Tout a commencé par un différend autour d'un puits. Samedi 26 avril 2026, dans le village d'Igote, localité reculée du canton Troua dans la sous-préfecture de Guéréda, une dispute entre deux familles pour l'accès à un point d'eau a basculé dans une spirale de représailles qui a fait au moins quarante-deux morts et dix blessés. L'est du Tchad, déjà sous pression, a été frappé par l'un de ses épisodes de violences le plus meurtrier depuis plusieurs années.
Le délégué du gouvernement auprès de la province du Wadi Fira, Brahim Issa Galmaye, a annoncé le bilan à l'AFP dans la journée du dimanche. Il a confirmé que les affrontements avaient débuté autour d'un puits partagé, avant de s'étendre à une zone géographique élargie à travers des cycles de représailles entre familles rivales. Les blessés ont été évacués vers un centre de santé de la région.
« Le conflit a éclaté suite à une dispute autour d'un puits entre deux familles vivant sur ce territoire. Au moins 42 personnes ont été tuées», selon Brahim Issa Galmaye — délégué du gouvernement, province du Wadi Fira, à l'AFP.
La réponse du pouvoir central : mission de haut niveau
La gravité du bilan a conduit le président Mahamat Idriss Déby Itno à dépêcher sur place dès le dimanche une délégation gouvernementale d'un niveau inhabituel. Conduite par le vice-Premier ministre Limane Mahamat, la mission comprenait le ministre de la Défense Issaka Maloua Djamous et le chef d'état-major général des armées Abakar Abdelkerim Daoud. Plusieurs hauts responsables civils et sécuritaires complétaient la délégation.
Selon des sources locales et sécuritaires, les affrontements auraient opposé des membres des communautés Tama et Zaghawa — deux groupes ethniques dont les relations ont été historiquement tendues dans cette zone de transhumance. Les Forces de défense et de sécurité ont renforcé leur présence dans le secteur. Le délégué général du gouvernement dans le Wadi Fira avait été acheminé dès le samedi par hélicoptère militaire à Iriba, avant de rejoindre la zone des tensions sous escorte.
Des dizaines de femmes et d'enfants issus de la communauté Tama ont été évacués vers Iriba. Les autorités locales ont sollicité une aide humanitaire d'urgence — abris, vivres, soins médicaux, protection. Les Nations unies ont recommandé de restreindre les déplacements de leur personnel dans la zone jusqu'à nouvel ordre.
« La situation est maîtrisée et reste sous contrôle», selon Limane Mahamat — vice-Premier ministre, à la télévision publique tchadienne
Ni simple ni isolé : la lecture du vice-Premier ministre
Limane Mahamat a tenu à nuancer la lecture du drame. Ces violences ne relèvent pas selon lui d'« affrontements communautaires classiques » mais d'« une altercation entre deux familles » autour d'un point d'eau, qui a dégénéré en cycle de représailles sur une zone étendue. Une distinction sémantique que beaucoup d'observateurs ont accueillie avec scepticisme, au vu du bilan.
Ce qui frappe davantage dans ses déclarations, c'est l'aveu d'un contexte plus large : le vice-Premier ministre a explicitement évoqué le conflit au Soudan voisin comme toile de fond des tensions dans l'est du Tchad. Il a mis en garde contre tout risque de « contagion » et affirmé que le gouvernement prendrait « toutes les dispositions » pour empêcher toute déstabilisation de la zone frontalière.
Risque de contagion
La pression du Soudan sur l'est tchadien est réelle et documentée. Depuis avril 2023, la guerre civile soudanaise a déplacé plus de 12 millions de personnes, dont près d'un million ont trouvé refuge au Tchad, selon le HCR. Fin 2025, ce chiffre avait même dépassé 1,3 million. Ces flux massifs de réfugiés exercent une pression croissante sur les ressources — l'eau et les terres arables en priorité — dans des provinces orientales déjà fragilisées.
En janvier 2025, le Tchad avait fermé sa frontière avec le Soudan face à des incursions armées répétées. En novembre dernier, 33 personnes avaient péri dans un conflit similaire dans la province de Hadjer-Lamis, également déclenché par un différend autour d'un puits.
Le Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme (CEDPE) dénonce fermement ces atrocités. Il a exhorté le chef de la junte à fournir aux institutions concernées et à la société civile les moyens nécessaires pour mener pleinement à bien leurs missions sur le terrain.
- Village Igote, canton Troua
- Sous-préfect. Guéréda rural
- Département Dar Tama
- Province Wadi Fira
- Repère~30 km sud-ouest du camp d'Iridimi
- Frontière Zone frontalière Soudan
- Communautés Tama vs Zaghawa (sources locales)
- Réfugiés+1,33 M de Soudanais au Tchad (HCR, déc. 2025)
- Agro-past.+1 000 morts / 2 000 blessés (ICG, 2021–2024)
- Nov. 2025: 33 morts dans un conflit similaire à Hadjer-Lamis
- Enfants: 849 000 non scolarisés dans l'est (UNICEF, mars 2026)
- Aid 2025. 7 M de personnes dans le besoin humanitaire (ACAPS)


