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Corne de l’Afrique : Le spectre d’un conflit élargi

Samedi 16 Mai 2026

Alors que la crainte d’une escalade entre Khartoum et Addis-Abeba s’accentue, des efforts régionaux sont déployés pour éviter un nouvel embrasement dans la Corne de l’Afrique.


Sabah Sabet


Déjà tendues, les relations entre le Soudan et l’Ethiopie ont franchi un nouveau palier depuis la semaine dernière. L’armée soudanaise a officiellement accusé l’Ethiopie d’être à l’origine d’attaques de drones lancées depuis l’aéroport de Bahir Dar le 1er mars et le 5 mai, visant plusieurs régions et l’aéroport de Khartoum. Au-delà des frappes aériennes, Khartoum accuse Addis-Abeba de servir de base arrière aux paramilitaires des Forces de Soutien Rapide (FSR) en guerre contre l’armée soudanaise. Haussant le ton, le général Abdel Fattah Al-Burhan, chef des forces armées et président du Conseil de souveraineté soudanais, a menacé d’une riposte militaire si l’implication éthiopienne venait à être confirmée. Pour sa part, Addis-Abeba a rejeté ces accusations, les qualifiant de « sans fondement ». En revanche, elle a accusé l’armée soudanaise de soutenir et de financer les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), ce qui présente, selon lui, « une violation de son intégrité territoriale ». Sur le plan diplomatique, les deux pays ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs.

Face à cette escalade qui risque de créer un nouveau conflit plus élargi à la région de la Corne de l’Afrique, déjà sujette à des crises politiques et sécuritaires, une médiation djiboutienne a eu lieu visant à rétablir des canaux de communication directs pour désamorcer ces crises. Samedi 9 mai, à l’occasion de l’investiture du président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et le vice-président du Conseil de souveraineté soudanais, Malik Agar, se sont entretenus et ont convenu, lors de la réunion, de travailler à contenir leurs désaccords. Une rencontre qui a eu lieu alors que les Etats-Unis avaient adressé un message direct et clair à Addis-Abeba lui enjoignant de ne pas dépasser les frontières avec les pays voisins.

Reste à savoir si cette tentative de médiation pourra apaiser le ton et éviter une nouvelle escalade entre les deux pays frontaliers. Pour Mohamed Abdel-Halim, directeur du centre Egyptian Enterprise pour les études politiques et stratégiques, le conflit entre les deux parties prend aujourd’hui une dimension inquiétante d’autant plus que les points de désaccord entre les deux pays sont multiples. « Une rencontre n’est pas suffisante pour résoudre tous les contentieux », estime-t-il. « Si les accusations mutuelles d’ingérence dans les affaires internes ne sont pas nouvelles, le fait de les lancer d’une manière directe et officielle présente un développement inquiétant », ajoute-t-il.

La zone frontalière disputée d’Al-Fashaga est également un sujet de conflit qui a refait surface récemment entre les deux parties. « L’Ethiopie a profité de la crise interne au Soudan et a tenté de contrôler Al-Fashaga et y réaffirmer son influence, alors que cette région est vitale pour la sécurité alimentaire du Soudan », explique l’analyste. C’est alors que Khartoum a massivement renforcé récemment sa présence militaire dans cette région, ainsi que dans trois autres frontalières.

Seul point porteur d’espoir, les deux pays ravagés et déchirés par des conflits internes ne sont prêts à ouvrir de nouveaux fronts de conflits. Selon Ahmat Yacoub, président du Centre d’Etudes pour le Développement et la Prévention de l’Extrémisme (CEDPE), un think tank basé au Tchad, « les deux parties ont décidé de privilégier le dialogue et d’éviter l’escalade, et la rencontre tenue à Djibouti entre les deux parties est une preuve » .

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