Dire que les Africains ne savent pas ce qu’ils veulent, c’est une insulte. Dire qu’ils ne savent pas comment y arriver, c’est la réalité.
Quand on écoute une partie de l’élite politique, le rituel est toujours le même : l’inventaire.
Pétrole, or, lithium, cobalt, terres rares… On débite la liste comme une litanie, avec une fierté qui ressemble de plus en plus à une incantation.
Oubli majeur : à l’ère du numérique, tout est déjà en ligne. Les investisseurs connaissent vos gisements, vos contrats, et parfois même vos comptes à l’étranger. Rabâcher les richesses du sous-sol n’impressionne plus personne.
Pendant que certains rêvent du passé, le monde a changé de logiciel.
Nous sommes entrés dans l’économie du savoir. La vraie richesse ne se compte plus en barils ni en tonnes. Elle se mesure en qualité des institutions, en capital humain, en sécurité juridique et en capacité à innover.
Le constat est brutal : dans beaucoup de pays africains, l’abondance côtoie la pauvreté extrême, les déplacements forcés, les violations des droits et la dégradation de l’environnement. Ce n’est pas une fatalité. C’est le produit d’une "économie des avoirs".
Nous possédons l’actif. Mais la technologie, la logistique, la fixation des prix et la valeur ajoutée restent entre les mains d’acteurs extérieurs.
Les investisseurs ne sont pas dupes. Avec la télédétection, le remote sensing et l’analyse de données, il n’y a plus de secret géologique.
Ce qu’ils cherchent, ce n’est pas un catalogue de minerais. C’est la prévisibilité. La sécurité. La compétitivité.
Un investisseur n’a qu’une religion : la garantie de ses capitaux et le retour sur investissement.
Contrairement aux discours officiels, on n’attire pas les capitaux avec des slogans, des vidéos promotionnelles ou du folklore.
Ils viennent d’eux-mêmes là où 4 conditions sont réunies :
1. Sécurité judiciaire
Une justice indépendante, transparente, qui protège aussi bien le citoyen que l’étranger. Si un État ne protège pas les siens, comment rassurer des capitaux internationaux ?
2. Sécurité des biens et des personnes
Un État incapable de protéger sa population ne protégera pas un investisseur. Instabilité, conflits liés à l’extractivisme, zones de non-droit : autant de signaux rouges.
3. Infrastructures physiques et accès économique
Énergie fiable, routes, ports, logistique, numérique. Sans cela, même les plus belles ressources restent des actifs dormants.
4. Capital humain compétitif
Une main-d’œuvre formée aux standards des économies numériques et industrielles. Le capital humain et la digitalisation tirent les IDE, y compris chinois, surtout dans les pays côtiers et riches en ressources.
Tout le reste — discours sur l’abondance, incitations fiscales, zones économiques spéciales bâclées — peut attendre. Pire : sans ces 4 piliers, ce n’est que du théâtre.
Ce que les dirigeants taisent, ce sont les vraies richesses : les ressources humaines et institutionnelles.
La qualité de la gouvernance est aujourd’hui le premier déterminant des flux d’IDE en Afrique subsaharienne : État de droit, efficacité de l’administration, lutte contre la corruption, cadre réglementaire clair.
L’Afrique n’a pas un problème de ressources. Elle a un problème de gouvernance.
Continuer à vendre les matières premières comme solution miracle, c’est entretenir une illusion. Et cette illusion profite surtout à ceux qui extraient, transforment et revendent ailleurs.
Il est temps de changer de boussole. Passer d’une stratégie du sous-sol à une stratégie du dessus :
- Une justice indépendante qui protège citoyens et investisseurs
- Un État qui garantit la sécurité physique et juridique sur tout le territoire
- Des infrastructures modernes, accessibles et rentables
- Une jeunesse formée, compétitive, prête pour l’économie numérique
Tant que ces piliers ne seront pas consolidés, parler d’abondance restera un exercice de style.
Et les multinationales continueront de choisir leurs destinations non pas pour la richesse du sol, mais pour la qualité des institutions et des hommes.
Sortons des illusions.
Le nouveau baromètre n’est plus la liste des minerais. C’est la capacité d’un pays à attirer, retenir et faire grandir les grandes entreprises grâce à sa gouvernance, sa sécurité et son capital humain.
C’est là que se joue l’avenir économique de l’Afrique.
Car si les longs discours et les belles promesses suffisaient, l’Afrique serait déjà un océan de prospérité.
Zako
_Chadian Centre for Strategic Studies and Prospective Research_
_Think Global and Act Smarter_


