Dans une publication attribuée au correspondant de guerre Yasser Mohamed Issa, relayée par les médias militaires soudanais, l’armée soudanaise et les forces qui lui sont alliées annoncent avoir réalisé une série d’avancées dans plusieurs axes stratégiques du Kordofan. Selon ce récit, cinq localités auraient été reprises successivement, ouvrant de nouvelles perspectives pour la circulation des populations et le contrôle des axes routiers.
Le communiqué fait état d’une série d’opérations menées dans différentes zones du Kordofan. La première avancée concerne Al-Farchaya présentée comme un point de liaison essentiel entre Dilling et El-Obeid. Sa reprise aurait permis, selon la source, de sécuriser cet axe routier stratégique. L’armée annonce ensuite la reconquête d’Al-Mamsouka, dans la localité administrative d’Al-Sunut, au Kordofan septentrional, à l’issue d’une bataille qualifiée de décisive. La progression se serait poursuivie vers le nord avec la prise de Cherchar, à l’ouest de Bara. Cette position aurait constitué un obstacle à la circulation des civils, selon l’armée soudanaise.
Les forces engagées auraient ensuite atteint la ville de Sodiri, présentée comme un point stratégique majeur. Enfin, les opérations annoncées se seraient achevées par la prise d’Oum Kraidim et la sécurisation de cette localité.
Il convient toutefois de souligner que ces informations proviennent du récit d’un correspondant de guerre et de sources liées aux forces armées soudanaises. Elles nécessitent donc une vérification indépendante avant que ces prises de contrôle puissent être considérées comme définitivement établies.
Le Kordofan est un espace déterminant dans la guerre soudanaise. Au-delà de la succession des localités citées, cette annonce met en lumière l’importance stratégique du Kordofan dans le conflit qui oppose, depuis avril 2023, les Forces armées soudanaises (FAS) aux Forces de soutien rapide (FSR).
Située au cœur du Soudan, cette région constitue un espace de jonction entre plusieurs zones d’influence militaire. Elle relie notamment les territoires du centre du pays aux régions occidentales, dont le Darfour. Ses routes, ses villes et ses couloirs de circulation jouent un rôle essentiel dans l’acheminement des renforts, des approvisionnements et de l’aide humanitaire.
La maîtrise de ces axes peut donc entraîner des conséquences militaires et logistiques importantes. Toutefois, la reprise d’une localité ne signifie pas nécessairement un contrôle durable de l’ensemble de son environnement. La sécurisation des routes, la présence de forces permanentes et la capacité à protéger les populations constituent des éléments distincts qui doivent être évalués séparément.
Des enjeux qui dépassent le seul terrain militaire. Si les avancées annoncées se confirmaient, elles pourraient modifier les équilibres locaux dans le Kordofan et compliquer les mouvements des forces adverses. Elles pourraient également faciliter, à terme, la circulation des civils et des convois humanitaires. Mais les expériences récentes du conflit soudanais montrent que les changements de contrôle territorial peuvent rester fragiles. Les déplacements de populations, les destructions d’infrastructures et les risques de représailles demeurent des préoccupations majeures. Il importe également de ne pas confondre une annonce de victoire militaire avec un règlement du conflit. La guerre au Soudan reste marquée par la fragmentation des fronts, l’implication de soutiens extérieurs et l’absence d’un accord politique global entre les protagonistes.
La communication militaire soudanaise présente cette série de prises de localités comme une étape d’un plan visant à relier les différents États du Kordofan et à rouvrir les routes aux convois. Cette lecture traduit l’importance accordée à la continuité territoriale et à la mobilité opérationnelle.
Les opérations annoncées dans le Kordofan illustrent une nouvelle phase de la compétition territoriale au Soudan. La reprise successive d’Al-Farchaya, d’Al-Mamsouka, de Cherchar, de Sodiri et d’Oum Kraidim, si elle est confirmée, pourrait entraîner des répercussions sur les communications militaires et civiles dans cette région stratégique.
Cependant, au-delà des déclarations de victoire, la véritable mesure du succès résidera dans la stabilisation des zones concernées, la protection des populations et la réouverture effective des voies de circulation.
Au Soudan, le contrôle d’une ville peut constituer une victoire militaire. La paix, elle, exige la sécurisation durable des territoires et une solution politique au conflit.
Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en Gestion de Conflits
Président du CEDPE
yacoubahmat0@aol.com


