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Ensemble contre les conflits et pour la paix

L’Éthiopie s’apprête à organiser une nouvelle élection simulée

Vendredi 29 Mai 2026

La situation sécuritaire en Éthiopie est profondément liée à l’avenir électoral du pays et devrait avoir un impact majeur sur les résultats. Récemment, le Mouvement national Amhara Fano (AFNM ; un groupe armé représentant le groupe ethnique amhara) a lancé un avertissement sévère, déclarant que toute personne participant au processus électoral est ennemie du peuple amhara, tout comme elle considère le gouvernement lui-même. Après plus de deux ans de guerre de guérilla, Fano domine désormais de vastes étendues rurales amharas et mène des opérations contre les convois gouvernementaux, les responsables, le personnel militaire et leurs bases sans conséquences.


 

Depuispresque soixante-dix ans, depuis le règne de l’empereur Haïlé Sélassié jusqu’à aujourd’hui, l’Éthiopie a connu une succession d’élections mises en scène qui semblent davantage viser à maintenir le statu quo qu’à donner aux citoyens une véritable chance de choisir leurs dirigeants. Depuis que le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF) a introduit le système ethnique-fédéral en 1995, six élections générales ont eu lieu. Le parti au pouvoir a remporté à chaque fois.

Les élections générales, prévues pour juin 2026, devraient suivre la même voie, mais la situation est plus précaire que jamais.

Le Premier ministre Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019 et autrefois salué comme un phare de la réforme démocratique, dirige désormais une nation profondément divisée sur plusieurs lignes de fracture. Alors que le gouvernement, dirigé par son Parti de la prospérité (formé en 2019 en tant que successeur de l’EPRDF démantelé), se prépare aux prochaines élections, l’Éthiopie est confrontée à des conflits internes, à des insurrections généralisées et à la menace imminente d’un conflit avec l’Érythrée.

Le décalage croissant entre la manière dont le gouvernement présente la situation et les dures réalités auxquelles sont confrontés de nombreux Éthiopiens n’a jamais été aussi clair.

Architecture de la prédétermination

Le Conseil national électoral d’Éthiopie (NEBE) a publié des chiffres destinés à illustrer une démocratie saine : 47 partis politiques enregistrés, près de 11 000 candidats et des millions d’électeurs. Pourtant, ces chiffres cachent plus qu’ils ne le révèlent. La plupart des partis s’alignent ouvertement ou subtilement avec le Parti de la Prospérité, tandis que ceux qui tentent sincèrement de présenter des alternatives font face à des obstacles allant de la bureaucratie à la violence parrainée par l’État.

Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF ; la force dominante depuis longtemps au sein de l’EPRDF), le Front de libération oromo (OLF), le Congrès fédéraliste oromo (OFC) et le Front national de libération de l’Ogaden (ONLF) sont des groupes d’opposition bénéficiant d’un fort soutien populaire. Pourtant, leurs responsables subissent fréquemment du harcèlement, des arrestations arbitraires et des difficultés importantes pour obtenir les licences nécessaires pour agir en tant que parties légitimes. Ils se retrouvent pris dans un labyrinthe bureaucratique conçu pour drainer leurs ressources, leur faire perdre leur temps et les distraire de leurs objectifs. Ainsi, le gouvernement cherche à créer l’illusion de la concurrence tout en réprimant tout changement politique réel. Tout en dressant des obstacles à une réelle opposition du TPLF, de l’OLF, de l’OFC et de l’ONLF, le Conseil électoral a simultanément approuvé plusieurs partis d’opposition clairement alignés avec le parti au pouvoir, dans le cadre d’une démarche stratégique visant à convaincre la communauté internationale qu’une opposition crédible existe.

These same tactics were extremely effective in 2021: The Prosperity Party won decisively at both the regional and national levels in the general election that year. Its near-total victory in parliament, securing 96.8 percent of the 547 seats in the House of People’s Representatives, suggests manipulated outcomes aimed at consolidating power rather than genuine public support. Although the legitimacy of the process was widely questioned, it served Abiy’s agenda: to conduct a ceremonial election while claiming to have popular support and the legitimacy to govern.

The Opposition’s Dilemma

Ethiopia’s opposition is now facing a tough choice that’s causing serious division among its members. Some factions believe that engaging in the political process is crucial, as stepping back would mean losing their limited chances to voice dissent. Conversely, others see the whole system as fundamentally flawed, pointing to the 2021 vote that took place amid the Tigray conflict (2020–22). Many criticized that contest — which excluded some parts of the country, was marred by the arrest of key opposition figures, and boycotted by many opposition groups — as proof that participating only legitimizes a corrupt system.

Ce manque d’unité joue directement en faveur du gouvernement. Si les partis d’opposition s’unissaient, ils pourraient élaborer une stratégie, mettre en commun leurs ressources et au moins poser un défi symbolique. Cependant, ils restent divisés non seulement sur les tactiques mais aussi sur les questions fondamentales entourant l’avenir politique de l’Éthiopie — reflétant des désaccords plus profonds sur la constitution, le fédéralisme ethnique et la voie vers un véritable changement démocratique.

La mécanique structurelle du système politique éthiopien ne fait qu’approfondir ces divisions. Le système électoral uninominal à un tour complique la situation des partis d’opposition : en 2021, ils ont collectivement obtenu 32 % des voix dans la capitale, Addis-Abeba, mais n’ont obtenu aucun siège parlementaire. Cette approche du gagnant rafle tout est particulièrement dommageable lorsqu’elle est combinée au découpage électoral, à la suppression des électeurs et aux ressources disproportionnées dont bénéficient les sortants. Ainsi, dans l’État régional somalien, à Oromia et ailleurs, les partis d’opposition ont choisi de boycotter l’élection de 2021 en raison des obstacles imposés par le gouvernement, notamment l’intimidation, les arrestations et les restrictions sur la campagne. Aujourd’hui, à l’approche des élections de 2026, l’OFC peine à fonctionner en dehors d’Addis-Abeba, où le parti ne présente que dix candidats — une forte baisse par rapport à environ quatre cents candidats de l’OFC en 2005. Selon le président du parti, sa participation aux prochaines élections vise principalement à prévenir la désinscription.

En regardant vers les élections de juin 2026, la capacité et la volonté du gouvernement de manipuler les résultats n’ont fait que s’accrur, même si son contrôle territorial s’est affaibli. Les responsables nationaux et régionaux seraient orientés vers la sélection de candidats parmi des partis d’opposition symboliques alignés avec le Parti de la prospérité. Cette configuration vise à garantir que la représentation de l’opposition représente environ 20 à 30 % des sièges, créant ainsi une illusion de choix sans véritable concurrence.

Contradiction de sécurité

La situation sécuritaire en Éthiopie est profondément liée à l’avenir électoral du pays et devrait avoir un impact majeur sur les résultats. Récemment, le Mouvement national Amhara Fano (AFNM ; un groupe armé représentant le groupe ethnique amhara) a lancé un avertissement sévère, déclarant que toute personne participant au processus électoral est ennemie du peuple amhara, tout comme elle considère le gouvernement lui-même. Après plus de deux ans de guerre de guérilla, Fano domine désormais de vastes étendues rurales amharas et mène des opérations contre les convois gouvernementaux, les responsables, le personnel militaire et leurs bases sans conséquences.

Parallèlement, l’Armée de libération oromo (OLA) intensifie également ses activités à travers Oromia, profitant du vide sécuritaire alors que l’armée éthiopienne déploie davantage de troupes dans le nord de l’Éthiopie. L’OLA étend son contrôle opérationnel dans la région. Au Tigré, le TPLF, autrefois dominant, a été mis de côté, laissant de nombreux Tigréens déconnectés du reste du pays et apathiques face aux prochaines élections.

Dans les régions d’Amhara, Oromia et Tigré, le vote sera limité aux zones urbaines contrôlées par le gouvernement, excluant ainsi de fait de vastes territoires — dont beaucoup sont sous le contrôle de groupes insurgés — de participer au processus électoral. Le NEBE a publié une carte électorale catégorisant les circonscriptions selon le statut de sécurité. Les zones vertes sont stables, les zones rouges sont à risque de conflit, et les zones jaunes se trouvent entre les deux. Les partis d’opposition critiquent la carte pour son fidélité sur des données gouvernementales peu fiables. Pour aggraver les choses, le Conseil électoral n’a pas encore formellement traité cette limitation géographique, un échec qui sape sérieusement toute revendication de légitimité démocratique nationale. Et même si la NEBE parvenait à tenir le vote en toute sécurité dans ces zones, les groupes insurgés au pouvoir considèrent la compétition comme frauduleuse et décourageraient activement le vote.

On April 17, a coalition of eight political parties in Ethiopia threatened to withdraw from the June election unless authorities address alleged legal violations, intimidation, and administrative irregularities within seven days. The coalition accused the ruling party and state security of limiting the political space and warned against participating in what they called “illegal legality.” The Ethiopian People’s Revolutionary Party (EPRP) plans to hold a peaceful protest on May 8 to highlight the unfair electoral conditions and ongoing conflicts that are undermining the election’s credibility.

The NEBE’s Compromised Role

Since 2021, the NEBE’s reputation has taken a hit, with opposition parties claiming that the Board has been coopted by federal authorities. Recently, eight opposition parties have voiced concerns about the NEBE’s tough registration requirements, including birth certificates and national IDs, which are extremely difficult for rural and internally displaced voters to meet. These hurdles effectively disenfranchise a significant number of citizens.

Two choices, in particular, highlight the compromised character of the NEBE: the sudden decision in May 2025 to bar the TPLF from participating in the upcoming general election while allowing Getachew Reda’s Simret party to register. Getachew is advisor minister to Prime Minister Abiy on Eastern African Affairs and a former interim president of Tigray before being expelled from the TPLF in 2024. This move appears to have been coordinated with federal authorities in order to establish a compliant political force in Tigray.

Moreover, the NEBE has been linked to recent government actions aimed at disrupting the growing connections between Fano insurgents and Tigrayan authorities. Among these was the controversial decision in February to reassign disputed districts in western Tigray to Amhara, with the likely aim of stoking nationalist tensions on both sides.

In Somali Regional State, a similar strategy is at play: With backing from federal players and the Electoral Board, the Somali regional government has dismantled the legitimate Ogaden National Liberation Front (ONLF) and replaced it with a new faction that aligns with the Prosperity Party. This new faction has now been granted a license to operate as the official ONLF.

Adding to all this, international election observers are nowhere to be found, their deployment either blocked or indefinitely postponed. Domestic monitoring groups are constantly under threat, with their members facing surveillance, harassment, and the looming risk of detention. And journalists are barred from reporting in conflict zones and covering elections. Meanwhile, more than 1,500 civil society organizations have been shuttered in recent years and several more suspended, and the law governing them has gotten more restrictive. In such an environment, where civic oversight is severely constrained at best, the idea of free and fair elections shifts from being a goal to something that feels utterly ridiculous.

Regional Powder Keg

As Ethiopia gears up for its electoral moment, the northern front is once again on the brink of chaos. Tens of thousands of Ethiopian National Defense Force (ENDF) troops have been deployed closer to Tigray’s borders, and Abiy’s aggressive talk about access to the Red Sea has raised alarms in neighboring capitals. This troop movement appears to have created an opportunity for Fano to overpower the local Amhara special police force and the remaining few troops that were supposed to fill the security gap left by the departing forces.

Tigray is teetering on the edge. The TPLF has reinstated its prewar leadership, defying the federal extension of the Tigray Interim Administration established after the 2022 Pretoria Agreement ended two years of conflict. Observers caution that without dialogue, the leadership crisis in Tigray could escalate into renewed fighting. Eritrean forces and weapons continue to pour into the border regions, hinting that both external and internal players are gearing up for renewed conflict, no matter the electoral schedule.

Meanwhile, Sudan’s government, led by the Sudanese Armed Forces (SAF), which is fighting a civil war against the Rapid Support Forces (RSF), has accused Ethiopia of drone attacks on Sudanese targets, including Khartoum International Airport. Sudan has recalled its ambassador from Addis Ababa and threatened retaliation. Tension was already high over the establishment of a new RSF training base in northwest Ethiopia, though Ethiopia denies involvement and asserts neutrality in Sudan’s civil war. The risk of regional conflict is high. Just a tiny spark in northern Ethiopia or eastern Sudan could set the entire Horn of Africa ablaze, pulling in regional powers with clashing interests and turning Ethiopia’s domestic political crisis into a wider interstate conflict.

Right now, the situation is somewhat stable, but there are various theories about why Addis Ababa seems reluctant to dive into conflict. Some say it’s because the Ethiopian military is weakened from prolonged counterinsurgency efforts. Others think the United Arab Emirates (UAE), a key ally, is wary of backing another war in Ethiopia while still dealing with the fallout from conflicts in the Middle East. Abiy’s recent trip to the UAE to shore up support amid rising tensions between Tehran and U.S. allies in the Gulf shows that outside influences are playing a big role in his political and foreign policy  choices—from supporting the RSF on behalf of the UAE to signing a controversial memorandum of understanding with Somaliland that grants Ethiopia a naval base or coastal access in exchange for recognizing Somaliland’s independence.

In the meantime, officials from the United States, Israel, Saudi Arabia, Turkey, and the UAE at turns met with leaders in Addis earlier in the year, all stressing the importance of regional stability. These diplomatic moves might be limiting Abiy’s options, at least for now. But as Ethiopian politics has shown time and again, the prime minister’s quasi-messianic self-conception and willingness to absorb immense costs in pursuit of his vision make external pressure an unreliable constraint.

Constitutional Endgame

In even the most autocratic regimes, elections do more than just lend legitimacy. They provide data on national support, help identify trustworthy local allies, and create chances to reward loyal supporters while sidelining opponents. However, Ethiopia’s upcoming elections might have a more specific aim: to provide a democratic façade for significant constitutional changes.

It’s no secret in Ethiopian political circles that the Prosperity Party doesn’t think much of the 1995 ethnic-federal constitution. Abiy’s philosophy of medemer — meaning “synergy” — has always hinted at a shift toward greater centralization, although the precise contours remain deliberately vague.

The National Dialogue Commission, which was launched to much fanfare in 2022 but has made little real progress, is expected to suggest changes to the principles of ethnic federalism — revisions that would solidify executive power at the center while reducing both parliamentary oversight and regional autonomy.

A decisive electoral win for the Prosperity Party, no matter how it’s achieved, would provide the political leverage and perceived mandate needed for such constitutional changes. What will likely amount to a coronation in June may not just be an end in itself but rather a stepping stone toward deeper institutional transformation and regional restructuring — one that could redefine Ethiopia’s political landscape for generations to come.

A Coronation with Limits

At just 41-years-old, Abiy Ahmed stands out as a young leader in Africa. He’s made it clear that he intends to hold onto power for a long time, and there’s little evidence to suggest that any democratic checks will limit in his authority. His leans toward a quasi-imperial approach, where his personal ambitions take center stage — treating elections, insurgencies, regional conflicts, and humanitarian crises as mere hurdles in his quest for national transformation.

Cependant, les prochaines élections générales en Éthiopie risquent davantage de révéler les limites de l’État que de mettre en valeur sa force. D’innombrables Éthiopiens résident dans des zones où le vote n’est tout simplement pas une option — soit à cause du contrôle des insurgés, soit de l’incapacité du gouvernement à garantir la sécurité des électeurs. Beaucoup d’autres ont été déplacés par les combats, leurs chances de s’inscrire et de voter étant entravées par les conflits mêmes que le gouvernement prétend traiter. De plus, des millions de Tigréens suivront un processus électoral dont leur région a été largement marginalisée — un rappel brutal que cette élection « nationale » a lieu dans un pays qui, en réalité, est loin d’être unifié.

Le vote aura lieu, Abiy sera probablement confirmé dans sa position, et la communauté internationale offrira sans doute des félicitations tièdes tout en soulignant des « domaines à améliorer ». La machine de légitimité démocratique continuera à produire les résultats qu’elle a été conçue pour produire. Pourtant, aussi grandiose que soit la mise en scène du couronnement, elle ne peut masquer la vérité d’un État dont le contrôle du territoire et de l’espace politique se réduit, d’une société en fragmentation, et d’un système politique qui laisse à ses citoyens peu de choix réel.

Dans l’Éthiopie d’aujourd’hui, les limites des élections n’ont jamais été aussi claires — et les enjeux pour le peuple éthiopien n’ont jamais été aussi importants.
 

Par Muktar Ismail

Mai 2026

Muktar Ismail est analyste régional, ancien conseiller humanitaire et en développement du président de la région somalienne, et ancien membre du personnel de l’ONU.

 

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Crédit image : LUIS TATO/AFP via Getty Images