Connectez-vous S'inscrire
Menu
www.centrerecherche.com
Siège : N'Djamena, Tchad
E-mail : yacoubahmat@aol.com
Ensemble contre les conflits et pour la paix

Editorial

La théorie israélienne qui a empêtré Trump dans la guerre en Iran

Jeudi 23 Juillet 2026

Comment Israël aurait-il convaincu Trump de partir en guerre, et jusqu’où Trump irait-il pour s’en sortir ?


 
Comment Israël a-t-il pu convaincre Donald Trump d'engager les États-Unis dans une guerre contre l'Iran ? Une théorie, de plus en plus reprise par des observateurs du conflit, avance une explication moins idéologique que transactionnelle. Israël aurait d'abord compris ce qui motive fondamentalement le président américain, le goût du gain, la logique de la transaction gagnante. On lui aurait fait miroiter une guerre éclair, où l'Iran s'effondrerait de l'intérieur grâce à un peuple prêt à se soulever contre un régime largement rejeté. Le bénéfice attendu ne se limitait pas à la chute d'un adversaire régional. Il s'agissait, selon cette lecture, de mettre la main sur le pétrole iranien avant la visite prévue de Trump en Chine. Pétrole vénézuélien et iranien combinés lui offrant alors une position de force pour négocier avec Pékin, y compris sur le paiement en dollars via le système Swift.
Un calendrier qui, lui, est vérifiable. Indépendamment de ce qu'on pense de cette théorie sur les motivations profondes de Trump, plusieurs éléments factuels qui la sous-tendent sont bien documentés. La visite de Trump en Chine, initialement prévue du 31 mars au 2 avril 2026, a bel et bien été repoussée en raison de la guerre en Iran, d'abord de « cinq ou six semaines » selon les mots mêmes du président, avant d'être finalement fixée aux 14 et 15 mai. La Maison-Blanche a démenti tout lien conditionnel entre l'issue du conflit et la tenue de ce voyage, mais le report en lui-même, lui, n'a jamais été contesté.
Certains États du Golfe auraient exprimé des doutes sur la promesse d'un effondrement rapide du régime iranien, un scepticisme qui semble rétrospectivement fondé. Début mars, alors que le conflit entrait dans sa quatrième journée seulement, Trump évoquait déjà publiquement le scénario où la chute de Khamenei pourrait simplement porter au pouvoir « quelqu'un d'aussi mauvais que le précédent », un aveu de doute frappant pour un dirigeant qui venait à peine d'engager le pays dans les frappes.
 
Un pari qui a coûté cher, sans tenir ses promesses. Les choses ne se sont effectivement pas déroulées comme annoncé. Le régime iranien n'est pas tombé. Deux nouveaux fronts se sont ouverts, aussi coûteux qu'imprévus : le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial, et les tensions autour du détroit de Bab-el-Mandeb. Le prix du baril de Brent a bondi d'environ 45 % par rapport au niveau d'avant-conflit. Washington n'a pas non plus réussi à protéger pleinement les États du Golfe des répercussions du conflit, ni à imposer ses conditions de paix à Téhéran.
Sur le plan financier, le Pentagone a lui-même chiffré le coût du conflit à environ 37,5 milliards de dollars, une estimation confirmée devant le Congrès, proche des « quarante milliards » évoqués par la théorie. Ce chiffre ne couvre pourtant ni la reconstruction des bases militaires américaines endommagées au Moyen-Orient, ni l'impact indirect sur les consommateurs américains eux-mêmes, touchés par une hausse sensible du prix du carburant.
Une théorie plausible, mais qui reste une interprétation. D'autres analystes soulignent d'ailleurs que Trump lui-même a revendiqué publiquement l'objectif d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, un motif qui ne nécessite aucune théorie du calcul pétrolier pour être compris comme un objectif sincère de politique étrangère. La coïncidence troublante entre calendrier pétrolier, visite chinoise et déclenchement du conflit n'équivaut pas, à elle seule, à une preuve d'intention.

La question qui reste posée. Ce qui est certain, en revanche, c'est le bilan objectif de cette guerre à ce stade (ni victoire militaire décisive, ni chute du régime promise, ni protection garantie des alliés du Golfe, ni conditions de paix imposées) pour une facture déjà proche de 40 milliards de dollars, appelée à s'alourdir encore si le conflit se poursuit. MS. Abdelsalam, Analyste, chercheur associé au CEDPE.

C'est dans cet écart entre la promesse d'une « guerre éclair » rentable et la réalité d'un embourbement coûteux que les experts, aujourd'hui, posent la question qui donne son titre à cette théorie : jusqu'où Trump ira-t-il encore dans cette guerre contre l'Iran ?

Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
yacoubahmat0@gmail.com
www.centrerecherche.com