epuis le début de la guerre en Iran, le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz est paralysé. Ce couloir, qui est une route maritime essentielle pour le transport du pétrole et du gaz, a été bloqué par les Gardiens de la Révolution. Cette organisation paramilitaire de la République islamique d'Iran a d'ailleurs affirmé le mardi 10 mars 2026 que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre", en réaction aux propos du président américain Donald Trump la veille sur une guerre "quasiment" terminée.
Mercredi 11 mars, un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été tour à tour touchés par des "projectiles inconnus", a indiqué l'agence maritime britannique UKMTO. Heureusement, des oléoducs situés en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis permettent de rediriger une grande partie du pétrole du golfe Persique vers les marchés mondiaux. Mais ils ne peuvent bien sûr pas remplacer les flux transportés par les pétroliers. Cependant, leur utilisation est quasiment le seul rempart contre une crise encore plus grave.
Les oléoducs saoudiens et émiratis, piliers essentiels de l’économie mondiale
L'Arabie saoudite est le premier exportateur mondial de pétrole brut. Le pays achemine le maximum de pétrole dans un oléoduc long de 1.200 kilomètres, qui traverse le pays d'est en ouest jusqu'au port de Yanbu, dans la mer Rouge. Celui-ci a été construit au début des années 1980, lorsque la guerre entre l'Iran et l'Irak menaçait la navigation dans le golfe Persique. "Bien que nous ayons connu des perturbations par le passé, celle-ci est de loin la plus grande crise à laquelle l'industrie pétrolière et gazière de la région ait été confrontée", a révélé Amin Nasser, directeur général de Saudi Aramco dans une interview accordée au quotidien américain The Wall Street Journal.
Il a ensuite poursuivi en indiquant que "le producteur de pétrole national prévoyait d'acheminer jusqu'à 7 millions de barils de pétrole par cet oléoduc d'ici quelques jours". Cependant, environ deux millions de barils de pétrole sont destinés aux raffineries saoudiennes, ce qui ne laisse que cinq millions de barils pour les marchés mondiaux. Les Émirats arabes unis peuvent également compter sur un oléoduc, qui contourne le détroit et débouche au port de Fujairah, dans le golfe d'Oman. Celui-ci a une capacité de deux millions de barils par jour.
Les oléoducs pourraient facilement être attaqués
"Si l'on voit soudainement deux très grands pétroliers quitter Yanbu et un autre Fujairah, cela a un effet psychologique positif. Ça veut dire que du pétrole est en train d'être acheminé", a confié Adi Imsirovic, un ancien négociant et maître de conférences à nos confrères. Il a ajouté : "ce qui m'inquiète vraiment, c'est qu'il n'est pas particulièrement difficile de cibler ces oléoducs". En effet, même si l'acheminement de pétrole en mer Rouge est bien plus sûr que la navigation dans le golfe Persique, il n'en reste pas moins dangereux.
Selon The Wall Street Journal, le port de Fujairah a été endommagé il y a quelques jours par une tentative d'attaque de drone. Un événement qui a incité certains fournisseurs de carburant à se retirer de leurs contrats. De plus, même avec les flux acheminés par les deux oléoducs, environ 10 millions de barils resteraient bloqués dans le golfe Persique, a expliqué la société d'analyse Sparta Commodities.
Par Océane Letouzé
Fermeture du détroit d'Ormuz: le rôle crucial des oléoducs saoudiens et émiratis - Geo.fr

