Arrestations arbitraires de huit dirigeants de l'opposition au Tchad : le CEDPE exige leur libération immédiate
Le Centre d'études pour le développement et la prévention de l'extrémisme condamne avec la plus grande fermeté l'interpellation sans mandat ni motif officiel de huit présidents de partis politiques membres du GCAP, et appelle les autorités tchadiennes à cesser toute forme de harcèlement judiciaire et politique à l'encontre de l'opposition.
Ce samedi 25 avril 2026, les forces de sécurité tchadiennes ont procédé à une vague d'arrestations ciblant huit présidents de partis politiques membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), coalition de l'opposition et de la société civile. Ces interpellations, opérées sans mandat d'arrêt officiel ni motif juridiquement motivé, constituent une atteinte grave aux libertés fondamentales et aux droits politiques garantis par la Constitution tchadienne et les instruments internationaux auxquels le Tchad est partie prenante.
Les faits du 25 avril 2026
Condamnation du CEDPE
Le CEDPE condamne avec fermeté ces arrestations, qui s'inscrivent dans un mouvement délibéré de rétrécissement de l'espace démocratique tchadien. Procéder à des interpellations de masse la veille d'une décision judiciaire controversée, sans mandat, et en saccageant le siège d'un parti légalement constitué, trahit l'instrumentalisation des appareils sécuritaire et judiciaire à des fins de neutralisation politique. Décréter illégale une coalition politique la veille même de ses arrestations ne confère aucune légitimité à ces actes : cela en révèle au contraire le caractère prémédité.
Le CEDPE est d'autant plus préoccupé que ces événements ne sont pas isolés. Ils s'inscrivent dans un continuum de violence d'État dont le bilan, depuis l'avènement du régime du général Mahamat Idriss Déby, est lourd et documenté par les principales organisations internationales de défense des droits humains.
Depuis le décès du président Idriss Déby le 20 avril 2021 — dans des circonstances qui n'ont jamais été pleinement élucidées — et la prise du pouvoir par son fils, le général Mahamat Idriss Déby Itno, à la tête d'une junte de quinze généraux, la répression de l'opposition s'est durcie à chaque étape de la transition.
Le 20 octobre 2022, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur des manifestants réclamant le retour à un régime civil, tuant et blessant plusieurs personnes. Des centaines de détenus ont été envoyés à Koro Toro, prison de haute sécurité à 600 km de N'Djaména, où des morts ont été signalées durant les transferts.
Le 28 février 2024, Yaya Dillo Djérou, président du Parti socialiste sans frontières (PSF), principal rival du régime et cousin du général Mahamat Déby, a été tué par les forces de sécurité lors de l'assaut du siège de son parti à N'Djaména, à deux mois de l'élection présidentielle. Son parti et de nombreuses organisations de droits humains ont dénoncé une exécution extrajudiciaire. Le siège du PSF a été démoli par des pelleteuses deux jours après les faits. Aucune enquête indépendante n'a été ouverte à ce jour.
En mai 2025, Succès Masra, ancien Premier ministre et figure de l'opposition, a été condamné à vingt ans de prison par le tribunal pénal de N'Djaména pour « diffusion de messages à caractère haineux » et « complicité de meurtre » — des chefs d'accusation que Human Rights Watch qualifie de prétextes politiques. Human Rights Watch a conclu que cette condamnation « a anéanti les espoirs d'une véritable opposition politique et d'un système judiciaire indépendant au Tchad ».
Exigences du CEDPE
Fort de ce constat, le CEDPE formule les exigences suivantes à l'attention des autorités tchadiennes :
- 01.Procéder à la libération immédiate et inconditionnelle des huit présidents de partis politiques arrêtés le 25 avril 2026, en l'absence de tout fondement légal justifiant leur détention.
- 02.Cesser tout harcèlement judiciaire, physique et numérique à l'encontre des dirigeants, militants et sympathisants des partis politiques légalement reconnus.
- 03.Autoriser les formations politiques à exercer librement leurs activités — réunions, déclarations, manifestations pacifiques — dans le respect du cadre légal républicain et des engagements internationaux du Tchad.
- 04.Garantir l'indépendance réelle de la justice, et notamment que la Cour suprême et les juridictions tchadiennes ne soient pas instrumentalisées pour dissoudre des mouvements politiques à la veille de leurs mobilisations.
- 05.Ouvrir enfin une enquête internationale indépendante sur la mort de Yaya Dillo Djérou, conformément aux engagements pris publiquement par le président Mahamat Idriss Déby lui-même.
Appel à la communauté internationale
Le CEDPE appelle l'Union africaine, la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), l'Union européenne, les Nations unies ainsi que l'ensemble des partenaires bilatéraux du Tchad à se saisir d'urgence de cette situation et à exiger des autorités tchadiennes le respect de leurs obligations en matière de droits politiques et de libertés fondamentales.
Le silence ou la complicité passive de la communauté internationale face à l'effacement progressif de l'opposition politique au Tchad ne ferait qu'encourager l'escalade répressive et compromettre davantage les perspectives d'une stabilité durable dans ce pays au carrefour de crises régionales majeures.
et la Prévention de l'Extrémisme
Réf. CEDPE/CP/2026-04-25
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