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Libye : Plus de 2 000 migrants détenus et de camps démolis

Jeudi 12 Février 2026

Une opération d’envergure a été menée mardi matin dans la ville de Sabha, au centre de la Libye : plus de 2 000 exilés subsahariens ont été arrêtés et leurs habitations de fortune démolies. Sabha, un des principaux carrefours migratoires de la région, est tristement connue pour les violences commises sur les migrants en route vers le nord du pays. C’est ici qu’un marché aux esclaves avait été filmé par une télévision américaine en 2017.
Aux premières heures de la journée du mardi 3 février, des dizaines de véhicules de police ont débarqué dans un quartier de Sabha, une ville du sud de la Libye. Les policiers, soutenus par des militaires, ont mené une opération d’envergure dans cette municipalité, connue pour être un lieu de transit des exilés en route vers le nord du pays. Cette manœuvre visait "les sites de rassemblements de migrants illégaux dans la ville", indiquent les autorités libyennes sur Facebook.
 
Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux du ministère libyen de l'Intérieur montrent des pièces spartiates où étaient entassés les migrants subsahariens. Les exilés étaient contraints de dormir à même le sol, parfois sur des couvertures, et ne bénéficiaient que d’un petit filet de lumière via des trous sur le toit, construit avec des morceaux de bois.
Sur d’autres images, on voit des dizaines de personnes en fil indienne sortir des habitations de fortune, puis assises par terre en attendant les consignes des policiers, armés de kalachnikovs. Parmi ces exilés, on compte de nombreuses femmes et plusieurs jeunes enfants.
"Envoyer un message fort aux réseaux de contrebande"
Au total, plus de 2 000 Subsahariens, de différentes nationalités, ont été interpellés lors de cette opération d'ampleur. Aucune information n’a été donnée sur l’endroit où ont été emmenés les migrants mais on peut supposer que ces personnes ont été transférées vers des centres de détention. Pour en sortir, elles devront certainement payer une rançon qui s’élève à plusieurs centaines d’euros.
Le camp a été totalement démoli mardi par des pelleteuses, qui ont rasé l’ensemble des abris de fortune.
Avec cette opération, les autorités entendent "renforcer les contrôles et envoyer un message fort aux réseaux de contrebande", écrivent-elles sur Facebook. Dans une des vidéos, un officiel rappelle qu’"il est interdit de louer des appartements à des migrants en situation irrégulière". Et l'homme en uniforme de continuer : "Cette année, on va ‘purifier’ tous les quartiers [où vivent] des migrants irréguliers".
Selon l’association Refugees in Libya, qui documente le quotidien des migrants en Libye, "ces actions n’ont aucun lien avec la réglementation de l’immigration (…) mais semblent plutôt liées à des conflits politiques locaux et à des rivalités sécuritaires". L’organisation s’inquiète de "l'instrumentalisation des migrations à des fins de punition collective et de représailles politiques".
Sabha et son marché aux esclaves
Ville du centre de la Libye, Sabha est l'un des principaux carrefours migratoires de la région. La plupart des Subsahariens qui quittent leur pays dans l'espoir d'atteindre les côtes libyennes, puis l'Europe, transitent par cette ville au sud du pays. Mais Sabha est aussi un lieu très dangereux pour ces exilés. C'est notamment dans cette ville qu'une journaliste américaine de la chaîne de télévision CNN avait réussi à filmer un marché aux esclaves en 2017.
La rédaction d'InfoMigrants a, au fil des années, reçu de nombreux témoignages de migrants racontant avoir été détenus, torturés et parfois revendus dans cette ville, par des trafiquants d'êtres humains.
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En 2017, Issa, 16 ans, nous avait raconté sa détention dans une prison clandestine de Sabha. Privés de nourriture, de médicaments, d'eau, contraints au silence, les exilés détenus dans ces centres meurent par dizaine. "Il faut être en bonne santé. Les gens qui y entrent malades meurent en moins d’une semaine…", avait raconté Issa, qui ne pesait plus que 45kg après un mois de détention.
En 2020, Ibrahim, un Sénégalais de 20 ans, avait aussi contacté InfoMigrants  pour témoigner de son calvaire dans une prison non officielle de Sabha. "Chaque jour, nos geôliers nous frappaient et appelaient nos familles. Sous les coups, j’appelais ma mère, qui m’entendait crier, pour lui demander de m’envoyer de l’argent afin de sortir de là. Ma mère pleurait à l’autre bout du fil, c’était très dur", avait expliqué le jeune homme.
Autre signe de ces conditions de vie inhumaines infligées aux migrants dans la région : en mars 2024, 65 corps de migrants ont été découverts dans une fosse commune située en plein désert, entre Sabha et Tripoli.

Source: Libye : opération d’envergure à Sabha, avec l’arrestation de 2 000 migrants et la démolition de camps - InfoMigrants