La politique de Donald Trump à l’égard du Soudan risque-t-elle, paradoxalement, d’éloigner Khartoum de l’Occident et de le pousser davantage vers l’Iran, la Russie ou la Chine ?
La question peut paraître provocatrice et mérite pourtant d’être posée. Elle prend une dimension particulière après les dernières déclarations du général Abdel Fattah al-Burhan.
Dans un bain de foule, le chef de l’armée soudanaise a réagi au refus américain de lui accorder un visa pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies en affirmant, selon les propos rapportés :
« Nous ne voulons pas de visa. Toute personne qui croit pouvoir nous plier se trompe largement. Notre objectif est de nettoyer le pays de ces terroristes. »
Cette déclaration mérite d’être prise au sérieux. Elle montre que la décision américaine n’a manifestement pas produit, du moins publiquement, l’effet de pression recherché. Au contraire, elle semble avoir renforcé la popularité du chef de l’armée et le discours de défiance de Khartoum à l’égard de Washington.
Les derniers développements à New York ont donné une nouvelle dimension à cette interrogation. A l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, Washington a refusé d’accorder à Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise et dirigeant de facto du pays, le visa qui lui aurait permis de se rendre à New York. Selon Reuters, la délivrance du visa aurait été liée à l’acceptation par Burhan d’un cessez-le-feu de 90 jours proposé par l’administration américaine. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est déclaré préoccupé par cette situation.
Le cas palestinien est venu renforcer cette impression. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, s’est également vu refuser un visa américain et a dû intervenir devant l’Assemblée générale par visioconférence après un vote autorisant cette solution. Dans le même temps, Washington a maintenu une relation étroite avec Israël et Donald Trump a défendu devant l’Assemblée générale sa politique concernant le conflit avec l’Iran.
Une politique américaine qui produit-elle l'effet inverse de celui recherché ? C’est ici que se trouve la véritable interrogation. Interrogé par la chaîne « Al-Arabiya/Al-Hadath », Amjad Farid, conseiller politique du président du Conseil souverain, a indiqué que
Les derniers développements à New York ont donné une nouvelle dimension à cette interrogation. A l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, Washington a refusé d’accorder à Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise et dirigeant de facto du pays, le visa qui lui aurait permis de se rendre à New York. Selon Reuters, la délivrance du visa aurait été liée à l’acceptation par Burhan d’un cessez-le-feu de 90 jours proposé par l’administration américaine. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est déclaré préoccupé par cette situation.
Le cas palestinien est venu renforcer cette impression. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, s’est également vu refuser un visa américain et a dû intervenir devant l’Assemblée générale par visioconférence après un vote autorisant cette solution. Dans le même temps, Washington a maintenu une relation étroite avec Israël et Donald Trump a défendu devant l’Assemblée générale sa politique concernant le conflit avec l’Iran.
Une politique américaine qui produit-elle l'effet inverse de celui recherché ? C’est ici que se trouve la véritable interrogation. Interrogé par la chaîne « Al-Arabiya/Al-Hadath », Amjad Farid, conseiller politique du président du Conseil souverain, a indiqué que
le passeport d'Abdel Fattah al-Burhan se trouve actuellement entre les mains de l'ambassade américaine au Caire. Khartoum n'a reçu aucune notification formelle quant à la suite réservée à cette demande. Qualifiant cette situation de « différend juridique entre Washington et les Nations unies », le conseiller a précisé que le gouvernement soudanais a déposé une protestation officielle auprès du secrétariat de l'ONU. En retour, Khartoum a reçu un avis qualifiant cette entrave d'« inacceptable » et de contraire à l'accord de siège conclu entre les États-Unis et l'organisation internationale (Alwihdainfo).
Que cherche Washington ? Selon le chercheur MS. Abdelsalam, Washington cherche à obtenir de l’armée soudanaise qu’elle accepte un cessez-le-feu. Mais la manière de faire peut-être aussi importante que l’objectif recherché. Lorsque la pression diplomatique est perçue comme une tentative de contraindre un acteur engagé dans une guerre existentielle, elle peut produire un effet inverse : renforcer chez celui-ci le sentiment qu’il doit diversifier ses alliances et réduire sa dépendance à l’égard de l’Occident.
Le problème soudanais est particulièrement complexe. Al-Burhan se trouve pris entre deux pressions contradictoires. D’un côté, une partie des courants islamistes soudanais entretient des relations anciennes avec l’Iran et certains de ces courants défendent ouvertement une rupture avec l’Occident. Les relations entre Khartoum et Téhéran ont d'ailleurs été rétablies après le début de la guerre en 2023, avant d’être rompues sous la pression de certains états du Golfe dont l’Arabie Saoudite et le Qatar. De l’autre côté, l’armée affronte les Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire qui contrôle encore d’importants territoires et dont le conflit avec l’armée menace directement la survie de l’État soudanais et de son institution militaire. Dr. Ahmat Yacoub Dabio, Expert en gestion de conflits, président du CEDPE.
Dans ce contexte, demander à Burhan d’accepter un cessez-le-feu tout en exerçant simultanément une pression diplomatique sur lui peut être interprété, à Khartoum, non pas comme une simple médiation, mais comme une tentative de modifier le rapport de force politique et militaire.
Le précédent iranien doit-il inquiéter Washington ?
L’expérience récente de la confrontation américano-iranienne constitue également un élément à prendre en considération. La stratégie américaine vis-à-vis de Téhéran n’a pas produit uniquement les résultats recherchés par Washington. Le conflit a entraîné une nouvelle confrontation autour du détroit d’Ormuz, l’un des principaux passages énergétiques mondiaux. Al Jazeera a rapporté que la fermeture du détroit par l’Iran était devenue l’un des principaux enjeux stratégiques de la confrontation.
Donald Trump a ensuite déclaré que les États-Unis voulaient devenir le « gardien » du détroit et évoqué la reprise d’un blocus naval contre l’Iran, ce qui a encore compliqué les perspectives de négociation.
La leçon que pourraient en tirer certains responsables soudanais est simple : un pays soumis à une forte pression occidentale peut chercher à multiplier ses partenariats plutôt qu’à s'isoler. Pour Khartoum, cela pourrait signifier davantage de coopération avec la Russie, la Chine ou l’Iran, sans nécessairement aller jusqu’à une rupture formelle avec Washington.
Sarah H. Salmane,
analyste, chercheure associée au CEDPE.
Sahel7, www.centrerecherche.com


