Extrait de l'ouvrage: La Gestion des conflits à travers la Médiation
Auteur: Docteur Ahmat Yacoub Dabio
Ancien Conseilleur du M2diateurde la Républiqué
Expert en Gestion de Conflits
Président du Centre d'études pour le développement
et la prévention de l'extrémisme - CEDPE.
Depuis la nuit des temps, la notion de conflit est intrinsèquement liée à la société. On la trouve à tous les niveaux de la vie courante qui oppose deux ou plusieurs parties. Elle est présente dans un couple, une famille, une communauté sociale, clanique, ethnique, religieuse, politique ou encore entre deux ou plusieurs pays, etc. « Le conflit est virtuellement ou visiblement présent dans tous les actes de la vie, de l’individu, de la famille, de la collectivité, de l’entreprise ou de l’État »[1] .
En général, les conflits trouvent leurs origines dans la compétition, le désir ardent de l’Homme à régner en maître sur les autres, le moi de l’être humain, le refus de partager, de distribuer, l’envie de tout garder, de tout gagner. Les conflits les plus meurtriers étaient, par le passé, des différends communautaires autour de la terre et des sources d’eau, entre agriculteurs et éleveurs. D’une manière générale, toute société, selon Kag Sanoussi, « est un espace social traversé par plusieurs interactions pouvant déboucher sur des crises, risques et conflits »[2].
Malgré le développement rapide des progrès technologiques et des moyens de communication qui rapprochent le monde et facilitent les échanges, les relations se complexifient encore plus entre des sociétés en pleine mutation qui, au fur et à mesure, remettent « en question des cultures et des valeurs (Lévesque, 1993) »[3] pour privilégier la quête d’une vie meilleure[4]. Au lieu que le développement décomplexifie les relations sociales, il crée au contraire des conflits difficilement gérables. « Comment se fait-il que des groupes sociaux qui sont supposés constituer une unité sont en fait divisés par des luttes internes ? »[5].
Dans un tel contexte, pour gérer les conflits aussi complexes qui ébranlent la coexistence sociétale autrefois pacifique, bouleversent les relations et divisent les sociétés, on a toujours besoin – en complémentarité des mécanismes de protection juridictionnelle, d’autres organes de protection non juridictionnelle des droits fondamentaux de la personne.
Ce faisant, la société a envisagé un éventail de mécanismes des règlements des conflits qui reposent sur trois méthodes :
- La violence,
- La justice,
- La solution à l’amiable.
- La première option consiste à obtenir ou arracher ce que l’on veut par la force, jusqu’à violer - s’il le faut - les droits fondamentaux de la personne. C’est s’imposer par la brutalité pour réaliser une revendication justifiée ou injuste. Cette manière de faire engendre des conséquences imprévisibles dont même les superpuissances comme la
Russie et les États-Unis d’Amérique évitent d’en arriver là. L’Union soviétique par exemple avait choisi d’exclure cette option en lançant l’idée de la coexistence pacifique, une doctrine formulée pour la première fois en 1952 par Joseph Staline, et reprise par Malenkov en 1953 puis dans le discours de Nikita Khrouchtchev6 en 1956. Le but de cette doctrine soviétique était d’éviter un affrontement nucléaire avec les États-Unis d’Amérique car la détention par les deux superpuissances d’armes de destruction massive pouvait menacer sérieusement l’existence de l’humanité. Même si, quelques fois, il n’existe pas d’autres options que celle de l’utilisation de la force afin d’éviter l’anéantissement total, comme cela a pu se passer durant la Seconde guerre mondiale, on risque de se trouver face à une politique belliqueuse et conquérante cherchant à soumettre militairement le globe terrestre. Bien que ce genre de conflit soit rare, c’est un exemple de nature à justifier l’utilisation de la force pour éviter le pire tout en sachant que celle-ci peut être un mal nécessaire pouvant engendrer destruction et mort d’hommes.
- La deuxième option que la société a envisagé pour résoudre des conflits est un
mécanisme de protection juridictionnelle des droits fondamentaux. C’est la justice. Pour convaincre les Hommes de la vertu de la justice, des lois sont conçues pour permettre une protection juridictionnelle des droits et libertés capable de répondre à des critères d’indépendance et d’impartialité. Accepter de se conformer aux lois en vigueur consiste à accepter le verdict prononcé en faveur d’une partie. Il y aura alors un gagnant et un perdant tout en sachant que la procédure pourrait être très longue et très couteuse Généralement, celui qui gagne ne serait - pas dans tous les cas - celui qui a le dessus ou qui a le moyen et/ou le pouvoir. En plus de la perte du temps et du résultat qui consiste à désigner un gagnant et un perdant, il y a aussi « la prolifération des lois, d’amendements aux lois existantes, de normes secondaires, de règlements, etc. D’où, par exemple, l’invention de nouvelles définitions du fait juridique dans le droit pénal, et de formes de dommages indemnisables dans le droit civil. Et, de là, la recherche de nouveaux instruments de gestion de contentieux, parmi lesquels la médiation »[6].
- La troisième option de résolution des conflits est un mécanisme qui se base sur la protection non juridictionnelle des droits fondamentaux. Il se fait à l’amiable par la voie
de négociation, arbitrage, conciliation, médiation ; des pratiques qui se ressemblent mais qui présentent cependant des différences notoires. Cette option exige dans la plupart des cas la présence d’un tiers qui se saisit du dossier dans le but de jouer un rôle de bons offices, de rapprocher les points de vue des parties en conflit afin de trouver un terrain d’entente. Ce tiers peut être un arbitre, un négociateur, un médiateur, un conciliateur. On peut déduire qu’il y a un conflit, des parties impliquées dans ce conflit et un tiers qui est censé gérer ce conflit. Il y a, alors « Gestion/ règlement/ résolution/ traitement de conflit », avec différents modes opératoires mais qui doivent correspondre au cadre spatio-temporel, adapté selon la situation, la mentalité, les circonstances, la tradition, les us et coutumes »[7] dans certains espaces. Bref, tout « règlement approprié des litiges (ARL) se réfère à l’éventail de méthodes disponibles pour la résolution des différends : On les appelle Règlement approprié des litiges (ARL), Mode alternatif de règlement des litiges, (MARL), Règlement extraordinaire des litiges (REL), Modes alternatifs de règlement des conflits (MARC), Modes alternatifs de résolution des conflits (MARC) ou encore Règlement proportionnel des litiges (RPL) »[8]. Chacun de ces mécanismes répond, malgré des nuances insignifiantes, au même objectif, à savoir aider les parties litigieuses à atteindre par le dialogue une solution à l’amiable, acceptée mutuellement, contrairement à la justice où l’on n’a pas besoin du consentement des deux parties pour juger et prononcer le verdict. Dans ce procédé qui est beaucoup plus avantageux en terme des dépenses et plus rapide que la justice, il n’y aura pas de perdant puisque les parties en conflit sortent tous gagnantes. Ce procédé est moins couteux et plus rapide que la justice. Surtout, il n’y aura pas de perdant puisque les parties en conflit sortent toutes gagnantes. Parmi les différents organes de protection non juridictionnelle, il y a la médiation (...)
[2] Kag Sanoussi, expert, président-fondateur de l’Institut international de gestion des conflits (IIGC), « Prévention et gestion des risques, crises et conflits : les 10 clés de l’intelligence négociationnelle » (1), extrait de La pratique de l’intelligence négociationnelle, 8 pages.
[3] LEVESQUE, A. Partenaires multiples et projets communs, cité par Babu Annie, Bounnoure-Aufiere Pierrette, Berube Linda, Lambert Daniel Guide la médiation familiale. Etape par étape, Erès, Coll. Question de Société, Toulouse 2010, p. 19.
[4] Ibid.
[5] Premier secrétaire du Parti, au XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique
[6] Gaddi Daniela, « Les effets indésirables du processus d’assimilation de la médiation au droit », Information sociales, 2012/2 n° 170, p. 28-36.
[7] Jérôme Luther Viret, Le sol & le sang, la famille et la reproduction sociale en France du Moyen Age au XIXe siècle, CNR éditions 2014, p.47: « La coutume est un phénomène d’imitation et de répétition dans le temps (…) c’est l’imitation des ancêtres et l’exemplarité qui fondent l’opinio necessitatis, le sentiment partagé qu’il faut suivre la règle (…) Jean Carbonnier insiste sur l’habitude. La coutume est analysée comme une multiplication d’habitudes que l’on suit, car c’est, dit-il, la voie du moindre effort, de la commodité. Il y a aussi la sécurité générale qu’apporte la réciprocité (…) le sacrifice supposé est donc compensé par un avantage à venir ».
[8] Règlement des litiges, Attestation de formation aux pratiques d’Ombudsman, Origine de l’Ombudsman moderne, African Ombudsman Research Centre (CROA), 13-19 novembre 2013, Luzaka, Zambie, 189 pages.
L'ouvrage est accessible en cliquant sur le lien ci-dessous:
Amazon.com: La Gestion des Conflits: Médiation (French Edition): 9798697160428: Yacoub Dabio, Ahmat: Books
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Product details
- ASIN : B08L3Q6G6N
- Publisher : Independently published
- Publication date : October 13, 2020
- Language : French
- Print length : 459 pages
- ISBN-13 : 979-8697160428
- Item Weight : 1.34 pounds
- Dimensions : 6 x 1.04 x 9 inches


