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Le débordement irréversible du conflit soudanais au Tchad

Lundi 23 Février 2026

Une chose est certaine : que l’on le veuille ou non, le Tchad apparaît désormais comme partie prenante du conflit (…) Les soldats tchadiens ne méritent pas d’être pris entre deux feux, ni de perdre la vie dans une guerre étrangère.


Le conflit qui ravage le Soudan a désormais franchi un seuil critique. Il déborde de manière quasi irréversible sur le Tchad. Ce glissement progressif d’une crise interne soudanaise vers une implication directe du voisin tchadien constitue un tournant dangereux pour la stabilité régionale. Dans cette guerre opposant l’armée régulière soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR), les manipulations informationnelles se multiplient (Fake news, récits contradictoires, accusations croisées), les versions divergent à tel point qu’il devient difficile de distinguer le vrai du faux. Cette guerre des narratifs entretient la confusion et alimente les tensions, notamment dans les zones frontalières. En réalité, aucun acteur ne détient aujourd’hui une vérité incontestable sur ce qui se passe exactement à la frontière tchado-soudanaise. Cependant, une chose est certaine : que l’on le veuille ou non, le Tchad apparaît désormais comme partie prenante du conflit. Cette situation résulte, selon de nombreuses analyses, d’une implication perçue — voire assumée — aux côtés d’un des belligérants. Le pays semble pris dans un engrenage dont il ne maîtrise plus totalement les conséquences. Pourtant, de nombreuses voix de sagesse avaient appelé à la prudence. Plusieurs observateurs rappellent que la tradition diplomatique tchadienne, notamment sous le feu maréchal Idriss Déby, privilégiait une posture de neutralité active dans les crises régionales sensibles. Cette ligne, fondée sur l’équilibre et la médiation, visait à préserver les intérêts nationaux tout en évitant une implication directe dans des conflits extérieurs. Les récents événements de Tiné1 et 2 illustrent tragiquement les risques d’un positionnement ambigu. Selon plusieurs sources, 24 Tchadiens — dont 13 soldats et 11 civils — auraient péri samedi soir, victimes d’un feu dit « ami ». Il s’agirait de la troisième fois que des ressortissants tchadiens sont pris pour cible par les deux camps en présence. Ces pertes humaines soulèvent une question fondamentale : combien de vies faudra-t-il encore sacrifier dans un conflit qui n’est pas celui du Tchad ? Les forces conjointes alliées à l’armée soudanaise accusent N’Djamena d’avoir autorisé les FSR à contourner leurs positions via le territoire tchadien pour mener l’offensive de Tiné, côté soudanais. De leur côté, des responsables des FSR, notamment à travers des déclarations publiques attribuées à des cadres proches de Mohamed Hamdan Dagalo, ont affirmé que l’armée tchadienne aurait appuyé la contre-offensive des forces conjointes, entraînant leur repli. Des menaces de représailles auraient même été proférées avant d’être retirées d’une page Facebook. Peu importe, au fond, la version retenue par l’un ou l’autre camp ; le fait que les deux parties accusent simultanément le Tchad révèle une réalité préoccupante. La position du régime tchadien apparaît floue, ambiguë, et donc vulnérable aux interprétations hostiles. Or, dans un conflit aussi polarisé, l’ambiguïté peut être perçue comme une prise de position déguisée. Les soldats tchadiens ne méritent pas d’être pris entre deux feux, ni de perdre la vie dans une guerre étrangère. Le Tchad fait déjà face à des défis internes considérables — sécuritaires, économiques et sociaux — qui ne justifient en rien une exposition supplémentaire à une guerre régionale aux contours incertains.

Pour sortir de ce guet-apens stratégique, une décision courageuse s’impose. Le régime tchadien devrait déclarer clairement, sans ambiguïté ni calcul tactique, une neutralité stricte. Au-delà de cette déclaration, il conviendrait de s’impliquer dans une véritable diplomatie de bons offices, afin de contribuer à une solution pacifique entre les parties soudanaises.

Le Tchad peut choisir d’être un champ d’extension du conflit ou un espace de médiation et de stabilisation. L’histoire jugera la décision qui sera prise. En attendant, toutes mes sincères condoléances aux familles des disparus.

Version arabe امتداد الصراع السوداني إلى تشاد بشكل لا رجعة فيه

Dr. Ahmat Yacoub Dabio 
Expert en gestion de crises complexes et interdépendantes
Président du Centre d'Etudes pour le Développement et la Prévention de l'Extrémisme (CEDPE)
Président de Liberté Sans Frontière (LSF) -
Point Focal du Réseau des organisations de la société civile du Bassin du Lac Tchad/ Tchad Membre de l'Association Internationale des sociologues de langue française (AISLF)
Ancien Conseiller chargé de Mission du Médiateur de la République
Tel/Watsup: 00250796518396
00 235 99860817
standard: 0023592335316 www.centrerecherche.com
Auteur de l'ouvrage: La gestion de conflits à travers la médiation 460 pages Amazon.fr - La Gestion des Conflits: Médiation - Yacoub Dabio, Ahmat - Livres