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Pensée du Jour

Dans la majorité des pays africains, le secteur privé est d’abord un secteur informel.

Mercredi 9 Septembre 2026

Dans la majorité des pays africains, le secteur privé est d’abord un secteur informel. Il joue le rôle de coussin social : c’est lui qui fait vivre le bas peuple au quotidien. Mais parce qu’il échappe à la fiscalité, il contribue très peu aux caisses de l’État.
 
À l’inverse, le secteur formel est étouffé. Harcèlement fiscal, corruption, prédation et ponctions multiples l’asphyxient. Résultat : beaucoup n’ont d’autre choix que de basculer dans l’informel.  
L’informel est devenu un refuge. Faire des affaires en Afrique exige aujourd’hui une forme d’héroïsme.
 
Pendant ce temps, l’économie réelle recule. D’autres économies prennent sa place.
 
*L’économie criminelle prospère là où l’État est absent.*  
Quand les services publics, les infrastructures et les opportunités manquent, un vide se crée. Les réseaux illicites le comblent. Ce n’est ni une fatalité ni une simple défaillance morale. C’est la logique d’un marché parallèle : si l’État ne répond pas aux besoins de base, d’autres acteurs le font. Groupes armés, trafiquants, milices locales.
 
Ce phénomène ne concerne pas que l’Afrique. On le retrouve dans les favelas d’Amérique du Sud, dans les zones montagneuses d’Asie, dans les périphéries délaissées d’Europe de l’Est. Ce qui le rend plus visible chez nous, c’est l’immensité des territoires, la porosité des frontières héritées de l’histoire, et une jeunesse nombreuse qui cherche désespérément des débouchés.
 
Plutôt que de parler d’« abandon », parlons de défi de gouvernance.  
Comment articuler souveraineté nationale, coopération régionale et investissements internationaux pour proposer une alternative crédible à l’économie de prédation ?  
La réponse ne viendra pas uniquement des armes ou des lois. Elle viendra d’un développement inclusif : routes, écoles, marchés agricoles, accès au numérique. Autant de leviers qui donnent aux populations l’intérêt de parier sur un avenir légal plutôt que sur le gain illicite immédiat.
 
En somme, l’économie criminelle est le symptôme d’une impuissance : celle de l’État face aux entreprises de la violence.  
Le traitement de fond passe par la résilience des communautés, la coopération transfrontalière, et une lucidité partagée : aucun pays, aussi puissant soit-il, ne sécurise ses marges tout seul. La solution est collective, ou elle n’existe pas.
 
Zako
_Chadian Centre for Strategic Studies and Prospective Research_  
_Think Global and Act Smarter_