Connectez-vous S'inscrire
Menu
www.centrerecherche.com
Siège : N'Djamena, Tchad
E-mail : yacoubahmat@aol.com
Ensemble contre les conflits et pour la paix

Sous la loupe

La chute de la ville soudanaise d'Elgeneina entraînerait-elle la chute de la junte tchadienne ?

Mardi 11 Août 2026

La chute d'une ville clé du Darfour Occidental (comme El-Geneina) ou de localités frontalières stratégiques (comme Bir Saliba) au profit de l'armée soudanaise et de ses alliés pourrait modifier radicalement l'équilibre politique intérieur au Tchad: 
  • une mobilisation de la population ou des élites hostiles à la politique de N'Djamena ;
  • des fractures dans l'appareil militaire ;
  • une aggravation des tensions entre communautés ;
  • une perte de confiance de certains alliés du pouvoir ;
  • ou surtout, une extension directe de la guerre soudanaise au territoire tchadien.
    C'est ce dernier facteur qui paraît le plus dangereux. Le gouvernement britannique, dans son analyse publiée en juillet 2026, note justement que l'implication étrangère continue d'alimenter la guerre soudanaise et que les réseaux de soutien aux FSR s'étendent notamment au Tchad et à la Libye. Il relève également que des experts de l'ONU ont documenté l'utilisation de la Libye comme plateforme logistique pour les FSR.
    « Une nouvelle défaite majeure des FSR peut devenir un accélérateur d'une crise politique déjà existante au Tchad, si elle se combine avec des fractures internes. »
Le Tchad aurait pu chercher à être le médiateur plutôt qu'à apparaître comme partie prenante du conflit. C'était effectivement une option stratégique possible puisque le Tchad avait plusieurs atouts pour cela :
proximité géographique + liens sociaux transfrontaliers + connaissance du Darfour + capacité de dialogue avec plusieurs acteurs.
Mais il y avait aussi une contradiction fondamentale. N'Djamena avait ses propres intérêts sécuritaires et financier dans le conflit soudanais.
Le problème est que la guerre du Darfour n'est pas extérieure au Tchad. Elle touche directement sa frontière et ses communautés. Des analyses récentes soulignent précisément le débordement de la guerre vers le Tchad et les tensions croissantes entre groupes tchadiens liées au conflit. Ainsi, la neutralité parfaite était difficile.
 
D’aucuns se demandent sur la haine du chef de la junte envers les siens ?  « Haine envers les siens ». En revanche, il existe un paradoxe stratégique réel. Une partie importante de l'histoire militaire et politique du Tchad est liée aux réseaux zaghawa. Or la guerre du Darfour a placé les Zaghawa dans une situation particulièrement vulnérable, notamment après les combats et massacres d'El-Fasher.
Des sources récentes décrivent une forte aggravation des tensions autour de cette question et soulignent que les Zaghawa constituent une composante importante de l'appareil militaire tchadien.
Donc, si N'Djamena adopte une politique qui est perçue par une partie des Zaghawa tchadiens comme hostile à leurs frères du Darfour, le risque n'est pas seulement moral ou communautaire. Il est politico-militaire. Un pouvoir peut contrôler une armée pendant longtemps grâce à la discipline et aux intérêts matériels. Mais si une partie de cette armée commence à penser à « la politique étrangère du pouvoir, la loyauté peut devenir beaucoup plus fragile ».
 
Concernant les Émirats : il faut distinguer les faits des hypothèses. Sur ce point, il est parfaitement documenté que les Émirats arabes unis ont des intérêts économiques considérables en Afrique, notamment dans les infrastructures, les ports, l'agriculture et les ressources minières. Le Financial Times estime que les investissements émiratis en Afrique sont devenus extrêmement importants et souligne les controverses autour du rôle d'Abou Dhabi au Soudan et de l'or.
Il est également établi que les FSR ont été accusées de bénéficier d'un soutien émirati ; les Émirats le nient. Des rapports cités par le gouvernement britannique font néanmoins état d'un soutien matériel émirati aux FSR. La réalité est probablement beaucoup plus complexe.
L'or est effectivement au cœur de l'affaire. L'or soudanais est un élément fondamental.
Les réseaux commerciaux de l'or relient :
zones minières soudanaises → acteurs armés → réseaux régionaux → marchés et raffineries → Émirats.
C'est précisément pourquoi l'or est devenu à la fois une ressource de guerre et un instrument d'influence géopolitique. Et l'intérêt émirati ne s'arrête effectivement pas à l'or. Il s’étend au bétail, sésame, coton et arachide, économiquement très pertinente.
C'est même là qu'on peut comprendre la logique émiratie autrement que sous le seul angle militaire.
Le raisonnement peut être or + bétail + agriculture + ports + logistique + marchés financiers = influence économique durable sur la mer Rouge et l'Afrique de l'Est/Sahel.
Autrement dit, l'or peut être le produit stratégique le plus visible, mais pas nécessairement le seul intérêt.
Et cela explique pourquoi Abou Dhabi peut vouloir conserver des relations avec plusieurs acteurs soudanais et régionaux tout en affirmant officiellement soutenir une solution politique. Le gouvernement émirati réaffirmait encore en juin 2026 son soutien à une trêve, à un cessez-le-feu permanent et à une transition civile au Soudan.
Il faut revenir à l’hypothèse précédente sur le Sud libyen.
Nous avons potentiellement trois crises qui se touchent géographiquement. A suivre....
Après le Soudan, le chef de la junte au pouvoir au Tchad apporte son soutien au maréchal Haftar

MS. Abdelsalam
Analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel7
www.centrerecherche.com