Si Washington veut réellement obtenir un cessez-le-feu au Soudan, il doit éviter que la pression exercée sur l’armée soit interprétée comme une volonté d’affaiblir l’institution militaire elle-même. Car pour une partie de l’appareil soudanais, la question ne se résume plus à savoir qui gagnera la guerre. Elle concerne aussi la survie de l’État et de l’armée comme institution nationale.
C’est précisément dans ce contexte que la tentation de rechercher de nouveaux protecteurs extérieurs peut apparaître. La Russie peut offrir une coopération militaire et stratégique. La Chine peut offrir des investissements, des infrastructures et une relation fondée sur la non-ingérence politique. L’Iran peut offrir une coopération militaire et sécuritaire, ainsi qu’un réseau régional.
Khartoum n'aurait donc pas nécessairement besoin de choisir immédiatement entre Washington et ses adversaires. Il pourrait simplement décider de diversifier ses partenariats.
Le paradoxe américain. C’est peut-être là le paradoxe de la politique actuelle de Washington. En voulant pousser l’armée soudanaise vers la table des négociations, les États-Unis pourraient involontairement convaincre certains responsables soudanais qu’ils ont intérêt à ne plus dépendre exclusivement de l’Occident. L’histoire récente montre que les politiques de pression peuvent produire des effets inattendus lorsqu'elles sont perçues comme une remise en cause de la souveraineté ou de la survie d’un régime. La question n’est donc pas de savoir si Burhan va demain « choisir l’Iran ». Rien ne permet de l’affirmer puisque Khartoum bénéficie des partenaires solides comme les pays du Golfe notamment l'Arabie Saoudite. La véritable question est de savoir si la politique américaine actuelle risque de rendre cette option, ou celles de la Russie et de la Chine, progressivement plus attractive pour Khartoum.
Et c’est précisément ce que Washington devrait éviter s’il veut conserver une capacité d’influence sur l’avenir du Soudan.
Au Soudan, la pression diplomatique peut obtenir un cessez-le-feu. Mais une pression mal calibrée peut aussi produire l’effet inverse, celui de pousser ceux que l’on veut convaincre à chercher ailleurs les garanties de leur survie.
Sarah H. Salmane,
analyste, chercheure associée au CEDPE.
Sahel7, www.centrerecherche.com


