Le ministre de l'Enseignement supérieur, Dr Sitack, est manifestement un bon élève. Il a appris très vite les règles de l'école du chef de la junte Kaka. Il affirme désormais, sans détour, qu'il n'est pas question d'accorder des bourses aux étudiants universitaires, au motif que l'État n'en a pas les moyens. Même si le FMI s'installait au ministère des Finances, dit-il en substance, cela resterait impossible.
Pourtant, le ministre est un homme intelligent. Il sait parfaitement que le problème n'est pas l'absence de ressources, mais le choix des priorités. Il sait qu'avec le coût salarial et les avantages accordés à un seul général sans mérite particulier, il serait possible de financer les bourses de dizaines d'étudiants. Or, le Tchad compte près de 900 généraux, dont beaucoup sont régulièrement présentés par les critiques du système comme étant nommés davantage pour des considérations politico-familiales que pour leurs états de service.
Le ministre n'est donc pas naïf. Il s'est simplement adapté au système. Il a compris qu'au Tchad, s'opposer à la logique du pouvoir revient souvent à se heurter à une tempête que peu osent affronter. Alors, on cesse de voir loin. On renonce à bâtir l'avenir.
Pourtant, il suffit de regarder ailleurs. Des pays comme le Rwanda ou l'Iran ont fait de l'éducation un investissement stratégique. L'accès aux études y est fortement soutenu par l'État selon des modalités qui varient, et ce choix a contribué au développement de leurs compétences nationales et de leur recherche. Les grandes nations ne naissent pas par hasard ; elles se construisent en investissant dans leur jeunesse.
Au Tchad, avons-nous seulement cette ambition ? Je me suis toujours posé une question : que peut-on attendre d'un jeune contraint de poursuivre ses études dans la misère, l'incertitude et l'humiliation ?
Accorder une bourse à un étudiant, ce n'est pas lui offrir un cadeau. C'est investir dans l'avenir du pays. C'est lui donner les moyens d'étudier avec dignité. C'est lui apprendre à ne pas tendre la main, à ne pas dépendre de la charité ou du clientélisme. C'est renforcer son indépendance, sa confiance en lui et son sens de la responsabilité.
Un étudiant qui étudie dans la dignité devient plus difficile à acheter, plus difficile à corrompre et plus enclin à défendre l'intérêt général.
En refusant d'investir dans les étudiants tout en maintenant des dépenses de prestige ou des privilèges coûteux, l'État envoie un message préoccupant : l'avenir du pays passe après la préservation du système.
Or, un pays qui sacrifie son université finit toujours par sacrifier son propre avenir.
Sarah H. Salmane
Analyste, chercheure associée au CEDPE
Sael 7
www.centrerecherche.com
Pourtant, le ministre est un homme intelligent. Il sait parfaitement que le problème n'est pas l'absence de ressources, mais le choix des priorités. Il sait qu'avec le coût salarial et les avantages accordés à un seul général sans mérite particulier, il serait possible de financer les bourses de dizaines d'étudiants. Or, le Tchad compte près de 900 généraux, dont beaucoup sont régulièrement présentés par les critiques du système comme étant nommés davantage pour des considérations politico-familiales que pour leurs états de service.
Le ministre n'est donc pas naïf. Il s'est simplement adapté au système. Il a compris qu'au Tchad, s'opposer à la logique du pouvoir revient souvent à se heurter à une tempête que peu osent affronter. Alors, on cesse de voir loin. On renonce à bâtir l'avenir.
Pourtant, il suffit de regarder ailleurs. Des pays comme le Rwanda ou l'Iran ont fait de l'éducation un investissement stratégique. L'accès aux études y est fortement soutenu par l'État selon des modalités qui varient, et ce choix a contribué au développement de leurs compétences nationales et de leur recherche. Les grandes nations ne naissent pas par hasard ; elles se construisent en investissant dans leur jeunesse.
Au Tchad, avons-nous seulement cette ambition ? Je me suis toujours posé une question : que peut-on attendre d'un jeune contraint de poursuivre ses études dans la misère, l'incertitude et l'humiliation ?
Accorder une bourse à un étudiant, ce n'est pas lui offrir un cadeau. C'est investir dans l'avenir du pays. C'est lui donner les moyens d'étudier avec dignité. C'est lui apprendre à ne pas tendre la main, à ne pas dépendre de la charité ou du clientélisme. C'est renforcer son indépendance, sa confiance en lui et son sens de la responsabilité.
Un étudiant qui étudie dans la dignité devient plus difficile à acheter, plus difficile à corrompre et plus enclin à défendre l'intérêt général.
En refusant d'investir dans les étudiants tout en maintenant des dépenses de prestige ou des privilèges coûteux, l'État envoie un message préoccupant : l'avenir du pays passe après la préservation du système.
Or, un pays qui sacrifie son université finit toujours par sacrifier son propre avenir.
Sarah H. Salmane
Analyste, chercheure associée au CEDPE
Sael 7
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