Des tirs d'armes lourdes et des explosions ont résonné dans la nuit du 28 au 29 août à Niamey. Un groupe de soldats a mené une tentative de coup d'État, avant de s'emparer de la base aérienne 101, qu'ils ont tenue jusqu'au samedi soir. Les mutins s'en étaient aussi pris au palais présidentiel, selon l'analyste de défense Akram Kharief.
L'armée nigérienne a repris la main avec l'appui de ses alliés russes de l'Africa Corps. Cette force paramilitaire russe compterait entre 200 et 300 hommes au Niger et a fourni un soutien au sol et aérien lors de l'opération. Plusieurs dizaines de mutins ont été arrêtés.
L'Algérie a très vite affiché son soutien. Dès le 29 août, le ministère algérien des Affaires étrangères a réaffirmé "sa condamnation ferme de tels agissements", dans un communiqué. Le lendemain, quatre chasseurs Sukhoï Su-30, accompagnés d'un avion de transport Iliouchine Il-76 et d'un ravitailleur Il-78, ont atterri à Niamey, sur ordre du président Abdelmadjid Tebboune et du général d'armée Saïd Chengriha.
Du côté du ministère algérien de la Défense nationale, cette opération "réaffirme l'engagement et la détermination inébranlables de l'Algérie à poursuivre ses efforts pour renforcer la sécurité et la stabilité dans la région", selon Le Jeune Indépendant.
Un tournant dans la doctrine algérienne
Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a de son côté salué un pays pour qui "tout ce qui doit être fait pour aider à assurer notre sécurité et promouvoir notre souveraineté est une priorité absolue".
Pour Slimane Zeghidour, éditorialiste à TV5MONDE, ce déploiement constitue une rupture. "C'est vraiment un tournant et s'il s'installe dans le temps, ce sera un tournant majeur dans la doctrine de sécurité nationale algérienne", analyse-t-il. "Jusqu'ici, depuis l'indépendance, l'armée algérienne martèle son dogme, à savoir, que son armée n'interviendra jamais en dehors de son territoire souverain."
L'éditorialiste détaille l'ampleur du dispositif envoyé sur place. "Juste après l'annonce de la tentative de coup d'État avortée au Niger, l'armée algérienne déploie sur place quatre chasseurs bombardiers, un gros transport de troupes plus un avion ravitailleur en vol. C'est une véritable unité de combat aérien avec son personnel, ses munitions", explique-t-il.
Il replace ce geste dans la continuité d'un précédent envoi: "Ce déploiement (...) survient 15 jours après l'envoi par l'Algérie de quatre hélicoptères de combat toujours au Niger”, poursuit-il.
L'Algérie avait effectivement livré, le 9 août, deux hélicoptères d'attaque Mi-24V et deux hélicoptères de transport Mi-171 aux forces nigériennes. "Cette présence militaire encore vraiment inédite montre que ce corps de bataille n'est pas là pour la parade, mais qu'il serait prêt à se battre et qu'il a donc une feuille de route et des règles d'engagement. C'est une situation inédite, qui plus est dans un Sahel instable avec lequel l'Algérie partage 2.500 kilomètres de frontières", complète l'éditorialiste.
Une région disputée par les grandes puissances
Ce virage d'Alger est à placer dans un contexte régional saturé d'acteurs extérieurs, et convoité. "À Alger, on a conclu que dans cette zone où les coups d'État se succèdent, où des grandes puissances se rapprochent aussi, il y a les Russes mais il y a aussi les Iraniens, il y a les Chinois, il y a les Israéliens, les Marocains. Il y a un bouillonnement qui met en péril la sécurité en Algérie, selon le gouvernement algérien", ajoute Slimane Zeghidour.
Les analyses sur les motivations d'Alger divergent néanmoins: sécurité frontalière et lutte contre les groupes djihadistes, pour certains, la protection des intérêts économiques communs ou encore la sortie d'un isolement diplomatique et de rivalité avec le Maroc, pour d'autres, voire un rapprochement d'Alger avec Moscou.
Du côté de l'Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la tentative de coup d'État a été qualifiée de "plan de déstabilisation", tandis que la Turquie appelait au calme et à un retour rapide à la stabilité.
Pour le média algérien, Medias24, cette démonstration de force aérienne suscite aussi des critiques jusqu'en Algérie même, où une partie de l'opinion avait déjà dénoncé l'an dernier l'absence de moyens aériens suffisants pour combattre des feux de forêt qui avaient fait 18 morts.
Pour Slimane Zeghidour, ce geste inédit signifie peut-être un changement plus profond que la seule doctrine militaire. "On est peut-être en train d'assister à une sorte de révolution intellectuelle. La sécurité nationale de l'Algérie aujourd'hui ne commence pas à ses frontières mais pourrait commencer dans ses pays voisins. Ce qui explique une intervention économique, sociale, universitaire même, avec l'octroi de bourses, la formation d'officiers, et désormais peut-être par l'envoi de troupes sur place aptes à se battre sur le terrain", a-t-il conclu.
Algérie: pourquoi l'envoi d'avions de chasse au Niger marque un changement de doctrine militaire | TV5MONDE - Informations

