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Ensemble contre les conflits et pour la paix

Editorial

L'IRAN A COMPRIS CE QUE L'AFRIQUE REFUSE ENCORE DE COMPRENDRE

Lundi 22 Juin 2026

L'Iran a compris depuis longtemps que la richesse d'une nation ne réside pas seulement dans son pétrole, son gaz ou ses ressources naturelles, mais dans la qualité de son capital humain.


 
Pendant plus de quarante ans, l'Iran a vécu sous sanctions économiques, sous pression diplomatique et sous la menace permanente de conflits. Pourtant, malgré ces contraintes, le pays a réussi à développer une industrie nationale, une capacité scientifique reconnue, un programme spatial, une industrie militaire avancée et une influence régionale qui lui permettent aujourd'hui de compter parmi les acteurs incontournables de la géopolitique mondiale.
L'objectif n'est pas de présenter l'Iran comme un modèle parfait. Le pays fait face à de nombreuses difficultés économiques et sociales. Mais son parcours soulève une question essentielle, pourquoi certains États parviennent-ils à transformer les obstacles en opportunités tandis que d'autres, pourtant riches en ressources naturelles, peinent encore à assurer leur développement ?
 
La première leçon que l'Afrique devrait tirer de l'expérience iranienne est l'importance de compter d'abord sur ses propres capacités. Dans de nombreux pays africains, la dépendance à l'aide extérieure est devenue structurelle. Il existe des ministères et des administrations qui ne peuvent même pas organiser un atelier de quelques millions de francs CFA sans solliciter un financement extérieur. Cette dépendance financière finit par engendrer une dépendance politique et intellectuelle. Aucun pays ne peut bâtir sa souveraineté en confiant systématiquement son développement à des partenaires étrangers.
La deuxième leçon concerne l'éducation. L'Iran a compris depuis longtemps que la richesse d'une nation ne réside pas seulement dans son pétrole, son gaz ou ses ressources naturelles, mais dans la qualité de son capital humain. L'État a massivement investi dans l'enseignement supérieur, la recherche scientifique et la formation des ingénieurs. Chaque année, les universités iraniennes forment un nombre considérable de diplômés dans des domaines stratégiques tels que les sciences, l'ingénierie, la médecine ou encore les technologies de pointe, soit plus d’un million et demi de diplômés/ an.
Dans une grande partie de l'Afrique, au contraire, l'éducation est progressivement devenue un marché. Des établissements privés se multiplient sans toujours garantir la qualité de l'enseignement. Dans certains cas, des personnes sans réelle compétence pédagogique créent des écoles ou des universités dont l'objectif principal est la rentabilité financière. Les conséquences sont visibles : des milliers de diplômés sortent chaque année du système éducatif sans disposer des compétences nécessaires pour répondre aux besoins de leurs pays.
 
La troisième leçon est le respect accordé au savoir. En Iran, comme en Chine ou en Inde, les chercheurs, les enseignants et les scientifiques occupent une place importante dans la société. Les gouvernements investissent dans les laboratoires, les universités et les centres de recherche. Les grandes décisions nationales s'appuient souvent sur l'expertise scientifique.
Dans beaucoup de pays africains, la situation est différente. Les chercheurs sont rarement consultés dans l'élaboration des politiques publiques. Les universités souffrent d'un manque chronique de moyens. Les intellectuels et les experts sont souvent marginalisés tandis que les considérations politiques prennent le dessus sur les compétences techniques. Or aucun pays ne peut espérer devenir une puissance sans valoriser ceux qui produisent la connaissance.
La quatrième leçon est la discipline dans la gestion des ressources publiques. Malgré les critiques qui peuvent être formulées contre son système politique, l'Iran a compris qu'un État ne peut se développer durablement lorsque les ressources nationales sont systématiquement détournées au profit d'intérêts particuliers. Le développement exige des institutions fortes, capables de protéger les biens publics et d'orienter les ressources vers les priorités nationales.
En Afrique, la corruption demeure l'un des principaux freins au développement. Chaque année, des milliards de dollars disparaissent dans les détournements, les surfacturations ou les circuits illicites. Cet argent pourrait pourtant financer des écoles, des universités, des hôpitaux, des infrastructures ou des programmes de recherche.
 
Enfin, l'expérience iranienne, tout comme celles de la Chine et de l'Inde, montre qu'aucune nation ne devient forte sans sacrifices. Le développement n'est pas le résultat de discours ou de slogans. Il repose sur une vision à long terme, sur des investissements constants dans l'éducation, la science, l'industrie et l'innovation. Les grandes puissances d'aujourd'hui ont accepté de traverser des périodes difficiles pour construire les bases de leur autonomie stratégique.
 
L'Afrique possède des ressources naturelles immenses, une population jeune et un potentiel considérable. Mais le véritable défi n'est pas ce qu'elle possède. Le défi est de savoir comment transformer ces atouts en puissance économique, scientifique et technologique. Tant que les priorités resteront centrées sur la dépendance extérieure, la consommation et les intérêts personnels, le continent continuera à regarder les autres avancer.
L'Iran, la Chine et l'Inde démontrent qu'un pays peut être pauvre, isolé ou confronté à des pressions extérieures et malgré tout progresser. La véritable richesse d'une nation n'est pas ce qu'elle reçoit de l'extérieur, mais sa capacité à produire, à innover, à former ses citoyens et à croire en ses propres forces.
 
Enfin, l'objectif n'est pas de présenter l'Iran comme un paradis ni de nier les difficultés auxquelles sa population est confrontée. L'inflation, les sanctions et les tensions politiques pèsent lourdement sur le pays. Mais la véritable question est ailleurs, comment un État soumis à autant de contraintes a-t-il réussi à bâtir une industrie nationale, à former des centaines de milliers d'ingénieurs, à investir dans la recherche scientifique et à devenir un acteur que les grandes puissances sont obligées de prendre en compte ?
L'enseignement principal pour l'Afrique n'es
t pas de copier le modèle iranien, mais de comprendre qu'aucun pays ne peut se développer durablement sans investir massivement dans son capital humain. Les ressources naturelles ne remplacent ni les universités, ni les laboratoires, ni les chercheurs, ni les ingénieurs. Les aides extérieures ne remplacent pas une vision nationale du développement.
Les pays qui progressent sont ceux qui considèrent l'éducation, la recherche, la discipline dans la gestion publique et la souveraineté économique comme des priorités stratégiques. C'est probablement la leçon la plus importante que l'Afrique devrait retenir de l'expérience iranienne, mais aussi des trajectoires chinoise et indienne.

 
Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Ancien Conseiller du Médiateur de la République
Expert en gestion de conflits
Président du CEDPE
yacoubahmat0@gmail.com
 
 Sources exploitées
 (arxiv.org)
 (iranian-studies.stanford.edu)