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Ensemble contre les conflits et pour la paix

5 soudanais tués par l'armée tchadienne à Oum Doukhoun

Mardi 24 Mars 2026

Une unité de l’armée tchadienne a ouvert le feu sur un rassemblement populaire où des habitants dansaient pour célébrer la fête, dans la zone d’Oum Sissiya située à la frontière entre les deux pays.


Des témoins oculaires et des sources locales concordantes ont révélé, lundi, que l’armée tchadienne a ouvert le feu dimanche sur un rassemblement de soudanais dans la zone d’Oum Sissiya, à l’ouest de la localité d’Oum Doukhoun (dans l’État du Darfour central), faisant cinq morts et 14 blessés. La ville d’Oum Dokhoun se situe à la frontière entre le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine. Une source médicale locale a confirmé l'information à « Darfour24 ». Certains blessés ont été transférés vers la ville de Nyala, dans l’État du Darfour du Sud, pour recevoir des soins en raison de la gravité de leur état. Un témoin oculaire, Moustafa Yacoub, a déclaré à « Darfour24 » qu’une unité de l’armée tchadienne a ouvert le feu sur un rassemblement populaire où des habitants dansaient pour célébrer la fête, dans la zone d’Oum Sissiya située à la frontière entre les deux pays. Il a ajouté que l'armée a dispersé le rassemblement avant de tirer sur les personnes qui fuyaient en direction de la frontière, ce qui a causé la mort de quatre personnes sur le coup, tandis qu’une cinquième est décédée plus tard après son transfert à l’hôpital, en plus de plusieurs blessés, dont certains dans un état grave. Des dizaines de personnes ont été arrêtées par l'armée tchadienne et que leur sort reste jusqu’à présent inconnu.

Les affrontements entre les forces conjointes, majoritairement issues de la communauté zaghawa et alliées de l’armée soudanaise, et les Forces de soutien rapide (FSR), dominées par la communauté arabe et proches du régime tchadien, ont franchi ces derniers mois la frontière. Depuis décembre, ces débordements sur le sol tchadien ont causé 125 morts parmi les soldats et les civils.
Le bombardement du 18 mars, qui a fait 19 victimes dont une femme et un enfant, marque un tournant. Un drone a frappé en plein cœur du territoire tchadien. Mais au-delà des chiffres, une question obsédante demeure : qui est responsable de cette tragédie ?

Dans ce climat de confusion volontairement entretenu, l’armée soudanaise accuse les FSR, qui eux rejettent la faute sur l’armée régulière, tandis que les forces conjointes pointent l’armée tchadienne. N’Djamena, par un communiqué, se limite à mettre en garde les deux camps. Contrairement au maréchal Mahamat Idriss, le chef d’état-major de l’armée tchadienne, le général Abakar Karankayno a, de manière indirecte, désigné les FSR comme responsables de ce massacre.

Dans ce jeu d’accusations croisées, la vérité s’évapore, mais les victimes, elles, sont bien réelles.
Pour contenir l’escalade, le président Mahamat Idriss Déby Itno, dit « Kaka », a envoyé des renforts militaires dirigés par le chef d’état-major, le ministre de la Défense et celui de la Sécurité. L’objectif affiché est de désarmer les milices des deux communautés présentes sur le sol tchadien et qui apportent un soutien direct aux belligérants.
Des témoins affirment que des soldats tchadiens ont pénétré jusqu’à 10 km en territoire soudanais avant de rebrousser chemin. L'objectif est de tenter de désarmer des milices opérant à la frontière et créer une zone tampon. Les autorités soudanaises n’ont pas encore réagi à cette incursion. Mais les miliciens proches des forces conjointes défient ouvertement N’Djamena en refusant de déposer les armes. Certains dénoncent un complot et accusent le président Kaka de vouloir désarmer les milices zaghawa pour faciliter la prise de Tiné par les FSR et ouvrir la frontière aux livraisons d’armes et de carburant, seul couloir restant pour les FSR depuis la fermeture de la frontière libyenne par la « chambre des opérations de la libération du sud de la Libye » dirigée par Wardougou.
La contestation interne s’intensifie et certains zaghawa, dont le général Ousman Dillo appellent publiquement au renversement du président Kaka.
Aspiré dans le conflit soudanais, le Tchad serait-il désormais pris dans un piège géopolitique et communautaire ? Les ambiguïtés du président Kaka, accusé tour à tour de soutenir les FSR ou de fermer les yeux sur l’implication de ses soldats aux côtés de l’armée soudanaise, fragilisent sa position.
Le plus inquiétant est la dimension ethnique : le conflit prend une tournure tribale, opposant Zaghawa et Arabes, deux communautés guerrières présentes de part et d’autre de la frontière. Si cette logique s’installe, le conflit cessera d’être seulement militaire pour devenir communautaire, avec des conséquences régionales incalculables.
Toutefois, le Tchad risque de basculer dans une guerre par procuration, où ses villages deviendront les champs de bataille d’intérêts étrangers. La paix et la cohésion sociale, déjà fragiles, pourraient s’effondrer.
La vraie question n’est plus seulement : qui a bombardé Tiné ? Elle est désormais : combien de temps encore le Tchad pourra-t-il rester debout au milieu de ce feu croisé ?