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Ensemble contre les conflits et pour la paix

Conflit et prévention

La situation sécuritaire en Afrique comme étant "la pire jamais connue", Dr Ahmat Yacoub Dabio, à la télévision mauritanienne TTV

Jeudi 18 Juin 2026

Il a encouragé les États africains à soutenir les centres d’études et de recherche qui accomplissent un travail remarquable dans la prévention des conflits et la lutte contre l’extrémisme. Il a cité en exemple l’Iran, qui a su tenir tête à la plus grande armée du monde grâce au développement des études et de la recherche.


Le Président du Centre d’Études pour le Développement et la Prévention de l’Extrémisme (CEDPE), Dr Ahmat Yacoub Dabio, a qualifié, mardi soir, à la télévision mauritanienne TTV, que la situation sécuritaire en Afrique comme étant « la pire jamais connue ». Elle reflète une réalité préoccupante qui mérite une prise de conscience urgente. Selon lui, le continent est devenu le principal foyer mondial de l’activité terroriste en raison d’erreurs stratégiques commises par plusieurs États qui continuent de sous-estimer l’ampleur réelle de la menace.
 
Intervenant mardi soir sur la chaîne TTV dans le cadre d’un bulletin d’analyse, Dr Yacoub a souligné que l’une des erreurs majeures commises par les pays du Sahel et du bassin du lac Tchad réside dans la négligence des programmes de désarmement, de démobilisation, de réinsertion et de réhabilitation des anciens combattants ayant renoncé à la violence.
 
A titre d’exemple, il a évoqué le cas du Tchad où près de 7 000 combattants de Boko Haram se sont rendus à la fin de l’année 2019, dont environ 54 % étaient des femmes. Toutefois, faute de programmes de réinsertion suffisamment structurés et financés, seuls près de 1 000 désengagés (anciens combattants) se trouvent encore présents dans la province du Lac en 2024. Selon lui, cette situation soulève des interrogations légitimes sur le sort des 6000 désengagés, disparus dans la nature, susceptibles de rejoindre de nouveaux groupes armés actifs au Sahel, au bassin du lac Tchad ou dans d’autres zones de conflit.
 
Le président du CEDPE a estimé que les approches exclusivement sécuritaires, militaires et fondées sur le renseignement ne peuvent produire des résultats durables. Il a rappelé à cet égard l’expérience de l’Afghanistan, où les États-Unis, malgré leur puissance militaire, n’ont pas réussi à imposer une stabilité durable par la seule force.

A l’inverse, il a cité les exemples de l’Algérie, du Maroc, de la Mauritanie et de l’Égypte, qui ont réussi à réduire considérablement l’activité des groupes extrémistes grâce à une approche globale combinant sécurité, développement économique, création d’emplois, réinsertion socioprofessionnelle et formation des jeunes.
Selon lui, l’expansion du terrorisme est étroitement liée aux déficits de gouvernance, au sous-développement et à la faible présence de l’État dans certaines zones périphériques. Les enquêtes de terrain menées dans le bassin du lac Tchad ont révélé l’absence quasi totale de services publics dans plusieurs localités, créant ainsi un environnement favorable à l’implantation des groupes armés.
Dr Yacoub a également souligné que plus de 97 % des anciens combattants ayant déposé les armes ne possédaient ni acte de naissance, ni document d’identité officiel, ni passeport. Cette situation reflète, selon lui, les insuffisances des administrations publiques dans certaines régions frontalières où les populations circulent entre le Tchad, le Nigeria, le Cameroun et le Niger sans enregistrement administratif fiable.
Le chercheur a par ailleurs mis en garde contre la transformation progressive du terrorisme en une véritable économie criminelle transfrontalière. Les groupes extrémistes coopèrent désormais avec les réseaux de contrebande, le crime organisé et les trafiquants de toutes sortes. Ils disposent également d’équipements de plus en plus sophistiqués, notamment des drones, des moyens de communication modernes et des capacités opérationnelles en constante évolution.
Abordant la situation du groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), issu de la scission de Boko Haram, il a indiqué que cette organisation a progressivement renforcé sa coordination avec certaines factions djihadistes opérant dans la région sahélienne. Cette coopération lui permettrait d’accéder à des formations, des ressources financières et des équipements militaires plus performants, favorisant ainsi son expansion dans plusieurs zones du continent.
 
En conclusion, Dr Ahmat Yacoub a appelé les dirigeants africains à revoir en profondeur leurs stratégies de lutte contre l’extrémisme violent. Il a insisté sur la nécessité d’intégrer aux réponses sécuritaires des politiques ambitieuses de développement, d’éducation, de création d’emplois et de réhabilitation des anciens combattants.
Selon lui, le maintien des approches actuelles sans réformes substantielles risque d’entraîner une aggravation de la menace terroriste et d’alourdir davantage le coût humain, économique et sécuritaire pour les populations africaines. Il a finalement encouragé les États africains à soutenir les centres d’études et de recherche qui accomplissent un travail remarquable dans la prévention des conflits et la lutte contre l’extrémisme. Il a cité en exemple l’Iran, qui a su tenir tête à la plus grande armée du monde grâce au développement des études et de la recherche.

Télévision mauritanienne TTV
خبير استراتيجي لـ TTV: غياب الدمج والتنمية يجعل إفريقيا بؤرة الإرهاب الأولى عالمياً - صحيفة تقدمي الألكترونية صحيفة تقدمي الألكترونية

L'entretien intégral en arabe
https://www.facebook.com/reel/1897665954254712