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Sous la loupe

Massad Boulos, ou la diplomatie en famille, jusqu'où ira l'impunité ?

Lundi 7 Septembre 2026

Que se passerait-il si une enquête aboutissait ?
C'est la question qui hante désormais Washington. Que deviendrait Boulos si une enquête établissait formellement sa responsabilité, que ce soit sur un conflit d'intérêts avéré, un manquement à ses obligations de transparence, ou une utilisation abusive de sa position ?



Il y a des nominations qui, dès le départ, portent en elles leur propre problème. Celle de Massad Boulos au poste de conseiller principal du président américain pour les affaires arabes et africaines en est une. Non pas parce que l'homme manquerait de réseau ou d'expérience des affaires, c'est même tout le contraire qui pose question. Mais parce que ce réseau, précisément, se confond dangereusement avec celui de la famille Trump elle-même. Boulos est le père de Michael Boulos, lui-même marié à Tiffany Trump. Le conseiller diplomatique du président est donc, littéralement, son beau-père par alliance.
 
Dans n'importe quelle administration soucieuse de la frontière entre intérêt public et intérêt privé, une telle configuration appellerait au minimum une vigilance renforcée. Ce qui inquiète aujourd'hui plusieurs observateurs, c'est que cette vigilance semble avoir été la première victime de l'arrangement.
 
Une diplomatie parallèle, hors des radars. Une enquête du Tablet Magazine a documenté une série de faits troublants. En avril 2025, Boulos a organisé seul, sans en informer ses propres collègues du Département d'État, une rencontre à Paris avec le président nigérian Bola Tinubu, une initiative qui a pris de court les ambassades américaines en poste à Paris comme à Abuja. L'enquête relève par ailleurs des liens économiques entre l'entourage de Tinubu et celui de Michael Boulos, le fils du conseiller. Ce genre de court-circuit institutionnel, où la diplomatie se négocie en dehors des canaux officiels, est précisément le terreau sur lequel prospèrent les soupçons de conflit d'intérêts.
 
Le dossier soudanais, épreuve de vérité. C'est sur le Soudan que la crédibilité de Boulos est la plus directement mise à l'épreuve. Chargé de porter les efforts de médiation américains dans une guerre qui a déjà coûté des dizaines de milliers de vies et déplacé des millions de civils, il s'est heurté en novembre 2025 à un double refus : ni l'armée soudanaise ni les Forces de soutien rapide (FSR) n'ont accepté son plan de cessez-le-feu, présenté pourtant comme « global ». Ce revers est survenu quelques semaines après la prise d'el-Fasher par les FSR, dernier verrou de l'armée dans l'ouest du Darfour, dans un climat d'accusations de massacres et de nettoyage ethnique documentées par plusieurs organisations internationales.
 
Que les autorités soudanaises accusent aujourd'hui l'émissaire américain de partialité n'a, en soi, rien d'extraordinaire, c'est le lot de tout médiateur dans un conflit aussi polarisé, où chaque camp soupçonne l'arbitre de pencher pour l'autre. Mais le soupçon prend un relief particulier dans le cas soudanais, où le rôle trouble de certains soutiens du Golfe aux FSR est documenté par le Trésor américain lui-même et par plusieurs sénateurs, sans que cela n'ait jusqu'ici freiné la diplomatie de Washington dans la région.
 
Que se passerait-il si une enquête aboutissait ?
C'est la question qui hante désormais Washington. Que deviendrait Boulos si une enquête établissait formellement sa responsabilité, que ce soit sur un conflit d'intérêts avéré, un manquement à ses obligations de transparence, ou une utilisation abusive de sa position ?
 
La réponse tient en un mot : cela dépend presque entièrement de la nature de la faute établie, et de qui la constate.
 
Si l'affaire reste politique et médiatique, c'est-à-dire si elle repose sur des révélations journalistiques et des critiques parlementaires sans franchissement du seuil pénal, Boulos a de très fortes chances de rester en poste. Un conseiller présidentiel de ce type n'est pas soumis à confirmation du Sénat, contrairement à un secrétaire d'État ; sa seule véritable garantie d'emploi est la confiance du président. Or cette confiance, dans son cas, est doublement consolidée par le lien familial. L'histoire récente de l'entourage Trump montre que ce type de proximité protège généralement mieux qu'un simple bilan professionnel.
 
Si une enquête pénale formelle était ouverte par un inspecteur général, voire le Département de la Justice, la donne changerait. Mais il faudrait alors des preuves solides d'infractions caractérisées (corruption au sens pénal, trafic d'influence avéré), et non de simples soupçons de conflit d'intérêts, pour espérer une mise en accusation. Le précédent du sénateur Bob Menendez, condamné pour corruption après une instruction de plusieurs années, rappelle à quel point ce chemin est long, exigeant en preuves, et rarement fatal à une carrière avant son terme.
 
En clair, sauf preuve pénale incontestable, l'avenir politique de Massad Boulos dépendra moins de la solidité des accusations que de la solidité de son lien avec la Maison-Blanche. C'est peut-être là le vrai scandale, non pas tel ou tel arrangement particulier, mais un système où la parenté tient lieu de garde-fou institutionnel.
 
Il convient de noter que cette tribune s'appuie sur des controverses documentées, organisation de rencontres diplomatiques hors des canaux officiels, échec des efforts de médiation, liens d'affaires familiaux dans la sphère d'influence, et non sur une accusation pénale formelle qui, à ce jour, n'a pas été retrouvée dans les sources vérifiables. D'autres observateurs jugent au contraire que Boulos joue un rôle utile de médiateur dans un dossier où aucun acteur extérieur n'est perçu comme totalement neutre, et que les accusations de partialité soudanaises relèvent d'une stratégie classique consistant à décrédibiliser tout médiateur dont les propositions déplaisent.

Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en Gestion de Conflits
Président du Centre d'études pour le développement
et la prévention de l'extrémisme (CEDPE)
Sahel7, www.centrerecherche.com
yaoubahmat0@gmail.com