Dans le cadre de la rédaction d'un article, pour www.mongabay.com , spécialisé dans l'actualité sur le changement climatique, entre autres, nous sollicitons une interview, à la suite de la publication du "Nexus Climat-Securité-Environnement en Afrique centrale: cas du Cameroun, de la RCA et du Tchad", auquel vous avez participé.
- Quelle réponse locale les gouvernements des pays concernés par l’étude pourraient-ils apporter pour renforcer la résilience climatique des communautés et gérer les conflits agropastoraux qui s’accentuent ?
Dr. Ahmat Yacoub Dabio: Il sera essentiel pour les gouvernements concernés par l’étude à court terme de développer des programmes pour sensibiliser les communautés dans leurs diversités à vivre ensemble et renforcer leur compréhension des impacts des changements climatiques. A court terme, accompagner les communautés dans la restauration des écosystèmes et la gestion participative des ressources naturelles et initier les acteurs à l’intégration des solutions basées sur la nature dans la restauration des terres et la conservation des zones humides et des écosystèmes fragiles. Dans l’urgence, il s’agira de développer des infrastructures résilientes de soutien à la production agro-sylvo-pastorale pour réduire la pression sur les ressources et les conflits associés. Développer à long terme des systèmes climato-intelligentes pour une meilleur adaptation et sécurité climatique. Enfin, il ne faut pas perdre de vue le rôle des centres de recherche. Les autorités compétentes doivent s’appuyer sur les centres locaux de recherche, tels que le consortium-CEDPE, composé de neuf structures sous-régionales spécialisées. Ce consortium a déjà produit une étude exceptionnelle financée par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), démontrant la pertinence d’une approche scientifique et collaborative pour guider les politiques publiques.
- La question du financement est fondamentale dans la mise en œuvre des programmes de résilience des communautés. Comment adresser cette problématique dans un contexte où la thématique du financement de l’adaptation de l’Afrique et de justice climatique reste un problème ?
Dr. Ahmat Yacoub Dabio: La question du financement reste un enjeu crucial pour la résilience des communautés. Le financement de l’adaptation en Afrique et la justice climatique demeurent des défis majeurs. Les communautés vulnérables ont besoin de ressources stables et accessibles pour renforcer leur résilience face aux impacts du changement climatique. Il est important de faire de la sécurité climatique une priorité nationale en intégrant systématiquement la sécurité climatique dans les politiques publiques, les plans de développement et les accords de financement. Il convient aussi de conditionner tout projet ou programme au respect d’objectifs de résilience communautaire. Puis, il faut responsabiliser les partenaires et les bailleurs internationaux en exigeant qu’ils incluent des actions de résilience dans leurs interventions sans oublier de promouvoir une approche de justice climatique où les pays les plus responsables des émissions soutiennent davantage les pays vulnérables. Les africains doivent tout d’abord compter sur eux, sur leurs propres ressources en consacrant une part des budgets nationaux à l’adaptation et à la protection des écosystèmes avant de faire appel aux ressources externes. Il s’agit d’utiliser les mécanismes nationaux existants, comme le Fonds Spécial pour l’Environnement (FSE), et diversifier les sources de financement (taxes vertes, partenariats public-privé, obligations climatiques). Pour accéder aux financements internationaux et répondre aux conditionnalités des bailleurs, on doit combattre la corruption, assainir la gouvernance, améliorer la transparence dans la gestion des fonds publics et surtout valoriser les initiatives locales et régionales en s’appuyant sur les centres de recherche et consortiums régionaux pour produire des données fiables et orienter les politiques. Car, les centres de recherches en Afrique francophones sont les plus démunis, les plus marginalisés. Or, sans la recherche, un pays ne peut pas évoluer. Enfin, il faut également encourager les innovations locales (agriculture climato-intelligente, énergies renouvelables communautaires) comme leviers de financement durable. On peut peut-être s’inspirer de certains pays de comme le Kenya qui a mis en place d’obligations vertes pour financer des projets d’énergie renouvelable et d’adaptation ou le Rwanda qui a créé un fonds national pour l’environnement (FONERWA) qui mobilise à la fois des ressources internes et externes. Il y a aussi le Maroc qui a créé un Fonds Vert pour le Climat grâce à une gouvernance renforcée et des projets structurés.
En résumé, je pense qu’il faut bâtir une architecture financière hybride basée sur la priorité nationale (mobilisation interne, gouvernance transparente), et accès direct aux fonds internationaux. Cette combinaison peut permettre aux pays africains de transformer la contrainte du financement en opportunité pour une résilience durable.
En résumé, je pense qu’il faut bâtir une architecture financière hybride basée sur la priorité nationale (mobilisation interne, gouvernance transparente), et accès direct aux fonds internationaux. Cette combinaison peut permettre aux pays africains de transformer la contrainte du financement en opportunité pour une résilience durable.
- Comment favoriser une gestion durable des ressources et une coexistence pacifique entre les communautés en compétition pour ces ressources ?
Dr. Ahmat Yacoub Dabio: Il faut prendre en compte l’héritage historique de gestion des ressources naturelles et de la gestion des conflits dans la conception des mécanismes et outils modernes. Mettre en place une gestion participative des ressources naturelles et permettre aux communautés de partager le bénéfice de la conservation des écosystèmes. Appliquer les systèmes d’information géographique et mettre à profit l’intelligence artificielle pour gérer les ressources, cartographier les espaces qui sont principalement sources de conflits et œuvrer à une coopération entre les communautés pour une gestion associé et un partage équitable des services écosystémiques.
Les sensibilisations, les informations par rapport au profil historique, l’éducation en générale doivent être permanentes dans les communautés pour adopter la résilience climatique. Tout ceci doit être soutenu par une gouvernance impartiale et neutre.
En résumé : combiner tradition, participation, innovation, éducation et gouvernance équitable pour une gestion durable et pacifique des ressources.
Les sensibilisations, les informations par rapport au profil historique, l’éducation en générale doivent être permanentes dans les communautés pour adopter la résilience climatique. Tout ceci doit être soutenu par une gouvernance impartiale et neutre.
En résumé : combiner tradition, participation, innovation, éducation et gouvernance équitable pour une gestion durable et pacifique des ressources.
- Quels sont les exemples les plus significatifs des conflits communautaires engendrés par la raréfaction des ressources dans les trois pays sur lesquels se focalise l’étude ?
Dr. Ahmat Yacoub Dabio:: Les exemples les plus significatifs de conflits communautaires liés à la raréfaction des ressources concernent Mangalmé au Tchad, ainsi que Maga et Kousseri au Cameroun. Ces zones illustrent comment la compétition pour la terre, l’eau et les pâturages peut dégénérer en affrontements meurtriers. Le cas du Haut-Mbomou illustre parfaitement comment la pression sur les ressources naturelles en République centrafricaine peut engendrer des conflits communautaires graves, avec des impacts humanitaires et sécuritaires majeurs. Au Tchad – Mangalmé, les affrontements récurrents entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades autour de l’accès à la terre et aux points d’eau. En septembre 2022, des violences à Kouka Margni (Mangalmé, province du Guéra) ont fait plusieurs dizaines de morts. Entre janvier et juin 2025, l’OCHA a recensé 25 conflits intercommunautaires au Tchad, dont Mangalmé reste un foyer majeur. Ces affrontements ont causé 136 morts et 166 blessés, touchant surtout femmes et enfants.
Au Cameroun – Maga et Kousseri (Extrême-Nord), des conflits entre agriculteurs, pêcheurs et éleveurs, aggravées par la raréfaction des ressources naturelles (eau, terres cultivables) ont poussé plus de 380 000 personnes à se déplacer.
Ces trois exemples montrent que la raréfaction des ressources n’est pas seulement un enjeu environnemental, mais aussi un facteur direct de conflits communautaires.
Cette interview a été réalisée par libam steve,
au nom du Consortium-CEDPE, avec l'appui des experts Foulnou Solkissam et Karyom Haul.
Au Cameroun – Maga et Kousseri (Extrême-Nord), des conflits entre agriculteurs, pêcheurs et éleveurs, aggravées par la raréfaction des ressources naturelles (eau, terres cultivables) ont poussé plus de 380 000 personnes à se déplacer.
Ces trois exemples montrent que la raréfaction des ressources n’est pas seulement un enjeu environnemental, mais aussi un facteur direct de conflits communautaires.
Cette interview a été réalisée par libam steve,
au nom du Consortium-CEDPE, avec l'appui des experts Foulnou Solkissam et Karyom Haul.


