Expert en gestion de conflit
Président du CEDPE
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L’une des orientations les plus significatives concerne les infrastructures scolaires. L’ambition de remplacer les salles de classe précaires par des établissements solides, adaptés et durables traduit une volonté de placer l’éducation au cœur des priorités nationales. L’inauguration, en octobre 2026, du complexe scolaire Faso KEOOGO à Ouagadougou, construit sur financement de l’État, ainsi que les projets de nouveaux complexes scolaires illustrent cette orientation. Ces réalisations doivent désormais s’inscrire dans une politique plus large permettant à chaque enfant, y compris dans les zones rurales les plus défavorisées, d’accéder à un environnement d’apprentissage digne et sécurisé.
Mais construire des écoles ne suffit pas. La qualité de l’enseignement dépend aussi de celles et ceux qui transmettent le savoir. La revalorisation de la fonction enseignante constitue donc un enjeu stratégique pour l’avenir du Burkina Faso et, plus largement, pour celui de l’Afrique. Un enseignant correctement rémunéré, formé, respecté et associé aux décisions concernant son métier dispose de meilleures conditions pour remplir sa mission. Il est tout aussi essentiel de protéger son indépendance professionnelle, de garantir le respect de son autorité pédagogique et de promouvoir des relations équilibrées entre les enseignants, les élèves et les parents.
Cette revalorisation doit aller de pair avec des exigences de compétence, d’intégrité, d’assiduité et de responsabilité. La reconnaissance des droits des enseignants et le respect de leurs devoirs sont complémentaires. Ils contribuent ensemble à restaurer la confiance dans l’école et à améliorer les résultats des apprenants. Les réformes annoncées dans le cadre du Pacte NEKRÉ, lancé le 17 octobre 2026, s’inscrivent dans cette perspective, notamment par l’accent mis sur la dignité des conditions d’apprentissage, la place de l’enseignant et la responsabilité des différents acteurs du système éducatif.
L’enjeu est également de rapprocher l’école des réalités économiques et sociales. L’Afrique ne peut durablement combattre le chômage des jeunes en se limitant à la formation théorique. Elle doit développer l’enseignement technique et professionnel, soutenir la recherche scientifique, encourager l’innovation et valoriser les compétences nécessaires à la transformation locale des ressources naturelles. L’éducation doit préparer les jeunes non seulement à rechercher un emploi, mais aussi à entreprendre, à produire et à créer des emplois.
C’est dans cette perspective que les initiatives du Burkina Faso peuvent devenir une source d’inspiration pour les autres chefs d’État africains. Il ne s’agit pas de reproduire mécaniquement un modèle national, car chaque pays possède ses réalités, ses contraintes budgétaires et ses priorités. Il s’agit plutôt d’identifier les expériences susceptibles d’être adaptées ailleurs : la mobilisation des ressources nationales, l’amélioration des infrastructures publiques, la valorisation des enseignants, l’accès équitable à l’éducation et l’articulation entre formation et développement économique.
Toutefois, la portée réelle de cette dynamique devra être appréciée à partir de résultats mesurables : réduction du nombre d’enfants non scolarisés, amélioration des apprentissages, diminution des disparités entre les villes et les campagnes, stabilité des rémunérations des enseignants et insertion professionnelle des diplômés. La transparence dans l’utilisation des ressources publiques et l’évaluation régulière des politiques permettront de distinguer les ambitions annoncées des transformations effectivement réalisées.
La jeunesse africaine attend des perspectives, des compétences, des emplois et des institutions qui lui donnent les moyens de construire son avenir dans son propre pays.
Le mérite d’une politique de développement ne se mesure donc pas uniquement à la popularité de son dirigeant, mais à sa capacité à améliorer durablement les conditions de vie des populations. Si les initiatives engagées au Burkina Faso produisent des résultats solides, inclusifs et durables, elles pourront constituer une référence utile pour d’autres pays du continent.
Le défi lancé aux dirigeants africains est clair : investir davantage dans l’école, rendre à l’enseignant la place qui lui revient, former une jeunesse compétente et transformer les ressources nationales en progrès partagé. C’est à cette condition que la souveraineté politique pourra se traduire en souveraineté intellectuelle, économique et sociale.


