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Tchad: Des généraux exigent la démission du maréchal, un tournant décisif

Vendredi 3 Avril 2026

Une réunion des généraux avec le maréchal, susceptible de redéfinir les équilibres internes et les alliances régionales, tout en remettant en question le rôle controversé du Tchad dans le conflit soudanais.


Devenu un carrefour stratégique d’un conflit régionalisé qui redéfinit les alliances régionales, N’Djamena continue d’apparaître comme un point de passage stratégique dans les flux d’armement à destination des Forces de soutien rapide. Cette contradiction apparente entre discours officiel et dynamiques observées sur le terrain pose une question centrale. Le Tchad, est-il devenu un acteur indirect du conflit soudanais ?

Tous les éléments, notamment les images satellites, suggèrent une activité inhabituelle à l’aéroport de N’Djamena avec la présence de plusieurs avions-cargos lourds (IL-76, B727, An-12, An-74), la rotation fréquente de vols associés aux Émirats arabes unis, le déploiement de véhicules logistiques et tactiques (SUV, pick-up type “technicals”) ; Ce type de configuration correspond typiquement à une plateforme logistique de projection militaire plutôt qu’à une activité civile classique.

Les appels des généraux proches du pouvoir n’ont pas dissuadé le maréchal Mahamat Idriss Déby, qui voit dans son soutien aux FSR une occasion d’écarter les fidèles de son prédécesseur, tué en 2021 par les rebelles du MDJT. Avec plus de mille généraux, dont la majorité issue d’une ethnie proche du pouvoir, le pays reste dirigé par une élite déconnectée de la réalité. Arrivé au pouvoir par accident et porté par l’espoir de la jeunesse, le président a finalement cédé aux pressions des ténors du MPS, parti responsable de l’effondrement du pays. Il hérite d’un pays miné par la corruption, la pauvreté, une capitale sans services de base, et manque l’occasion de donner un nouveau visage rassurant au pays.
Au lieu de jouer le médiateur dans le conflit soudanais, il a offert une occasion en or à certains généraux de l’armée, responsables des maux du pays, de lui tenir tête. Pour eux, soutenir les FSR revenait à précipiter la défaite des forces de Mouchtaraka, alliées de l’armée soudanaise, composées en grande partie de membres de la communauté Zaghawa. D’après des sources concordantes, le maréchal Mahamat a accepté de rencontrer un groupe de généraux à leur demande, afin de trancher sur son soutien aux FSR. Sous la pression de ce groupe d’insurgés, qui serait allé jusqu’à exiger sa démission, il aurait fini par céder et consenti à se retirer de la crise soudanaise en échange de garanties sur son maintien au pouvoir. Trois des quinze généraux auraient directement accusé le président d’agir contre les intérêts du « système » et de contribuer à sa division. La tension aurait culminé lorsqu’un général lui aurait demandé de céder le pouvoir à une personnalité jugée plus légitime, rappelant que « c’est nous qui avons fait d’énormes sacrifices depuis le Darfour pour porter ton père au pouvoir, et nous avons maintenu ce système pendant trente ans ». Nous avons encore sacrifié nos vies pour t’installer, mais tu n’as pas su reconnaître cet héritage et tu t’es retourné contre nous. Tu as échoué, tu dois partir immédiatement. Sous une pression croissante, le président tchadien aurait décidé de mettre fin à tout soutien aux « milices » impliquées dans le conflit soudanais.

Interrogée à ce sujet, une haute personnalité ayant requis l’anonymat a déclaré : « Il n’y a pas deux capitaines dans un bateau ». Depuis avril 2021, il est clair que le président Kaka n’a aucun pouvoir lui permettant de remplacer l’un des quatre généraux. Beaucoup se demandent combien de temps ce conflit de pouvoir peut durer au détriment du développement du pays, relégué aux calendes grecques. Ce qui est certain, c’est que même si la demande de démission du président a peu de chances d’aboutir pour l’instant, tôt ou tard, ce conflit éclatera pour qu’un des deux capitaines disparaisse.


Par Bradley Isabelle, analyste politique,
spécialiste du Corne de l'Afrique, 
Chercheure associée au CEDPE - 
note confidentielle 

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