Le haut responsable américain Massad Boulos a publiquement réaffirmé la reconnaissance par Washington de l’administration dirigée par les Forces armées soudanaises (SAF) à Port-Soudan comme « gouvernement existant » du Soudan, marquant la déclaration américaine la plus claire à ce jour rejetant les structures gouvernementales rivales liées aux Forces de soutien rapide (RSF).
S’adressant mardi à la chaîne Al Arabiya News, Boulos — conseiller principal américain pour l’Afrique au Département d’État — a déclaré que Washington « ne reconnaîtra jamais » un gouvernement parallèle au Soudan et a décrit les SAF comme une « institution constitutionnelle » qui doit être préservée pour éviter l’effondrement de l’État.
« Nous sommes contre tout vide. Nous sommes contre la division du Soudan. Nous sommes contre le scénario libyen au Soudan. Nous ne reconnaissons pas, et ne reconnaîtrons jamais, aucun gouvernement parallèle. Même le gouvernement actuel, nous le traitons comme le gouvernement existant [du Soudan], mais nous ne reconnaissons aucun gouvernement parallèle », a déclaré Boulos.
Ces propos représentent un changement rhétorique significatif dans la position des États-Unis envers les autorités militaires de Port-Soudan après plus de trois ans de relations tendues, de diplomatie indirecte et de différends publics entre Washington et la direction militaire soudanaise.
Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, les États-Unis ont largement évité de présenter explicitement l’administration dirigée par les SAF comme l’autorité gouvernementale légitime du Soudan, préférant plutôt garder une distance formelle avec la junte militaire et les RSF tout en poursuivant des efforts de médiation via l’Arabie saoudite et d’autres partenaires régionaux.
Cette ambiguïté a à plusieurs reprises irrité la direction militaire soudanaise, qui considérait la diplomatie américaine antérieure comme plaçant l’armée et les RSF sur un pied d’égalité politique malgré la rébellion des RSF contre l’État.
Les derniers commentaires de Boulos suggèrent que Washington s’oriente désormais vers une approche plus ouvertement centrée sur l’État, centrée sur la préservation des institutions formelles restantes du Soudan, tout en continuant à critiquer les deux parties pour avoir entravé les efforts de paix.
« Non, la véritable obstruction vient des deux côtés », a répondu Boulos lorsqu’on lui a demandé si les retards dans les efforts de paix étaient uniquement causés par l’armée, contredisant un récit fréquent de la RSF qui présente les FAS comme la seule partie à bloquer les négociations.
Pourtant, son insistance sur la préservation des « institutions constitutionnelles » et la prévention d’un « scénario libyen » représentait un rejet clair des ambitions politiques des RSF et des projets de gouvernance parallèles.
Les RSF et les groupes politiques alliés ont, ces derniers mois, intensifié leurs efforts pour institutionnaliser des structures de gouvernance parallèles via l’Alliance fondatrice du Soudan, communément appelée coalition Taasis, qui a annoncé en juillet 2025 un « Gouvernement de Paix de Transition » rival dirigé par le commandant des RSF Mohamed Hamdan Daglo « Hemedti » depuis la capitale du Darfour du Sud, Nyala.
Cette décision a renforcé les craintes d’un scénario de fragmentation à la Libye, où des autorités militaires rivales administreraient des parties distinctes du pays sous des structures politiques concurrentes.
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Washington has previously rejected attempts to establish parallel governments in Sudan. However, Boulos’s latest remarks went further by explicitly describing the SAF-led administration as Sudan’s “existing government,” directly undercutting one of the RSF’s central long-term political objectives of transforming battlefield territorial control into international political recognition.
The comments also stand in sharp contrast to the hostile relationship that existed between Boulos and Sudan’s military ruler, General Abdelfattah al-Burhan, only months earlier.
In November 2025, Al-Burhan publicly attacked Boulos during a speech before military officers in Port Sudan, accusing the American official of bias and alleging he had become “a channel for RSF narratives.”
At the time, the SAF leadership was furious over a U.S.-backed diplomatic proposal that envisioned a ceasefire freezing territorial frontlines and opening political negotiations involving both belligerents.
L’armée soudanaise considérait la proposition comme un mécanisme qui légitimerait effectivement les gains territoriaux des RSF à travers le Darfour et certaines parties du Kordofan. Al-Burhan a accusé Boulos de tenter d’imposer des conditions favorables aux RSF et a rejeté l’initiative d’emblée.
« Nous considérons le médiateur comme biaisé », a déclaré Burhan à l’époque. « Surtout l’envoyé américain Massad Boulos. Il nous parle comme s’il imposait des conditions. »
Le dirigeant militaire a également rejeté tout arrangement futur reconnaîtrant les RSF comme un acteur politique ou militaire au sein de l’État soudanais.
À l’époque, les relations entre Washington et Port-Soudan s’étaient considérablement détériorées. Les SAF ont accusé à plusieurs reprises les États-Unis d’assimiler l’armée aux RSF malgré la mutinerie de ces dernières en avril 2023.
Cette méfiance s’était déjà approfondie sous l’ancien envoyé américain Tom Perriello, dont le refus de reconnaître formellement l’un ou l’autre camp tout en prônant des cadres de règlement négociés a suscité une hostilité croissante du gouvernement militaire.
Les États-Unis ont évacué leur ambassade à Khartoum peu après le déclenchement des combats en avril 2023, mettant ainsi fin à leur présence diplomatique au Soudan et déplaçant l’engagement vers les capitales régionales et les canaux de négociation indirects.
La fermeture de l’ambassade a créé un vide dans les relations directes entre les États-Unis et le Soudan et a renforcé la perception au sein de Port Sudan selon laquelle Washington refusait de s’engager pleinement avec les autorités dirigées par la SAF en tant que gouvernement souverain.
Même après que Perriello ait effectué sa première visite de guerre à Port-Soudan en novembre 2024, l’administration Biden a continué à équilibrer l’engagement avec les critiques publiques du comportement des SAF, notamment concernant les restrictions d’accès humanitaire et les abus présumés de la part des forces alignées sur l’armée.
L’administration Trump a hérité de ces relations tendues tout en réduisant simultanément l’infrastructure diplomatique américaine plus large liée au Soudan. Aucun envoyé spécial dédié n’a été nommé après le départ de Perriello, laissant Boulos — dont le portefeuille couvre toute l’Afrique — gérer le dossier soudan, parallèlement à plusieurs autres crises régionales.
Pourtant, malgré une attention institutionnelle réduite, l’administration semble de plus en plus préoccupée par le risque de fragmentation de l’État au Soudan alors que la guerre se durcit en partage territorial.
Cette inquiétude est devenue plus marquée suite à la consolidation des RSF à travers le Darfour et à l’émergence de structures de gouvernance distinctes liées à différents acteurs armés.
La référence de Boulos au « scénario libyen » reflétait les craintes de longue date parmi les diplomates que le Soudan puisse évoluer vers un État définitivement divisé, contrôlé par des administrations militaires rivales soutenues par des sponsors étrangers rivaux.
La position évolutive de Washington semble désormais refléter un calcul pragmatique selon lequel le maintien des institutions étatiques restantes au Soudan pourrait primer sur les efforts antérieurs visant à éviter de légitimer le régime militaire.
That does not mean the United States has abandoned sanctions or criticism directed at the SAF.
Washington has imposed targeted sanctions on both SAF- and RSF-linked figures, accused both sides of obstructing humanitarian access, and repeatedly documented abuses committed by the belligerents.
The U.S. Treasury Department sanctioned several entities linked to the SAF’s wartime procurement networks, while also sanctioning RSF commanders and businesses accused of fueling atrocities in Darfur.
American officials continue publicly insisting that neither side can achieve a military victory and that both parties bear responsibility for prolonging the war. Still, Boulos’s latest remarks signal that Washington no longer sees strict political ambiguity toward the Port Sudan administration as sustainable amid deepening fragmentation risks.
The comments drew immediate skepticism from some former American officials familiar with Sudan policy.
Cameron Hudson, a former U.S. diplomat and longtime Sudan analyst, responded bluntly to the remarks, writing that “Most actions and policies of the Trump administration toward Sudan run contrary to [Massad Boulos’] statement.”
La réaction de Hudson reflète une incertitude plus large quant à savoir si les propos de Boulos, c’est un changement stratégique cohérent ou simplement un message tactique visant à empêcher un nouvel effondrement de l’État sans modifier fondamentalement la politique américaine.
L’armée soudanaise a toujours soutenu que la reconnaissance de l’administration dirigée par les SAF est nécessaire pour préserver la souveraineté soudanaise et empêcher des acteurs extérieurs de légitimer le contrôle territorial des RSF.


