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Sous la loupe

Mali : la France et l’Ukraine soutiennent-elles les rebelles et les groupes djihadistes ?

Jeudi 18 Juin 2026

Certains analystes estiment que la France chercherait avant tout à maintenir une capacité d’influence dans la région. D’autres considèrent cependant que Paris a déjà soutenu directement, en 2011, des islamistes en Libye à renverser le colonel libyen et qu'il n'est pas étonnant de soutenir des djihadistes contre les juntes militaires au pouvoir dans l'espace de l'AES.



Selon certaines sources sécuritaires françaises, des militaires ukrainiens francophones ayant servi auparavant au sein de la Légion étrangère française, ainsi que des éléments du renseignement militaire ukrainien (GUR), auraient opéré ou opèreraient dans le nord du Mali au contact des rebelles touaregs et des Jihadistes. Le ministère français des Armées est resté prudent sur cette question, indiquant simplement que certains anciens légionnaires avaient quitté la Légion étrangère pour rejoindre les forces ukrainiennes et servir leur pays « de la manière qu'ils jugent utile », sans fournir davantage de précisions.

Par ailleurs, des combattants capturés par l’armée malienne auraient affirmé avoir bénéficié d’un soutien de la France et de l'Ukraine, notamment dans les domaines du renseignement, du conseil militaire ou de la formation. Toutefois, ces affirmations demeurent difficiles à vérifier de manière indépendante dans un contexte marqué par une intense guerre de l’information opposant les différents acteurs du conflit.
Pour certains observateurs, la dégradation des relations entre la France et les autorités militaires du Mali pourrait expliquer l’émergence de soupçons concernant un éventuel soutien indirect aux groupes hostiles à la junte. Après le retrait forcé des forces françaises et la rupture de la coopération sécuritaire entre Paris et Bamako, certains analystes estiment que la France chercherait avant tout à maintenir une capacité d’influence dans la région. D’autres considèrent cependant que Paris a déjà soutenu directement, en 2011, des islamistes en Libye à renverser le colonel libyen et qu'il n'est pas étonnant de soutenir des djihadistes contre les juntes militaires au pouvoir dans l'espace de l'AES.

Concernant l’Ukraine, plusieurs éléments ont alimenté les spéculations. En juillet 2024, Andriï Ioussov, responsable du renseignement militaire ukrainien, avait laissé entendre que Kiev avait fourni certaines informations aux rebelles touaregs lors d’une opération menée dans la région de Tinzaouatène, au cours de laquelle plusieurs combattants russes et soldats maliens avaient été tués. Cette déclaration avait provoqué une vive réaction des autorités maliennes et de leurs alliés.
Le Front de Libération de l’Azawad (FLA) a pour sa part reconnu que certains de ses membres avaient reçu en Ukraine une formation spécialisée sur l’utilisation des drones FPV armés, avant de transmettre ces compétences à d’autres combattants. Toutefois, le mouvement a démenti avoir bénéficié d’un soutien matériel direct de la part de Kiev.

Plusieurs spécialistes du Sahel relativisent néanmoins la portée de cette coopération. Selon eux, l’Ukraine aurait surtout cherché à démontrer à ses partenaires occidentaux sa capacité à affaiblir les intérêts russes en Afrique, sans mesurer pleinement les conséquences politiques et médiatiques d’un rapprochement avec des groupes armés que les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger assimilent souvent à des mouvements terroristes.

Depuis plusieurs mois, la situation sécuritaire au Mali continue de se dégrader. Les autorités maliennes accusent régulièrement des acteurs extérieurs de soutenir les mouvements rebelles et les groupes djihadistes. De leur côté, les rebelles touaregs affirment poursuivre un combat politique en faveur de l’autodétermination de l’Azawad, tandis que les organisations djihadistes poursuivent leurs propres objectifs idéologiques et militaires.

Dans ce contexte particulièrement complexe, plusieurs acteurs semblent poursuivre des objectifs différents mais parfois convergents. Les rebelles touaregs cherchent à renforcer leur position dans le nord du Mali, l’Ukraine cherche à affaiblir l’influence russe sur le continent africain, tandis que la France demeure en opposition politique avec les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette convergence d’intérêts alimente de nombreuses spéculations, même si les preuves d’une coordination directe entre tous ces acteurs demeurent limitées et font encore l’objet de débats.
Plus que jamais, le conflit malien apparaît ainsi comme un théâtre où se croisent enjeux locaux, rivalités régionales et confrontations géopolitiques internationales, rendant particulièrement difficile la distinction entre faits avérés, opérations d’influence et propagande de guerre.
 
Sarah H. Salmane
Analyste, chercheure associée au CEDPE