mises en garde répétées de Wardougou contre le Tchad, et les accusations qu'il porte contre N'Djamena de soutenir directement son adversaire : sur ce point précis au moins, les faits documentés lui donnent raison.
Sarah H. Salamane
Analyste, chercheure associée au CEDPE
www.centrerecherche.com
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