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Sous la loupe

Retrait des FSR d’Arabie saoudite : mais pour aller où, et par quel chemin ?

Vendredi 11 Septembre 2026

Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
Président du Centre d'études pour le développement
et la prévention de l'extrémisme -CEDPE
Sahel 7, www.centrerecherche.com
yacoubahmat0@gmail.com


Combattants des Forces de soutien rapide (FSR) à El-Fasher, Darfour, octobre 2025. Photo : Alwedatalah — CC BY 4.0.
Combattants des Forces de soutien rapide (FSR) à El-Fasher, Darfour, octobre 2025. Photo : Alwedatalah — CC BY 4.0.

Le problème n’est pas seulement de savoir si les FSR vont quitter l’Arabie saoudite, mais aussi de déterminer où elles pourraient aller ensuite et par quel itinéraire, sans avoir à traverser un territoire contrôlé par leur adversaire.
A ce stade, aucun itinéraire de retour n’est officiellement confirmé. Darfur24 rapporte que le retrait est en préparation, sans préciser le pays de transit. La même source évoque l’Éthiopie ou le Soudan du Sud comme destinations possibles pour un éventuel redéploiement. (
موقع دارفور٢٤ الاخباري)
Si ces combattants doivent rejoindre les zones contrôlées par les FSR, un retour direct vers le Soudan apparaît problématique. Ils ne peuvent évidemment pas simplement rentrer par Khartoum ou par les zones contrôlées par les Forces armées soudanaises. Leur destination naturelle serait plutôt le Darfour, où les FSR conservent encore des positions importantes. Mais l’accès depuis la péninsule Arabique nécessite de traverser des espaces et des frontières qui ne sont pas sous leur contrôle.
L’hypothèse éthiopienne
L’hypothèse d’un passage par l’Éthiopie mérite une attention particulière. C’est probablement l’une des voies les plus plausibles sur le plan géographique, compte tenu des développements récents autour du front du Nil Bleu et des liens qui sont régulièrement évoqués entre ce théâtre et les réseaux de soutien aux FSR.
L’axe général pourrait être envisagé ainsi : péninsule Arabique → mer Rouge → Éthiopie → frontière soudanaise orientale → zones du Nil Bleu, avec la possibilité, à plus long terme, d’une connexion vers d’autres zones contrôlées par les FSR. Mais cette hypothèse comporte une difficulté majeure, le front du Nil Bleu est précisément devenu un nouveau théâtre d’opérations militaires. Des informations récentes font état d’accusations selon lesquelles le territoire éthiopien aurait servi à l’entraînement ou au soutien logistique de forces liées aux FSR ; ces allégations ne sont cependant pas toutes indépendamment vérifiées. (
Sudan Tribune)
L’Éthiopie pourrait donc constituer une profondeur stratégique pour les FSR, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’Addis-Abeba accepterait ouvertement le transit de plusieurs milliers de combattants armés. La question dépendrait autant des arrangements politiques que des considérations militaires.
Le Soudan du Sud
Le Soudan du Sud constitue une autre possibilité mentionnée par les sources. Là encore, le trajet ne serait pas simple. Le pays possède une longue frontière avec le Soudan et des connexions géographiques avec les zones méridionales du conflit. Mais les autorités sud-soudanaises devraient accepter le passage et, surtout, le déplacement de combattants armés. Il faut d’ailleurs éviter une confusion importante, le fait que le Soudan du Sud soit une voie importante de circulation entre les deux pays ne signifie pas qu’il constitue une voie organisée pour des combattants des FSR. Les données disponibles sur les retours au Soudan concernent principalement les populations civiles et ne permettent pas d’établir l’existence d’un corridor militaire.
Le Tchad : une voie géographiquement logique, politiquement très sensible. Le Tchad est également une piste envisageable, et probablement l’une des plus sensibles.
Pour des combattants qui chercheraient à rejoindre le Darfour occidental, le territoire tchadien offre une logique géographique évidente. Mais politiquement, la situation est beaucoup plus complexe. Un éventuel itinéraire pourrait impliquer un passage par différents espaces de transit avant d’atteindre le Tchad puis le Darfour.
Le Tchad subit déjà une forte pression à cause de la guerre au Soudan et de sa frontière avec le Darfour. Il serait donc compliqué pour N’Djamena d’accepter ouvertement le passage de milliers de combattants armés. Depuis le début du conflit, la frontière est devenue un point particulièrement sensible, et des généraux liés à la milice « Al-Mouchtaraka » pourraient s’y opposer.
La Libye est l’hypothèse la plus stratégique ?
Oui, ce pays constitue également un scénario particulièrement intéressant sur le plan stratégique, compte tenu des accusations et informations faisant état de réseaux de soutien aux FSR à travers le sud libyen. Une récente enquête de la mission internationale d’établissement des faits sur le Soudan a notamment identifié la Libye, le Tchad et d’autres pays comme des points de transit ou des pôles logistiques dans des réseaux liés au conflit soudanais. (
موقع دارفور٢٤ الاخباري)
Mais cet axe supposerait de traverser un immense espace désertique et, surtout, le triangle d’Al-Ewenat, qui, selon les informations disponibles dans cette analyse, ne serait pas entièrement maîtrisé par le maréchal Khalifa Haftar et où l’activité aérienne soudanaise constituerait un facteur de risque.
Il y a cependant une question encore plus importante : si une partie des combattants refuse effectivement de rentrer, la question ne sera plus seulement celle de la logistique militaire, mais aussi celle de leur fidélité au commandement des FSR.
Des défections de combattants des FSR vers l’armée soudanaise ont déjà été rapportées. Dans ce contexte, il n’est pas exclu que l’opération de retrait elle-même puisse provoquer de nouvelles défections.