Par Sarah H. Salmane
analyste, chercheure
associée au CEDPE
Le Burkina Faso a lancé une initiative originale pour promouvoir les compétences scientifiques des jeunes femmes : le concours national HAKILI Mousso, une compétition destinée à valoriser l’excellence féminine en mathématiques, en physique et en chimie.
Cette initiative intervient après la suspension temporaire des concours de beauté en juin 2026, le temps de revoir leur réglementation afin de mieux prendre en compte les valeurs culturelles, les considérations éthiques et la dignité humaine. Toutefois, HAKILI Mousso n’est pas officiellement présenté comme un remplacement des concours de beauté, mais comme un dispositif de promotion des talents scientifiques féminins.
Porté par le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, le concours vise à encourager les jeunes filles à s’orienter vers les filières scientifiques et techniques, tout en combattant les préjugés selon lesquels les mathématiques, la physique et la chimie seraient principalement des domaines masculins.
La première édition a réuni 84 jeunes bachelières sélectionnées à l’échelle nationale. Les candidates se sont affrontées dans les trois disciplines scientifiques avant la cérémonie de distinction organisée le 19 septembre 2026 à Ouagadougou, sous la présidence du Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, représentant le chef de l’État.
Les récompenses témoignent de la volonté de donner une portée concrète à cette reconnaissance. Les premières de chaque discipline ont reçu chacune deux millions de francs CFA, un ordinateur portable, une moto ainsi que d’autres avantages. D’autres candidates parmi les quinze meilleures ont également été récompensées selon leur classement.
L’accompagnement ne se limite pas aux prix. Les 84 finalistes doivent bénéficier d’un dispositif de soutien comprenant une bourse nationale d’études, la possibilité de choisir leur filière et leur établissement d’enseignement supérieur, l’accès au logement et à la restauration universitaires ainsi qu’une couverture maladie durant leur parcours académique.
Les enseignants référents ont également été associés à cette initiative et récompensés pour leur contribution à la formation des lauréates. Cette reconnaissance rappelle que l’excellence scientifique repose non seulement sur les capacités individuelles, mais aussi sur la qualité de l’encadrement pédagogique.
Au-delà de la compétition, HAKILI Mousso porte un message social important : les jeunes femmes doivent pouvoir être reconnues pour leur intelligence, leurs connaissances, leur créativité et leur contribution au développement national. En valorisant les réussites scientifiques féminines, le Burkina Faso cherche à faire émerger de nouveaux modèles susceptibles d’inspirer les générations futures.
Cette démarche suscite néanmoins un débat plus large sur la manière dont les sociétés célèbrent les femmes. Certains y voient une avancée significative en faveur du mérite intellectuel et de l’excellence académique. D’autres rappellent que la promotion de l’éducation ne devrait pas nécessairement s’opposer à la liberté des femmes de participer à des concours de beauté, dès lors que ceux-ci respectent leur dignité et leur autonomie.
L’enjeu n’est donc pas simplement de substituer une forme de compétition à une autre, mais d’élargir les possibilités de reconnaissance offertes aux jeunes femmes. La beauté, les talents artistiques, les compétences scientifiques et les aptitudes professionnelles ne sont pas nécessairement incompatibles.
HAKILI Mousso pourrait ainsi constituer une expérience inspirante pour d’autres pays africains, à condition que cette initiative s’inscrive dans une politique durable d’accès à l’éducation, de soutien aux étudiantes, de développement de la recherche et de renforcement de l’enseignement scientifique.
Car le véritable succès d’une telle politique ne se mesurera pas uniquement au nombre de prix distribués, mais à la capacité des jeunes filles à poursuivre leurs études, à accéder aux métiers scientifiques et technologiques et à participer pleinement à la transformation économique et sociale de leur pays.


