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Actualité

Tchad : Des violents affrontements signalés à Miski, au Tibesti

Mercredi 14 Octobre 2026

La sonnette d’alarme ignorée d’un pays au bord de l’implosion.



Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en Gestion de conflits
Président du Centre d'études pour le développement et
la prévention de l'extrémsme (CEDPE)
yacoubahmat@gmail.com

Sahel7
www.centrerecherche.com


Nous l’avons dit et répété : tous les ingrédients sont réunis pour une explosion aux conséquences potentiellement dramatiques, sous l’effet de la politique néfaste et injuste menée par le chef de la junte au pouvoir.
Nos mises en garde n’étaient ni motivées par la haine envers le dirigeant ni dictées par une quelconque volonté de déstabiliser le pays. Elles visaient à attirer son attention sur les dangers d’une politique caractérisée par l’accaparement des ressources nationales au profit d’une caste, au détriment de l’intérêt général et des aspirations légitimes de la population.
Le scénario que nous redoutions était prévisible. Pourtant, le chef de la junte et ses proches ont choisi de prendre ces avertissements à la légère, comme si les frustrations accumulées, les injustices et le sentiment d’exclusion pouvaient indéfiniment être ignorés sans provoquer de réaction.
Aujourd’hui, le risque d’une généralisation du conflit devient de plus en plus préoccupant. Des tensions et des foyers de contestation semblent émerger dans différentes régions du pays, faisant craindre une multiplication des fronts et une escalade difficile à maîtriser. Le Tchad n’a pourtant nullement besoin d’un nouveau conflit. Sa population a déjà payé un tribut trop lourd aux guerres, aux violences et à l’instabilité pour devoir subir une nouvelle épreuve.
Il est encore temps, peut-être, d’éviter le pire. Mais cela exige une décision politique historique : rompre avec les pratiques qui alimentent la colère, mettre fin à l’accaparement des richesses nationales par une minorité et engager un véritable dialogue inclusif, fondé sur la justice, l’équité et le respect des libertés. La responsabilité première incombe au chef de la junte, qui dispose encore de la possibilité de choisir entre une inflexion courageuse de sa politique et un engrenage dont personne ne peut prévoir l’issue.
Les affrontements signalés cet après-midi à Miski, dans le Tibesti, constituent à cet égard un signal particulièrement préoccupant. Si ces informations se confirment et si la situation dégénère, ils pourraient marquer le début d’une nouvelle séquence de confrontation militaire, dont l’extension et la durée seraient difficiles à anticiper.
Dans cette même région, un mouvement politico-militaire se réclamant du MDJT aurait annoncé son apparition, alors que deux autres mouvements, le FACT et le CC
MSR, sont également présents dans la zone. Cette multiplication des acteurs armés accroît les risques d’escalade et complique davantage les perspectives d’une solution pacifique.
A l’est du pays, non loin de la frontière soudanaise, des mouvements de troupes et des préparatifs militaires seraient également signalés. Selon les informations qui circulent, l’ancien responsable de la lutte contre la corruption M. Ousman Gnougourou serait à l’origine de cette mobilisation. Il accuse le chef de la junte de haute trahison et réclame qu’il soit traduit en justice. Ces informations, qui restent à confirmer, ajoutent une dimension supplémentaire à un climat politique et sécuritaire déjà particulièrement tendu.
Le danger est donc réel. Lorsque les voies de la contestation pacifique se ferment, que les injustices persistent et que les alertes sont méprisées, la violence risque de devenir, pour certains, le dernier recours. C’est précisément ce mécanisme qu’il faut empêcher avant qu’il ne soit trop tard.
Le Tchad se trouve à un moment décisif de son histoire. Il ne s’agit plus de savoir qui avait raison hier, mais de déterminer ce qui peut encore être fait pour éviter le désastre demain. Le pouvoir doit comprendre qu’aucune force militaire ne saurait, à elle seule, régler durablement une crise dont les racines sont politiques, sociales et économiques.
L’heure n’est plus au mépris des avertissements, à l’arrogance du pouvoir ni à la défense des intérêts d’une caste. Elle est à la lucidité, aux réformes courageuses et au dialogue national. Car si le Tchad bascule dans un nouvel engrenage de violence, ce sont d’abord les populations qui en paieront le prix, tandis que les conséquences pourraient dépasser les frontières du pays.
L’histoire offre parfois aux dirigeants une dernière occasion de corriger leur trajectoire. Encore faut-il avoir le courage de la saisir.