L’armée soudanaise poursuit sa série d’avancées sur différents théâtres d’opérations. Après avoir annoncé la prise de Fashfoun, dans le secteur de Qeisan au Nil Bleu, les Forces armées soudanaises ont également revendiqué la reprise de Doubeibat, localité stratégique située dans la région du Kordofan, après des affrontements contre les Forces de soutien rapide (FSR) et des éléments du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N).
Sur les réseaux sociaux proches de l’armée soudanaise, il semble que des combats pour le contrôle de Bara se poursuivent ces derniers jours, mais le contrôle effectif de la ville demeure difficile à vérifier de manière indépendante. Bara est une ville fortement disputée du Nord-Kordofan. L'armée soudanaise en a revendiqué la reprise en mars 2026, tandis que les FSR ont par la suite affirmé l'avoir reconquise.
Ces développements interviennent alors que les combats se poursuivent simultanément au Darfour, dans le Kordofan et dans l’État du Nil Bleu, illustrant la volonté de l’état-major soudanais de multiplier les offensives afin de disperser les forces adverses et de reprendre progressivement le contrôle des principaux axes de communication du pays.
Après la prise de contrôle de Kourmouk, Maqja et Sarkam, l’armée soudanaise cherche à sécuriser la frontière éthiopienne. L’importance de cette progression réside dans la volonté apparente de l’armée de sécuriser durablement les zones frontalières et de couper les voies d'infiltration ou de ravitaillement des groupes armés opérant dans la région du Nil Bleu.
La reprise annoncée de Doubeibat revêt une importance particulière. Située dans le Kordofan, cette localité constitue un carrefour stratégique entre plusieurs zones disputées du centre du Soudan.
Le Kordofan est aujourd’hui considéré par de nombreux observateurs comme l’un des principaux centres de gravité du conflit. Cette région contrôle plusieurs axes commerciaux et logistiques reliant l’ouest du pays au centre, tout en abritant des ressources économiques considérables, notamment des zones agricoles, des couloirs commerciaux et des installations énergétiques.
Pour l’armée soudanaise, le contrôle de Doubeibat pourrait permettre de renforcer la liaison entre ses différentes zones d’influence et de réduire la liberté de manœuvre des FSR dans le centre du pays.
Les récentes opérations militaires révèlent une stratégie qui semble désormais clairement assumée par le commandement soudanais. Il s’agit de porter la guerre sur plusieurs fronts simultanément.
Au Darfour occidental, les combats se poursuivent autour d’El-Geneina, où l’armée et les Forces conjointes tentent de progresser malgré la résistance des FSR.
Dans le Nil Bleu, les offensives visent à sécuriser les zones frontalières avec l’Éthiopie et à réduire l’influence des mouvements armés.
Au Kordofan, les opérations autour de Doubeibat et d’autres localités stratégiques pourraient avoir pour objectif de couper les lignes de ravitaillement adverses et d'affaiblir progressivement les capacités opérationnelles des FSR.
Malgré ces avancées revendiquées par l’armée, la prudence demeure de mise. Comme sur tous les fronts du conflit soudanais, les informations restent difficiles à vérifier de manière indépendante et les contre-offensives demeurent possibles.
Les Forces de soutien rapide continuent de disposer d’importantes capacités militaires et conservent une présence significative dans plusieurs régions du Darfour et du Kordofan. La guerre est ainsi entrée dans une phase d’usure où chaque localité conquise peut devenir le théâtre de nouvelles batailles.
Néanmoins, la prise annoncée de Fashfoun dans le Nil Bleu et de Doubeibat au Kordofan confirme une tendance observée depuis plusieurs mois. L’armée soudanaise cherche à reprendre progressivement l’initiative stratégique et à reconquérir les principaux axes territoriaux du pays, tout en préparant les conditions d’opérations plus ambitieuses dans les bastions encore contrôlés par les FSR.
Le conflit meurtrier au Soudan, qui entame sa quatrième année, est encore loin de trouver une issue militaire. La communauté internationale s’emploie à obtenir un cessez-le-feu, voire une solution pacifique. Pour la première fois, le gouvernement soudanais a accepté la feuille de route américaine, ce qui pourrait représenter une lueur d’espoir. Toutefois, interrogé par la presse, Boris, conseiller spécial du président Trump, a démenti mardi matin que la proposition américaine ait été acceptée par les deux belligérants. Il reste néanmoins favorable à des discussions pour mettre fin pacifiquement au conflit.
Sarah H. Salmane
Analyste, chercheure associée au CEDPE
Sahel 7
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