Le chef de la junte militaire au Tchad, le maréchal Mahamat Idriss Déby invite les « affamés » à cotiser pour soutenir les écoles. Le Tchad, pays pétrolier, dont le sous-sol regorge de ressources minières, connu pour son cheptel, son coton, son sésame et sa gomme arabique, c'est pourtant ce même pays qui lance, tantôt, un appel aux partenaires internationaux pour recevoir des vivres destinés à nourrir une population « affamée ». Le 15 septembre 2026, le chef de la junte Mahamat Idriss Déby annonçait lui-même des mesures d'urgence face au risque de mauvaise récolte et à la menace d'une crise alimentaire. Ironie de l'histoire : à peine deux semaines plus tard, le même chef militaire franchissait un cap en appelant cette même population, pourtant frappée par la faim, à cotiser pour financer la réhabilitation des écoles publiques.
La contradiction n'a pas échappé aux observateurs : alors que la sonnette d'alarme est tirée sur la famine, imputée à une pénurie de pluie, et au moment même où des partenaires acheminent des tonnes de vivres pour nourrir une population en détresse, on demande à cette même population de cotiser pour réparer ce que l'État aurait dû entretenir depuis longtemps. Un éditorial d'Alwihda Info a résumé la situation avec une formule cinglante : l'État « fait la manche après avoir vidé les poches » de ses citoyens, rappelant que les familles tchadiennes financent déjà, depuis la suppression des allocations familiales en 1975, l'essentiel des frais de scolarité de leurs propres enfants, y compris dans les établissements publics.
Trois enseignements majeurs se dégagent de cet épisode. Le premier est un aveu, probablement involontaire, de l'échec du chef de la junte dans sa mission régalienne : non seulement il n'a pas su conduire une modernisation agricole capable de garantir au pays son autonomie alimentaire, mais il va jusqu'à demander à une population déjà affamée de se sacrifier davantage, plutôt que d'assumer lui-même les responsabilités de l'État. Le deuxième enseignement porte sur la nature de ce régime militaire, accusé de corruption et de détournement. Dans une déclaration, Ousmane Abdéramane Inna-djougourou, ancien dirigeant de l’AILC, a demandé d’évaluer si, au regard des dispositions constitutionnelles, l’implication du chef de la junte ne constitue pas un cas de « haute trahison » et pourrait éventuellement justifier une procédure de sa destitution.
Le troisième enseignement porte sur les moyens d'y mettre fin, un débat qui ne relève plus de la spéculation marginale, mais qui s'impose désormais au grand jour, jusque dans les cercles les plus proches du pouvoir. En avril 2025 déjà, le général Abdelrahim Bahar Mahamat Itno, parent proche du président et haut gradé de l'armée, était rétrogradé puis radié après avoir qualifié publiquement le pouvoir de « corrompu » et appelé les membres de sa propre famille à le renverser. Plus récemment encore, le général Ousmane Dillo, cousin du chef de l'État et commandant de plusieurs milliers d'hommes engagés aux côtés de l'armée soudanaise, a promis publiquement, depuis Paris, de revenir au Tchad pour « renverser le régime », estimant que « le Conseil militaire doit partir ». Que de telles déclarations émanent du cercle familial et militaire le plus proche du pouvoir, et non de l'opposition extérieure habituelle, en dit long sur l'ampleur réelle de ce débat au sein même de l'appareil d'État.
Ce débat est devenu, de fait, omniprésent dans les discussions des tchadiens, et les mois à venir pourraient s'avérer décisives pour un sursaut collectif visant, au minimum, à arrêter l'hémorragie. Lors d’une émission, le Directeur général de TchadOne, M. Charfadine Galmaye, a évoqué plusieurs scénarios envisageables pour mettre fin à ce régime militaire, inédit dans l’histoire récente du Tchad. Il s’est interrogé sur le fait que le moment était peut-être venu de se sacrifier. Il faut cependant reconnaître que les Tchadiens, usés par des décennies de conflits armés, n'aspirent pas à un nouveau cycle de violence. Plutôt qu'un renversement par les armes, une option dont les précédents récents (Dillo, Bahar) montrent qu'elle gagne du terrain, mais dont le pays mesure aussi, par expérience, le coût humain difficilement réversible une fois engagée, c'est un changement par les urnes, ou par une prise de conscience de l'armée elle-même à l'image de ce qui s'est produit dans les États de l'AES, que la majorité semble aujourd'hui appeler de ses vœux.
La contradiction n'a pas échappé aux observateurs : alors que la sonnette d'alarme est tirée sur la famine, imputée à une pénurie de pluie, et au moment même où des partenaires acheminent des tonnes de vivres pour nourrir une population en détresse, on demande à cette même population de cotiser pour réparer ce que l'État aurait dû entretenir depuis longtemps. Un éditorial d'Alwihda Info a résumé la situation avec une formule cinglante : l'État « fait la manche après avoir vidé les poches » de ses citoyens, rappelant que les familles tchadiennes financent déjà, depuis la suppression des allocations familiales en 1975, l'essentiel des frais de scolarité de leurs propres enfants, y compris dans les établissements publics.
Trois enseignements majeurs se dégagent de cet épisode. Le premier est un aveu, probablement involontaire, de l'échec du chef de la junte dans sa mission régalienne : non seulement il n'a pas su conduire une modernisation agricole capable de garantir au pays son autonomie alimentaire, mais il va jusqu'à demander à une population déjà affamée de se sacrifier davantage, plutôt que d'assumer lui-même les responsabilités de l'État. Le deuxième enseignement porte sur la nature de ce régime militaire, accusé de corruption et de détournement. Dans une déclaration, Ousmane Abdéramane Inna-djougourou, ancien dirigeant de l’AILC, a demandé d’évaluer si, au regard des dispositions constitutionnelles, l’implication du chef de la junte ne constitue pas un cas de « haute trahison » et pourrait éventuellement justifier une procédure de sa destitution.
Le troisième enseignement porte sur les moyens d'y mettre fin, un débat qui ne relève plus de la spéculation marginale, mais qui s'impose désormais au grand jour, jusque dans les cercles les plus proches du pouvoir. En avril 2025 déjà, le général Abdelrahim Bahar Mahamat Itno, parent proche du président et haut gradé de l'armée, était rétrogradé puis radié après avoir qualifié publiquement le pouvoir de « corrompu » et appelé les membres de sa propre famille à le renverser. Plus récemment encore, le général Ousmane Dillo, cousin du chef de l'État et commandant de plusieurs milliers d'hommes engagés aux côtés de l'armée soudanaise, a promis publiquement, depuis Paris, de revenir au Tchad pour « renverser le régime », estimant que « le Conseil militaire doit partir ». Que de telles déclarations émanent du cercle familial et militaire le plus proche du pouvoir, et non de l'opposition extérieure habituelle, en dit long sur l'ampleur réelle de ce débat au sein même de l'appareil d'État.
Ce débat est devenu, de fait, omniprésent dans les discussions des tchadiens, et les mois à venir pourraient s'avérer décisives pour un sursaut collectif visant, au minimum, à arrêter l'hémorragie. Lors d’une émission, le Directeur général de TchadOne, M. Charfadine Galmaye, a évoqué plusieurs scénarios envisageables pour mettre fin à ce régime militaire, inédit dans l’histoire récente du Tchad. Il s’est interrogé sur le fait que le moment était peut-être venu de se sacrifier. Il faut cependant reconnaître que les Tchadiens, usés par des décennies de conflits armés, n'aspirent pas à un nouveau cycle de violence. Plutôt qu'un renversement par les armes, une option dont les précédents récents (Dillo, Bahar) montrent qu'elle gagne du terrain, mais dont le pays mesure aussi, par expérience, le coût humain difficilement réversible une fois engagée, c'est un changement par les urnes, ou par une prise de conscience de l'armée elle-même à l'image de ce qui s'est produit dans les États de l'AES, que la majorité semble aujourd'hui appeler de ses vœux.
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