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Souveraineté et régimes militaires en Afrique - entre légitimation politique et dérives autoritaires

Mardi 28 Avril 2026

Quand un régime met de côté ou dissout les partis politiques, limite la liberté d’expression, arrête ses opposants et s’appuie sur des cercles de loyauté plutôt que sur des institutions solides, il risque de voir sa légitimité s’éroder peu à peu, voire de subir des ruptures soudaines. C’est le cas de la plupart des juntes au pouvoir, y compris celle du Tchad avec tout ce que l’on vit actuellement.


Les régimes militaires tendent à instrumentaliser le concept de souveraineté afin de légitimer leur maintien au pouvoir, transformant ainsi un idéal politique en un véritable bouclier contre toute critique, qu’elle soit interne ou externe.
Cette thèse, loin d’être nouvelle dans les cercles académiques africains, reste néanmoins perçue comme provocatrice par les autorités militaires. Pour ces régimes, la souveraineté est souvent présentée comme une exigence de dignité nationale et d’indépendance stratégique. Mais dans la pratique, elle peut servir à disqualifier toute opposition, assimilée à une ingérence étrangère ou à une tentative de déstabilisation.

L’expérience du Tchad sous Idriss Déby Itno illustre, pour certains analystes, les limites d’un pouvoir prolongé. Resté plus de trois décennies à la tête de l’État, il a finalement trouvé la mort dans un contexte de rébellion armée. Ce cas alimente une réflexion plus large sur les systèmes politiques fortement personnalisés, reposant sur la contrainte et la concentration du pouvoir, tendent à fragiliser leur propre stabilité à long terme.

Quand un régime met de côté ou dissout les partis politiques, limite la liberté d’expression, arrête ses opposants et s’appuie sur des cercles de loyauté plutôt que sur des institutions solides, il risque de voir sa légitimité s’éroder peu à peu, voire de subir des ruptures soudaines. C’est le cas de la plupart des juntes au pouvoir, y compris celle du Tchad avec tout ce que l’on vit actuellement.
 
Un débat qui s’invite dans les forums internationaux
Cette tension entre souveraineté et gouvernance a également été visible lors du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. A cette occasion, le ministre des Affaires étrangères du Mali a vivement critiqué certains experts, les accusant de «
ramasser des ragots sur Internet » au lieu de produire des analyses académiques rigoureuses.
Cette réaction traduit une défiance croissante de certains gouvernements à l’égard des analyses extérieures, perçues comme biaisées ou insuffisamment ancrées dans les réalités locales.
 
Le débat ne se résume pas à une opposition simple entre souveraineté et critique internationale. Il met en lumière une tension structurelle entre sécurité du régime et ouverture politique. Une instrumentalisation possible de la souveraineté comme outil de légitimation, une crise de confiance entre gouvernants, experts et partenaires internationaux.
Bref, la souveraineté reste un principe fondamental des relations internationales, mais lorsqu’elle est utilisée pour neutraliser toute critique ou éviter les réformes, elle peut devenir contre-productive et fragiliser, à terme, la stabilité même qu’elle prétend protéger. Les juntes au pouvoir doivent se réveiller avant qu’il ne soit trop tard.