Alors que les Forces de soutien rapide (FSR) poursuivent leurs bombardements et renforcent progressivement l'encerclement de la ville stratégique d'El-Obeid, l'armée soudanaise diffuse de son côté des images montrant des blindés des FSR calcinés aux abords de la ville. Comme c'est souvent le cas dans ce conflit, les deux camps mènent une intense guerre de l'information et de la communication, rendant difficile toute évaluation indépendante de la réalité militaire sur le terrain.
Une chose semble toutefois certaine, la situation d'El-Obeid n'est pas comparable à celle d'El-Facher. Premièrement, El-Facher avait été pratiquement isolée du reste du pays après un siège hermétique imposé par les FSR. L'approvisionnement des forces gouvernementales n'y était possible qu'au prix de largages aériens risqués et insuffisants. A l'inverse, El-Obeid demeure relativement proche de plusieurs axes logistiques et de points d'appui de l'armée soudanaise, ce qui rend possible le ravitaillement en hommes, en munitions et en équipements.
Deuxièmement, les conditions politiques et militaires ont évolué. Les FSR font aujourd'hui face à des tensions internes croissantes, à des ralliements de certains combattants aux forces gouvernementales et à des conflits intercommunautaires violents dans les zones qu'elles contrôlent. Les affrontements récents entre les communautés Beni Halba et Awlad Salamat au Darfour, qui auraient causé près d'un millier de morts selon plusieurs sources locales, illustrent les fragilités qui affectent désormais la cohésion du mouvement.
Pour autant, il serait prématuré d'enterrer les capacités militaires des FSR. Malgré ces difficultés, elles conservent une importante puissance de feu, une mobilité élevée et une capacité d'adaptation qui leur a permis, depuis le début de la guerre, de résister aux offensives gouvernementales et de conserver le contrôle de vastes territoires.
La véritable question dépasse désormais le seul cadre militaire. Après plus de trois années de conflit, les deux parties continuent d'afficher des positions souvent maximalistes qui compliquent toute perspective de négociation sérieuse. Pendant ce temps, le peuple soudanais paie un prix exorbitant. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie, des millions d'autres ont été déplacées ou contraintes à l'exil, tandis que plusieurs régions du pays sont confrontées à la famine, à l'effondrement des services publics et à une crise humanitaire sans précédent.
Face à cette réalité, les deux belligérants devraient s'interroger sur l'utilité d'une poursuite indéfinie de la guerre. Ni une victoire totale de l'un, ni l'élimination complète de l'autre ne semblent aujourd'hui garanties. Plus le conflit se prolonge, plus le risque d'une fragmentation durable du Soudan augmente.
L'heure est peut-être venue pour les acteurs soudanais et leurs soutiens extérieurs de revenir à la raison et de placer l'intérêt du peuple au-dessus des calculs militaires. L'histoire montre que les guerres civiles se terminent rarement par l'anéantissement d'un camp, mais le plus souvent par des compromis douloureux. Une paix des braves, fondée sur le dialogue, la réconciliation et des garanties mutuelles, demeure probablement la seule voie capable d'éviter au Soudan de sombrer davantage dans la tragédie. Nous rappelons qu'un consortium dirigé par le CEDPE, avait proposé une feuille de route, refusée malheureusement par la partie gouvernementale.
Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien conseiller du Médiateur de la République
Expert en gestion de conflits
Président du Centre d'Etudes pour le développement et la prévention de l'extrémisme -CEDPE
yacoubahmat0@gmail.com
Une chose semble toutefois certaine, la situation d'El-Obeid n'est pas comparable à celle d'El-Facher. Premièrement, El-Facher avait été pratiquement isolée du reste du pays après un siège hermétique imposé par les FSR. L'approvisionnement des forces gouvernementales n'y était possible qu'au prix de largages aériens risqués et insuffisants. A l'inverse, El-Obeid demeure relativement proche de plusieurs axes logistiques et de points d'appui de l'armée soudanaise, ce qui rend possible le ravitaillement en hommes, en munitions et en équipements.
Deuxièmement, les conditions politiques et militaires ont évolué. Les FSR font aujourd'hui face à des tensions internes croissantes, à des ralliements de certains combattants aux forces gouvernementales et à des conflits intercommunautaires violents dans les zones qu'elles contrôlent. Les affrontements récents entre les communautés Beni Halba et Awlad Salamat au Darfour, qui auraient causé près d'un millier de morts selon plusieurs sources locales, illustrent les fragilités qui affectent désormais la cohésion du mouvement.
Pour autant, il serait prématuré d'enterrer les capacités militaires des FSR. Malgré ces difficultés, elles conservent une importante puissance de feu, une mobilité élevée et une capacité d'adaptation qui leur a permis, depuis le début de la guerre, de résister aux offensives gouvernementales et de conserver le contrôle de vastes territoires.
La véritable question dépasse désormais le seul cadre militaire. Après plus de trois années de conflit, les deux parties continuent d'afficher des positions souvent maximalistes qui compliquent toute perspective de négociation sérieuse. Pendant ce temps, le peuple soudanais paie un prix exorbitant. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie, des millions d'autres ont été déplacées ou contraintes à l'exil, tandis que plusieurs régions du pays sont confrontées à la famine, à l'effondrement des services publics et à une crise humanitaire sans précédent.
Face à cette réalité, les deux belligérants devraient s'interroger sur l'utilité d'une poursuite indéfinie de la guerre. Ni une victoire totale de l'un, ni l'élimination complète de l'autre ne semblent aujourd'hui garanties. Plus le conflit se prolonge, plus le risque d'une fragmentation durable du Soudan augmente.
L'heure est peut-être venue pour les acteurs soudanais et leurs soutiens extérieurs de revenir à la raison et de placer l'intérêt du peuple au-dessus des calculs militaires. L'histoire montre que les guerres civiles se terminent rarement par l'anéantissement d'un camp, mais le plus souvent par des compromis douloureux. Une paix des braves, fondée sur le dialogue, la réconciliation et des garanties mutuelles, demeure probablement la seule voie capable d'éviter au Soudan de sombrer davantage dans la tragédie. Nous rappelons qu'un consortium dirigé par le CEDPE, avait proposé une feuille de route, refusée malheureusement par la partie gouvernementale.
Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien conseiller du Médiateur de la République
Expert en gestion de conflits
Président du Centre d'Etudes pour le développement et la prévention de l'extrémisme -CEDPE
yacoubahmat0@gmail.com


