Des dirigeants politiques comme le Premier ministre canadien Mark Carney ont exhorté les « puissances moyennes » mondiales à s’unir pour défendre la démocratie et l’ordre libéral fondé sur des règles. Bien que louables, ces appels reposent sur une conception dépassée des puissances moyennes comme des acteurs démocratiques largement bienveillants engagés à fournir des biens publics mondiaux. En réalité, de nombreuses puissances moyennes sont autoritaires et sont plus susceptibles de contribuer à l’érosion des normes et institutions mondiales qu’aux efforts pour les maintenir. S’appuyant sur des preuves issues de cas tels que les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et la Turquie, cet essai présente un nouveau cadre pour comprendre comment les puissances intermédiaires autoritaires utilisent des alliances avec leurs homologues démocratiques pour se couvrir tout en sapant simultanément les institutions multilatérales libérales, en promouvant des idéaux autocratiques et en pratiquant la répression transfrontalière. Ces pratiques méritent une plus grande attention car elles servent à diluer les engagements mondiaux en matière de droits de l’homme, à normaliser la gouvernance autoritaire et à accélérer le démantèlement de l’ordre international fondé sur des règles.
La vague mondiale actuelle d’autocratisation pose l’un des tests les plus sérieux à l’architecture mondiale longtemps considérée comme structurant la politique internationale : l’ordre international libéral fondé sur des règles qui, depuis 1945, a aidé à coordonner la coopération sur tout, du commerce au climat en passant par la sécurité. Les inquiétudes concernant l’érosion — et l’effondrement potentiel — de ce cadre se sont intensifiées ces dernières années en réponse à la conduite de plus en plus unilatérale et coercitive des États puissants. Des actions telles que l’invasion non provoquée de l’Ukraine par la Russie, les menaces publiques du président américain Donald Trump d’affirmer le contrôle du Groenland, ainsi que l’usage croissant par la Chine de la coercition économique et de la pression territoriale dans des régions comme la mer de Chine méridionale, ont alarmé les alliés occidentaux et soulevé des questions sur la durabilité des normes établies de coopération et de souveraineté.
Dans ce contexte, le Premier ministre canadien Mark Carney a utilisé son discours au Forum économique mondial de janvier 2026 à Davos, en Suisse, pour donner une évaluation sévère de la situation mondiale et appeler les « puissances moyennes » à prendre leurs responsabilités. Carney déclara que l’ordre international fondé sur des règles d’après-guerre froide avait connu « une rupture, non une transition », et avertissait que les États puissants utilisaient de plus en plus l’intégration économique, les tarifs douaniers et les chaînes d’approvisionnement comme instruments de coercition plutôt que de coopération. En termes directs qui ont résonné auprès des publics internationaux, il a soutenu que « les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu », et que la véritable coopération [Fin page 18] entre États à capacité intermédiaire offrait l’une des rares voies viables pour maintenir un ordre mondial plus résilient et fondé sur des valeurs.
Bien que cet appel à l’action collective soit compréhensible, il repose sur une hypothèse sur la nature de la puissance moyenne qui ne tient plus. Les puissances moyennes classiques comme l’Australie, le Canada et la Norvège étaient autrefois perçues comme des États orientés vers le consensus, engagés à fournir des biens publics mondiaux et à renforcer l’ordre international fondé sur des règles — en partie parce qu’ils étaient des États démocratiques engagés dans des idéaux libéraux. Ces dernières années, une nouvelle forme de puissance moyenne autoritaire a émergé, avec des fondements et des objectifs très différents, illustrés par l’affirmation croissante de la politique mondiale d’États tels que les Émirats arabes unis (EAU) et, jusqu’à récemment, le Venezuela. L’impact mondial de ces États a souvent été négligé au profit d’une attention portée à la Chine, à la Russie et, dernièrement, aux États-Unis, mais il s’agit d’une grave négligence car les puissances intermédiaires autoritaires ont, en elles-mêmes, joué un rôle important dans l’affaiblissement des fondements de l’ordre fondé sur des règles : en promouvant des normes et pratiques autoritaires, affaiblissant la capacité des institutions multilatérales à défendre les normes démocratiques et des droits de l’homme, et soutenant certains des conflits civils les plus meurtriers au monde. En d’autres termes, de nombreuses puissances moyennes ne peuvent pas faire partie de la solution car elles font partie du problème même que des dirigeants comme Carney espèrent résoudre.
Le comportement de ces États autoritaires de niveau intermédiaire est motivé par des stratégies de survie du régime. Parce que la politique étrangère est systématiquement subordonnée à renforcer les régimes face aux rivaux régionaux et aux défis intérieurs, elle est souvent intéressée, à court terme et volatile. Nous devons donc abandonner les compréhensions existantes du comportement des puissances moyennes basées sur des exemples démocratiques afin de comprendre comment leurs homologues autoritaires remodelent la politique mondiale. En nous appuyant sur un examen approfondi du comportement autoritaire des puissances moyennes sur cinq continents, nous démontrons que la combinaison distinctive du pouvoir moyen et d’une gouvernance antidémocratique produit une forme de comportement international caractérisée par trois caractéristiques fondamentales. Premièrement, les puissances intermédiaires autoritaires combinent régulièrement le pouvoir dur et le pouvoir doux pour poursuivre leurs objectifs. Cela inclut la collaboration avec d’autres gouvernements pour s’en prendre aux dissidents à l’étranger, l’armement des gouvernements alliés et des acteurs par procuration dans les États voisins, ainsi que le déploiement de campagnes de désinformation transfrontalières et d’opérations cybernétiques qui affaiblissent le débat démocratique et l’intégrité électorale.
(...) lire le document intégral en cliquant sur le lien suivant Projet MUSE - L’essor des puissances moyennes autoritaires
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