Connectez-vous S'inscrire
Menu
www.centrerecherche.com
Siège : N'Djamena, Tchad
E-mail : yacoubahmat@aol.com
Ensemble contre les conflits et pour la paix

Tchad : rôle des leaders religieux et de la société civile dans la lutte contre l’extrémisme violent et la promotion de la culture de la paix et de la coexistence

Mardi 19 Mai 2026

Dans un contexte régional instable, renforcer ces acteurs représente non seulement un enjeu sécuritaire, mais aussi une nécessité stratégique pour l’avenir du Tchad et de toute la région sahélienne.


Situé au cœur du Sahel et entouré de zones fortement touchées par l’insécurité, le Tchad fait face depuis plusieurs années à des défis sécuritaires complexes liés au terrorisme, aux conflits communautaires, aux crises régionales et à la fragilité socio-économique.
 
La menace de groupes extrémistes comme Boko Haram dans la région du lac Tchad, les effets de la guerre au Soudan, ainsi que les tensions communautaires internes, ont montré que la réponse purement militaire ne suffit pas. La lutte contre l’extrémisme violent nécessite également une approche sociale, culturelle, éducative et religieuse.
 
Dans ce contexte, les leaders religieux et les organisations de la société civile jouent un rôle essentiel dans la prévention de la radicalisation, la consolidation de la paix et la promotion du vivre-ensemble.
 
 1. Les leaders religieux comme acteurs de prévention. Le Tchad est un pays où la religion occupe une place importante dans la vie sociale. Les chefs religieux musulmans et chrétiens disposent d’une influence considérable sur les populations, notamment dans les zones rurales et périphériques où l’État est parfois peu présent. Pour la première fois, il faut le rappeler, que les trois religions ont crée un front commun contre le terrorisme et fixé ensemble une journée de célébration de ce front commun tous les mois de novembre.
 
Grâce à leur unité et leur crédibilité morale, ils peuvent déconstruire les discours extrémistes, promouvoir les valeurs de tolérance et de coexistence, sensibiliser les jeunes contre la radicalisation, prévenir les conflits communautaires, encourager le dialogue interreligieux. Les sermons dans les mosquées et les églises constituent ainsi des outils puissants pour combattre les idéologies violentes qui exploitent souvent l’ignorance religieuse et la frustration sociale.
 
2. La promotion du dialogue interreligieux. L’une des grandes forces du Tchad réside historiquement dans la coexistence relativement pacifique entre musulmans et chrétiens malgré certaines tensions ponctuelles. Les plateformes interreligieuses ont souvent joué un rôle d’apaisement lors des crises politiques ou communautaires. Les rencontres entre imams, prêtres, pasteurs et chefs traditionnels ont permis d’éviter les manipulations identitaires, de réduire les discours de haine, de promouvoir l’unité nationale, d’encourager la médiation locale dans les conflits.
La consolidation de cette coopération interreligieuse demeure fondamentale face aux tentatives d’instrumentalisation confessionnelle par certains groupes extrémistes.
 
3. Le rôle stratégique de la société civile. Les organisations de la société civile tchadienne interviennent aujourd’hui dans plusieurs domaines liés à la prévention de l’extrémisme violent dans la sensibilisation des jeunes, l’éducation à la paix, la médiation communautaire, la défense des droits humains, l’accompagnement psychosocial, la réinsertion des ex-combattants, l’autonomisation économique des jeunes et des femmes.
 
Certaines structures travaillent également sur la prévention de la radicalisation dans les zones vulnérables autour du lac Tchad et dans les régions frontalières.
 
Le Centre d'Études pour le Développement et la Prévention de l'Extrémisme, par exemple, s’inscrit dans cette dynamique à travers des recherches, des sensibilisations et des réflexions stratégiques sur les liens entre sécurité, gouvernance, radicalisation et développement. Il a publié grâce à ses chercheurs, 42 ouvrages sur la gestion et la prévention de conflits.
 
4. La jeunesse au cœur de la prévention. La jeunesse représente une cible privilégiée des groupes extrémistes en raison du chômage, de la pauvreté, du manque de perspectives, de l’exclusion sociale, des frustrations politiques.
 
Les leaders religieux et les organisations citoyennes peuvent contribuer à réduire cette vulnérabilité en développant :
  • des programmes éducatifs ;
  • des formations professionnelles ;
  • des espaces de dialogue ;
  • des activités culturelles et sportives ;
  • des campagnes de sensibilisation sur les dangers de l’extrémisme.
 
La prévention passe aussi par la restauration de l’espoir et de la confiance chez les jeunes.
 
5. Les défis persistants
Malgré leurs efforts, les leaders religieux et la société civile font face à plusieurs difficultés comme le manque de financements, les faibles moyens logistiques, l’insuffisance des programmes publics de prévention, l’instrumentalisation politique de certains acteurs religieux et membre de la société civile, la faible coordination entre institutions étatiques et société civile, la persistance des injustices sociales et de la corruption.
 
Or, l’extrémisme violent prospère souvent dans les contextes marqués par l’injustice, la marginalisation et l’absence de confiance envers les institutions.
 
6. Vers une approche globale de la paix. La lutte contre l’extrémisme violent au Tchad ne peut être uniquement sécuritaire. Elle doit intégrer la bonne gouvernance, la justice sociale, l’éducation, le dialogue communautaire, le développement local et le renforcement de la cohésion nationale.
 
Les leaders religieux et la société civile constituent donc des partenaires incontournables dans la construction d’une paix durable. Leur proximité avec les communautés leur permet d’agir en profondeur sur les mentalités, de prévenir les tensions et de promouvoir une culture fondée sur le respect mutuel, la tolérance et la coexistence pacifique.
 
Dans un contexte régional instable, renforcer ces acteurs représente non seulement un enjeu sécuritaire, mais aussi une nécessité stratégique pour l’avenir du Tchad et de toute la région sahélienne.

Enfin, il a été constaté que les autorités n'ont pas donné une importance au processus de DDRR et au financement de la société civile et des acteurs religieux.