Par Zako
Centre Tchadien d'Études Stratégiques
et de Recherche Prospective
et de Recherche Prospective
Think Global and Act Smarter
Il y a plusieurs Afriques, à l'image des 54 pays du continent. Chaque pays a son ADN, une histoire passée et présente, etc., de la petite île des Seychelles à l'Algérie.
Les causes de la crise et de la faillite de l'Afrique sont plurielles, elles peuvent être humaines, liées à la qualité du leadership, et naturelles, liées aux méfaits du changement climatique, et souvent une combinaison des deux. Si les symptômes sont multiples, la nature des causes est essentiellement interne et occasionnellement externe.
1. Les causes humaines et internes : le déficit institutionnel
Disons la qualité du leadership, car c'est bien le leadership qui fait la qualité, entre autres, de la gouvernance. En effet, il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées de projets et un bon programme de développement en main, tout cela ne mène nulle part si les structures de leur mise en œuvre ne suivent pas. C'est à ce niveau que se pose le problème : des bons programmes sans capacités de mise en œuvre, ou des hommes et femmes techniquement capables qui ne trouvent rien à faire.
Dans beaucoup de pays et en l'absence d'un secteur privé formel, c'est l'État qui devient le chef d'orchestre de la vie de la nation. En effet, dans toutes les crises, c'est souvent l'État qui est le problème.
2. Quand l'administration publique devient une culture
La bureaucratie est l'ensemble des processus méthodiques mis en œuvre pour permettre à une entité étatique ou privée d'atteindre ses objectifs. Les objectifs peuvent être de nature politique, sociale, économique ou autre.
L'appareil administratif peut être sommaire ou complexe, organisé verticalement et horizontalement avec plus ou moins de sophistication. L'administration publique est une machine qui s'auto-entretient et malheureusement politisée.
Plus une bureaucratie devient politisée, plus elle est inefficace, elle tue ses propres objectifs. Elle enlève le dernier souffle à l'organisation. Entre inertie et incompétence, les pièges sont nombreux. Dans bon nombre de pays au sud du Sahara, l'appareil étatique peut être physiquement présent sans y être réellement. Entre des fonctionnaires qui n'ont pas où s'asseoir dans un bureau, ceux qui manquent le travail et ceux qui manquent de compétences et d'enthousiasme, la paralysie est évidente.
Les pays africains ont hérité de leurs puissances colonisatrices et calqué les modèles administratifs allemand, belge, britannique, français, italien ou portugais. Des modèles des années cinquante et soixante axés sur les besoins d'une administration coloniale dont le souci était le maintien de l'ordre. En effet, 66 à 70 ans après les indépendances, certaines administrations publiques ont gardé le réflexe et l'architecture coloniale obsolète qui éloignait l'État de sa population.
L'administration est une forme d'organisation structurée qui se base sur une culture. C'est à travers elle que l'État délivre des biens et services aux populations dont la justice, la sécurité, etc.
L'administration publique est la première victime dans les pays en conflit ou qui sortent des conflits. Entre dysfonctionnement et désarticulation, l'administration publique est paralysée.
C'est là que commence le véritable danger. Une bureaucratie excessive ne ralentit pas seulement les administrations : elle ralentit les esprits. Elle nourrit la corruption. Chose courante en Afrique, les usagers font du porte-à-porte pour suivre un dossier.
En 1980, les institutions de Bretton Woods ont imposé des programmes d'ajustement structurel. Selon leurs gourous, certains pays avaient atteint l'utilité marginale négative : trop de fonctionnaires pour trop peu de tâches, et une pénurie de compétences. La plupart des États avaient dépassé leur capacité d'absorption.
Il faut être un héros pour faire des affaires dans certains pays africains. Ce qu'on appelle secteur privé n'est d'autre que le secteur informel qui utilise une main d'œuvre non formée.
Faute d'un secteur privé formel et structuré, l'État reste le seul pourvoyeur d'emplois au plan national. À défaut de fournir des biens publics utilitaires, l'État fait du "social", pour acheter une hypothétique paix sociale précaire.
À ce titre, l'armée recrute non par nécessité stratégique, mais comme débouché social à des diplômés sans emploi. Or, toutes les menaces contemporaines de ces dernières années sont internes, liées à la question de justice sociale et à la sécurité humaine.
3. L'État, un frein puissant à l'épanouissement du secteur privé et aux initiatives entrepreneuriales
Lorsqu'un citoyen doit constamment solliciter une autorisation pour entreprendre, il finit par voir l'État non comme garant d'un cadre, mais comme celui qui décide de ce qui est possible. On vient à se demander si l'État n'est pas un corps étranger, un anticorps à l'entrepreneuriat.
L'initiative laisse place à la précaution. On ne se demande plus « Que puis-je créer ? » mais « Est-ce que l'administration me laissera le faire ? »
Le paradoxe africain est frappant. Jamais le continent n'a eu autant de jeunesse, d'énergie et de créativité. Le jeune Africain crée une entreprise en quelques heures sur son ordinateur. Mais il lui faut des mois pour obtenir une autorisation légale. Le monde accélère. La bureaucratie demande au monde d'attendre.
Il faut se libérer du pouvoir de la complexité. Plus une règle est incompréhensible, plus elle favorise celui qui sait l'interpréter. La complexité devient un pouvoir. L'égalité se fissure. La bureaucratie devient une culture où l'on apprend à contourner plutôt qu'à construire.
4. Si la paix a un prix, les conflits ont un coût dont les innocents portent le fardeau
Le prix de la paix ne se mesure pas en argent, mais en temps, en vocations abandonnées, en entreprises qui ne voient jamais le jour.
La vraie menace, c'est que les terroristes et l'économie criminelle soient devenus les plus grands employeurs d'une armée de chômeurs clé en main.
5. Les investisseurs n'ont pas besoin de forums, de foires ni de promesses, ils ont besoin d'un environnement et d'un climat des affaires
La réponse n'est pas de supprimer l'administration, mais de changer sa philosophie : passer de « Pourquoi voulez-vous faire cela ? » à « Comment pouvons-nous vous permettre de le faire dans le respect de la loi ? » Une administration publique moderne fait partie des facteurs d'attraction et de compétitivité pour un pays. Les investisseurs vont en priorité là où la bureaucratie devient une valeur ajoutée et non un facteur de découragement.
Une population de 1,5 milliard dont 60% de jeunes éduqués et hyperconnectés est à la fois une opportunité historique et une menace sérieuse. Celui qui néglige la braise devra un jour éteindre l'incendie.
L'Afrique de demain ne sera pas bâtie par une génération condamnée à attendre. Libérer le temps du citoyen, c'est libérer son imagination. Libérer l'entrepreneur, c'est libérer l'investissement. Libérer le jeune de l'attente, c'est libérer son ambition.
6. L'État doit se moderniser et adopter le "one click"
Une administration moderne ne devrait pas apprendre aux peuples à attendre. Elle devrait leur permettre d'avancer. Une voix qui refuse d'entendre raison devra s'attendre un jour à devoir appeler au secours.


