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Conflit et prévention

Libye: Echanges avec ChatGPT de la situation dans le sud de la Libye (Dr. Ahmat Yacoub Dabio)

Lundi 10 Août 2026

Dimanche 9 août 2026, dans la salle d’attente à Addis avant de reprendre mon vol pour le Ghana, j’ai pris une heure pour discuter avec ChatGPT de la situation dans le sud de la Libye. Je mettrai le document brut à disposition des chercheurs pour qu’ils puissent en juger. Dimanche prochain, je renouvellerai l’expérience avec le cas du Soudan.


Ltd senoussi Salem zarouk Ali
Ltd senoussi Salem zarouk Ali
 
Ma première question ; La chambre d'opérations pour la libération du sud libyen affirme avoir attaqué un poste frontière et fait plusieurs prisonniers parmi lesquels le cdt de la garnison le lieutenant salem.... https://www.facebook.com/share/v/18E5mzfhMe/
 
ChatGPT : J’ai vérifié les sources accessibles pour cette information. Je ne trouve pour l’instant aucune confirmation indépendante fiable de l’attaque revendiquée par la « Chambre d’opérations pour la libération du Sud libyen », ni de la capture du lieutenant Salem.
La prudence est donc nécessaire : le récit peut être réel, mais à ce stade il faut le présenter comme une revendication du groupe et non comme un fait établi. Les recherches récentes ne font pas apparaître de dépêche crédible confirmant cette opération précise.
Si la vidéo Facebook montre effectivement le poste attaqué, des prisonniers et éventuellement le lieutenant Salem, elle pourrait néanmoins constituer un élément important à analyser. Je peux examiner le contenu de la vidéo et les indices permettant d'identifier le poste-frontière, la force qui l'occupait et le groupe qui a mené l'attaque, puis vous dire ce que cela signifie pour la situation militaire dans le Sud libyen.
Dr. Ahmat Yacoub : L'attaque est réelle
ChatGPT : Oui. Après une nouvelle vérification, je corrige mon appréciation précédente : l’attaque elle-même est bien étayée par des éléments concordants. Des sources récentes font état d’opérations de la « Chambre d’opérations pour la libération du Sud » contre des positions des forces de Haftar dans le Fezzan, notamment des points frontaliers.
J’ai également trouvé des publications datées d’aujourd’hui montrant que la Chambre revendique la prise d’un point de déploiement de l’armée libyenne et la capture de militaires. Une autre publication fait état d’une vidéo montrant plusieurs prisonniers capturés lors d’une opération récente.
Ce qui est particulièrement important. Si, comme vous l’indiquez, le lieutenant Salem est bien le commandant de la garnison capturé, alors l’événement est plus significatif qu'une simple attaque ponctuelle :
  • un poste frontalier a été attaqué et neutralisé ;
  • des militaires auraient été capturés ;
  • la capture du chef de la garnison indiquerait une perte de commandement local ;
  • cela montre surtout que la Chambre est capable de mener des opérations offensives contre les forces de Haftar, et pas seulement des actions de harcèlement ;
  • le fait que les combats se déroulent dans le Sud libyen frontalier est particulièrement important pour le Tchad, le Niger et les réseaux de circulation dans le Sahara.
Il faut toutefois distinguer deux niveaux : l'attaque et les captures sont désormais fortement corroborées, tandis que l'identité exacte du lieutenant Salem et son statut de commandant de la garnison doivent encore être établis avec une source indépendante.
Si vous voulez, je peux maintenant identifier précisément le poste-frontière attaqué, sa position par rapport au Tchad et au Niger, et analyser pourquoi cette nouvelle offensive de la Chambre de libération du Sud est importante pour le Tchad et le Soudan.
Dr. Ahmat Yacoub : Identifier précisément le poste-frontière attaqué, sa position par rapport au Tchad et au Niger, et analyser pourquoi cette nouvelle offensive de la Chambre de libération du Sud est importante pour le Tchad et le Soudan - Le lieutenant senoussi salem zarouk ali a avoué dans une vidéo
Image chargée
 
Oui. La vidéo que vous avez fournie apporte un élément beaucoup plus précis. Les résultats de recherche retrouvent la même vidéo et retranscrivent les propos du militaire : il se présente comme « الملازم سنوسي سالم الزروق علي » (al-Molazim Senoussi Salem al-Zarouk Ali) et déclare qu’il était chargé de la protection du point concerné. Une autre publication indique que neuf militaires et cet officier ont été capturés au « منفذ التوم » (poste-frontière d’Al-Toum).
1. Le poste attaqué : Al-Toum
Il s'agit bien du poste-frontière d'Al-Toum (منفذ التوم), dans l'extrême sud-ouest de la Libye.
C'est un point extrêmement intéressant géographiquement :
  • Libye–Niger directement : Al-Toum est officiellement présenté comme un poste frontalier libyen avec le Niger.
  • Il se trouve dans la zone du triangle Libye–Niger–Tchad, ce qui explique pourquoi certaines sources le décrivent comme situé au contact des trois frontières.
  • Il est au sud-est de Mourzouk (Murzuq) et dans l'espace désertique de Fezzan.
  • Les sources indiquent également que l'attaque ne s'est pas limitée à Al-Toum : Wadi Bougrara et le point Salvador, deux positions du dispositif de garde-frontières sur la bande libyo-nigérienne, ont également été visés.



2. Ce que dit précisément la vidéo
C'est là que votre information devient particulièrement importante.
Dans la vidéo, le militaire présenté comme Senoussi Salem al-Zarouk Ali déclare qu'il était chargé de la protection du point. La vidéo montre ensuite plusieurs militaires capturés assis dans le désert. Les publications qui accompagnent la vidéo affirment qu'ils ont été capturés par la « Chambre d'opérations pour la libération du Sud ».
Donc, je serais maintenant beaucoup plus précis que dans ma première réponse :
Il existe des éléments directs permettant d'établir qu'une attaque a eu lieu à Al-Toum et que des membres de la garnison ont été capturés. La vidéo constitue une preuve visuelle de la capture, même si certains détails — notamment la chaîne de commandement exacte et le nombre définitif de prisonniers — doivent être traités avec prudence.
Les sources libyennes avaient d'ailleurs rapporté dès janvier 2026 une attaque contre Al-Toum, Wadi Bougrara et Salvador, avant que les forces de Haftar n'annoncent avoir repris le contrôle du secteur.
3. Pourquoi cet endroit est beaucoup plus important qu'il n'y paraît
Al-Toum est une porte d'entrée vers le cœur du Sahara.
Ce n'est pas simplement un petit poste militaire. Il contrôle un axe reliant le sud libyen au Niger et, par les réseaux sahariens, au Tchad.
C'est donc une zone où se croisent :
  • les routes commerciales ;
  • les mouvements de migrants ;
  • les trafics d'armes et de carburant ;
  • les groupes armés sahariens ;
  • les combattants tchadiens et nigériens ;
  • les réseaux liés au conflit libyen ;
  • les mouvements entre le Fezzan, le Niger et le Tchad.
Une étude libyenne sur les frontières rappelle que la frontière Libye–Niger mesure environ 354 km et que les points de passage comprennent notamment Al-Toum, tandis que la frontière libyo-tchadienne dépasse 1 000 km.
4. Pourquoi cela concerne directement le Tchad
C'est ici que l'affaire devient particulièrement intéressante.
Premier élément : le poste n'est pas sur la frontière tchadienne
Il faut éviter une confusion importante :
Al-Toum est un poste Libye–Niger, pas un poste Libye–Tchad.
Mais il se situe dans la proximité stratégique du tripoint Libye–Niger–Tchad. Une attaque réussie contre ce type de position peut donc avoir des conséquences sur les mouvements à travers les trois espaces sahariens.
Deuxième élément : les combattants tchadiens
Les autorités militaires de Haftar ont initialement accusé des « groupes tchadiens » d'être derrière l'attaque. D'autres sources ont contesté cette lecture et évoqué plutôt des combattants du Sud libyen, notamment liés à Mourzouk.
Cette divergence est capitale.
Il serait prématuré de conclure que l'opération est une opération tchadienne.
Mais la question de la présence de combattants tchadiens dans le dispositif est évidemment stratégique pour N'Djamena.

5. Et pour le Soudan ?
L'importance pour le Soudan est indirecte mais potentiellement considérable.
On assiste à la constitution d'un immense espace sécuritaire allant :
Sud libyen → Niger → Tchad → Darfour → Soudan.
Or le conflit soudanais a déjà transformé le Darfour et les zones frontalières en espaces de circulation d'armes, de combattants, de véhicules et de réseaux logistiques.
Si l'insécurité augmente simultanément :
en Libye + au Niger + au Tchad + au Darfour,
les frontières deviennent beaucoup moins contrôlables.
C'est précisément ce qui pourrait donner une nouvelle importance stratégique aux groupes armés opérant dans le sud libyen.
6. Le point le plus préoccupant pour Haftar
À mon avis, la capture de la garnison est plus importante que l'attaque elle-même.
Pourquoi ?
Parce qu'elle démontre trois choses :
  1. La garnison pouvait être surprise.
  2. Le dispositif de surveillance de Haftar dans le Sud n'est pas hermétique.
  3. Les assaillants disposent de renseignements suffisants pour frapper des positions militaires précises.
Et surtout, si l'officier chargé de la protection du point a réellement été capturé avec plusieurs hommes, cela signifie que les assaillants ont réussi à désorganiser temporairement la chaîne de commandement locale.
La presse libyenne avait déjà signalé que l'attaque de janvier avait permis aux assaillants de contrôler temporairement le poste, d'y filmer leurs actions et de capturer certains gardes avant leur retrait vers la zone du triangle frontalier.
Mon analyse
Je ne considérerais donc pas cette affaire comme une simple opération de banditisme.
Elle ressemble davantage à un test de la profondeur du dispositif de Haftar dans le Fezzan.
Et si la « Chambre d'opérations pour la libération du Sud » parvient à répéter ce genre d'opérations, le problème pour Haftar ne sera plus seulement la sécurité d'un poste-frontière : ce sera la capacité de maintenir son contrôle militaire sur l'ensemble du Sud libyen.
C'est là que le lien avec le Tchad et le Soudan devient particulièrement intéressant : une déstabilisation durable du Fezzan pourrait créer un nouvel arc de circulation armée allant du sud libyen jusqu'au Darfour, avec des conséquences sur les deux côtés de la frontière tchadienne.
Et la vidéo du lieutenant Senoussi donne justement une dimension humaine et militaire concrète à cette opération : on ne parle plus seulement d'une revendication sur les réseaux sociaux, mais de militaires capturés et filmés.
 
Oui, cette précision est importante, et elle corrige une partie de ma lecture précédente. Je comprends mieux ce que vous appelez Louekh/Al-Louekh : il ne s'agit pas d'une petite localité quelconque à l'intérieur du Fezzan, mais d'un point de contrôle stratégique sur l'axe routier saharien, où les véhicules venant du Tchad et du Niger accomplissent les formalités avant de poursuivre vers la Libye.
Les sources actuelles confirment d'ailleurs que le secteur d'Al-Toum se trouve bien dans le triangle frontalier Libye–Niger–Tchad et que le dispositif libyen y comprend plusieurs positions militaires et de surveillance.
Ce que votre témoignage permet de mieux comprendre
Votre itinéraire de 1975 est particulièrement révélateur :
Agadez → Dirkou → Dama → Dawatime → Al-Toum → axe libyen → Al-Louekh → Gatrun/Gadroun
Même si les noms et les tracés ont pu évoluer depuis 1975, vous décrivez un ancien axe saharien de pénétration et de commerce, et non une succession aléatoire de postes.
Et surtout, votre précision sur Al-Louekh change l'évaluation militaire :
Al-Toum est la porte extérieure. Al-Louekh est beaucoup plus important pour le contrôle des mouvements.
Pourquoi Al-Louekh serait un objectif beaucoup plus sérieux
Si les forces de la « Chambre des opérations pour la libération du Sud » restent très mobiles et parviennent à se maintenir dans le secteur d'Al-Toum, leur problème n'est pas nécessairement de conserver ce petit poste.
Le véritable enjeu serait de pouvoir perturber l'axe Al-Toum–Al-Louekh–Gatrun.
Cela aurait plusieurs effets :
  • perturber le passage des véhicules venant du Niger et du Tchad ;
  • mettre sous pression le dispositif militaire et policier de Haftar ;
  • montrer que les forces de Haftar ne contrôlent plus totalement l'axe frontalier ;
  • créer un sentiment d'insécurité chez les transporteurs et commerçants ;
  • surtout, obliger Haftar à disperser ses forces dans un immense espace désertique.
Et c'est exactement là que votre observation sur la mobilité des rebelles est essentielle.
Le problème pour Haftar n'est pas Al-Toum, mais la profondeur du dispositif
Une attaque contre Al-Toum peut être relativement facile à présenter comme une opération ponctuelle.
Mais si les mêmes forces sont capables de :
frapper Al-Toum → disparaître dans le désert → contourner les renforts → réapparaître vers Al-Louekh ou sur un autre axe,
la situation devient beaucoup plus sérieuse.
Les forces de Haftar peuvent reprendre un poste. Mais reprendre un poste ne signifie pas contrôler le désert autour de celui-ci.
C'est probablement la faiblesse fondamentale du dispositif.
Et Gatrun est le véritable seuil
Votre description de Gatrun/Gadroun comme première agglomération importante, avec une forte présence de Libyens noirs, est également intéressante.
Si l'on raisonne en profondeur stratégique :
Al-Toum = poste frontalier avancé

Al-Louekh = contrôle militaire/policier des flux

Gatrun = première véritable agglomération et nœud humain/logistique
C'est pourquoi je serais beaucoup plus attentif à ce qui se passera entre Al-Toum et Gatrun qu'à la seule perte temporaire d'Al-Toum.
Les informations publiques montrent déjà que les forces de Haftar considèrent le secteur comme suffisamment sensible pour y multiplier les patrouilles et les opérations de sécurisation du triangle frontalier.
Une conséquence possible pour le Tchad
Il y a également un paradoxe.
Si Al-Louekh contrôle les véhicules provenant du Tchad et du Niger, une dégradation de la situation ne toucherait pas uniquement les militaires libyens.
Elle pourrait rapidement toucher le commerce transsaharien légal.
Et cela pourrait avoir un effet secondaire : plus le passage légal devient difficile ou dangereux, plus les itinéraires clandestins et les pistes secondaires prennent de l'importance.
C'est donc potentiellement un problème pour N'Djamena et Niamey, pas seulement pour Haftar.
Et pour le Soudan
Votre remarque permet aussi de mieux comprendre le risque régional.
Le véritable phénomène à surveiller n'est pas nécessairement une offensive visant à conquérir une ville libyenne. C'est la possibilité d'une déstructuration progressive du contrôle des frontières sahariennes.
On pourrait alors avoir :
Sud libyen ↔ Niger ↔ Tchad ↔ Darfour ↔ Soudan
avec des groupes extrêmement mobiles capables de passer d'un théâtre à l'autre.
Une récente étude sur les conflits dans les zones frontalières africaines souligne justement que lorsque la violence se diffuse à travers les frontières, elle tend à élargir l'espace géographique du conflit, plutôt qu'à simplement déplacer celui-ci d'un côté à l'autre de la frontière.
C'est pourquoi votre hypothèse concernant Al-Louekh me paraît beaucoup plus importante que l'importance intrinsèque d'Al-Toum. Si la Chambre des opérations réussissait à menacer successivement les petits postes qui jalonnent cet axe, Haftar serait confronté à une véritable guerre d'usure saharienne, où son avantage en hommes et en armements pourrait être moins décisif que la mobilité, les renseignements locaux et la connaissance du terrain.
Et compte tenu de votre connaissance personnelle de cet itinéraire, je prendrais très au sérieux le scénario d'une pression progressive vers Al-Louekh avant de parler d'une quelconque menace directe contre Gatrun.
Dr. Ahmat Yacoub Dabio : Oui votre analyse est très professionnelle. Autant que je sache et à moins que je me trompe si Haftar ne cherche pas une porte de sortie intelligente et s'il compte que sur la force, il sera mis en difficultés dans les prochaines semaines, les prochains mois puisqu'il mène une guerre dans un environnement hostile surtout que les rebelles comptent aussi sur la culture de vengeance. Chaque mort de plus dans les rangs des rebelles est une famille de plus qui rejoindra la rébellion. Et si les rebelles cherchent à attaquer des postes frontaliers ou de villes comme Allouekh c'est aussi dans le but de démontrer aux retissants qu'il faut rejoindre la rébellion...
ChatGPT : Oui, je pense que votre raisonnement est solide, avec une nuance importante : le risque pour Haftar ne vient pas seulement de la puissance militaire des rebelles, mais de leur capacité à transformer chaque affrontement en recrutement, en légitimité locale et en renseignement supplémentaire. Les événements de 2026 montrent d'ailleurs que nous ne sommes plus face à une action isolée à Al-Toum. La « Chambre d'opérations pour la libération du Sud » a annoncé des opérations dans plusieurs secteurs, a revendiqué des captures et appelle explicitement les militaires et les populations à ne plus coopérer avec les forces de Haftar.
Votre idée de « cercle de vengeance » est particulièrement importante. Dans une société saharienne où les solidarités familiales, tribales et communautaires restent fortes, la mort d'un combattant ne se traduit pas nécessairement par une diminution des effectifs rebelles.
Elle peut produire : un mort → une famille touchée → des proches qui rejoignent le groupe → une nouvelle motivation pour combattre → de nouveaux morts → de nouvelles recrues.
C'est un mécanisme que les armées conventionnelles ont beaucoup de difficultés à combattre.
Et il faut ajouter un deuxième facteur : le sentiment d'injustice. La Chambre exploite déjà politiquement les difficultés du Sud — carburant, conditions de vie, marginalisation, accusations de trafics et de règlements de comptes — et appelle les militaires à quitter les forces de Haftar.
Autrement dit, elle ne cherche pas seulement à battre Haftar militairement. Elle cherche à lui enlever progressivement son environnement humain.
C'est ici qu'une attaque contre Al-Louekh aurait une signification supérieure
Votre hypothèse me paraît très intéressante :
Le but n'est pas forcément de conquérir Al-Louekh pour le conserver. Il peut être de montrer qu'Haftar ne peut protéger ni ses garnisons, ni ses fonctionnaires, ni les axes de circulation.
C'est une différence fondamentale.
Si les rebelles attaquent Al-Louekh, puis se retirent avant l'arrivée des renforts, ils peuvent avoir obtenu une victoire politique et psychologique sans avoir besoin d'occuper durablement le poste.
Le message adressé aux populations pourrait être :
« Vous voyez ? Nous pouvons atteindre les positions de Haftar partout dans le désert. Ceux qui restent avec lui ne sont plus protégés. »
Et le message adressé aux militaires locaux serait encore plus direct :
« Pourquoi mourir pour Haftar alors que nous pouvons vous capturer et que vos positions sont vulnérables ? »
Ce n'est pas une hypothèse purement théorique : la Chambre a déjà appelé les membres des forces de Haftar à abandonner leurs positions ou rejoindre ses rangs, tandis qu'elle appelle également les tribus à retirer leurs fils des combats.
Le danger pour Haftar est donc la dispersion
C'est probablement son problème stratégique numéro un.
S'il veut protéger :
  • Al-Toum ;
  • Al-Louekh ;
  • Salvador ;
  • Wadi Bougrara ;
  • Gatrun ;
  • les autres postes et pistes ;
il doit multiplier les garnisons et les patrouilles.
Mais plus il disperse ses forces, plus chaque détachement devient vulnérable.
Et s'il concentre ses forces autour des grandes villes et bases, les rebelles peuvent exploiter les espaces intermédiaires.
C'est exactement le genre de guerre dans lequel la géographie peut devenir une arme.
Les combats de février sur la frontière libyo-nigérienne montrent déjà que le problème est récurrent : après l'attaque d'Al-Toum de janvier, de nouveaux affrontements ont eu lieu en février, avec des versions contradictoires des deux camps.
Mais je nuancerais un point
Je ne dirais pas encore que Haftar sera nécessairement mis en difficulté dans les prochaines semaines ou les prochains mois.
Il dispose encore d'un avantage considérable : organisation militaire, moyens lourds, aviation/drones, ressources et capacité à envoyer des renforts.
En revanche, je dirais ceci :
Si Haftar répond exclusivement par la force, sans traiter les causes politiques et sociales de la rébellion, il risque de transformer une insurrection localisée en conflit chronique.
Et c'est là que votre idée de « porte de sortie intelligente » prend tout son sens.
Une sortie intelligente ne signifierait pas nécessairement capituler. Elle pourrait consister à séparer les combattants irréconciliables de la population qui peut encore être ramenée dans le processus politique, proposer des garanties aux militaires locaux, ouvrir un dialogue avec les notables et les communautés du Sud, et réduire les facteurs qui alimentent le recrutement.
Car une victoire militaire contre 100 combattants ne règle rien si, derrière eux, 300 jeunes sont prêts à les remplacer.
Et il existe déjà un indice préoccupant pour Haftar
En juillet, des sources ont rapporté que la Chambre revendiquait une progression vers la base aérienne d'Al-Louig, après avoir pris une position à Arandiga, ce qui montre que son activité ne se limite plus au secteur d'Al-Toum.
Je serais donc particulièrement attentif à trois indicateurs dans les prochaines semaines :
1. Les attaques contre les petits postes.
Si elles se répètent, cela signifie que la Chambre cherche à étirer le dispositif.
2. Les défections ou ralliements de militaires locaux.
Ce serait beaucoup plus dangereux pour Haftar qu'une simple perte temporaire d'un poste.
3. La capacité de la Chambre à toucher les axes vers Gatrun et les installations militaires importantes.
Là, on passerait d'une guérilla frontalière à une véritable contestation du contrôle territorial du Fezzan.
Et votre connaissance du terrain apporte une dimension que les cartes ne montrent pas : dans ce désert, contrôler un poste ne signifie pas nécessairement contrôler l'espace. C'est probablement la question centrale à laquelle Haftar doit répondre.
À mon sens, le scénario le plus dangereux pour Haftar n'est donc pas la chute spectaculaire d'une grande ville. C'est une lente érosion : poste après poste, défection après défection, famille après famille, jusqu'au moment où une partie du Sud cesse simplement de considérer les forces de Haftar comme l'autorité capable de garantir sa sécurité.
Dr. Ahmat Yacoub : Enfin, la crainte de certains experts libyens est de voir à partir de cette rébellion une sécession du sud libyen puisqu'il s'agit de la libération du sud libyen.
Oui, c’est un scénario qu’il faut prendre au sérieux, mais je distinguerais nettement deux choses : une rébellion pour libérer le Sud de l’emprise de Haftar et un projet politique visant à séparer le Fezzan du reste de la Libye. Pour l’instant, les éléments publics que je trouve ne permettent pas d'affirmer que la seconde option est l'objectif officiel de la Chambre.
La dénomination même de « Chambre d’opérations pour la libération du Sud » est néanmoins politiquement lourde. Elle annonce vouloir « libérer toutes les régions du Sud », considère les positions de Haftar comme des cibles et appelle les militaires qui lui sont fidèles à abandonner leurs postes.
Le risque de scission existe, même sans proclamation séparatiste
C'est là que je rejoins votre observation.
Une sécession ne commence pas nécessairement par une déclaration disant : « nous créons un État du Fezzan ». Elle peut commencer beaucoup plus progressivement :
1. Contrôle militaire du territoire
Les forces locales chassent progressivement les forces de Haftar des postes du Sud.
2. Contrôle des frontières
Elles contrôlent les passages vers le Niger et le Tchad.
3. Administration de fait
Elles commencent à assurer la sécurité, les formalités, les taxes, les déplacements et éventuellement les services locaux.
4. Construction d'une légitimité politique
Elles expliquent que le Sud est abandonné, marginalisé ou soumis à une autorité extérieure.
5. Puis seulement vient la question politique : autonomie, fédéralisme ou indépendance.
C'est ce processus de construction d'un pouvoir de fait qui serait préoccupant.
Mais il y a actuellement un élément qui va plutôt dans l'autre sens
La Chambre ne présente pas publiquement son projet comme une indépendance du Fezzan. Au contraire, dans une déclaration d'avril, elle affirme vouloir une « nouvelle Libye », civile et démocratique, rejette les arrangements politiques imposés et demande que l'accès au pouvoir passe par les élections. Elle exige également que les militaires quittent leurs fonctions avant de pouvoir se présenter à une élection.
Donc, son discours officiel actuel ressemble davantage à une contestation nationale de Haftar qu'à un programme séparatiste du Fezzan.
Mais cela ne suffit pas pour écarter le risque.
Pourquoi la situation pourrait évoluer
Imaginons votre scénario :
Al-Toum est attaqué →
Al-Louekh est menacé →
d'autres postes tombent →
les forces de Haftar se replient vers les grandes garnisons →
la Chambre contrôle progressivement les axes →
des militaires locaux rejoignent la rébellion →
une partie des populations apporte son soutien.
À ce moment-là, le Sud pourrait progressivement fonctionner comme un territoire autonome de facto, même sans déclaration d'indépendance.
Et c'est précisément là que le nom « libération du Sud » pourrait prendre une dimension politique nouvelle.
Le facteur démographique et communautaire est essentiel
Vous avez également évoqué précédemment Gatrun/Gadroun et la présence importante de Libyens noirs.
Il faut être très prudent ici : il ne faudrait pas réduire le conflit à une opposition « Arabes contre Noirs ». Le Fezzan est beaucoup plus complexe, avec des appartenances tribales, communautaires et politiques qui se chevauchent.
Mais si la rébellion réussissait à fédérer plusieurs communautés marginalisées autour d'un discours du type :
« Le Sud doit être dirigé par les gens du Sud »,
alors elle pourrait acquérir une profondeur politique beaucoup plus importante.
Elle ne serait plus seulement une guérilla contre Haftar.
Elle deviendrait un mouvement territorial sudiste.
C'est précisément ce que certains observateurs libyens doivent craindre.
Et le facteur tchadien et nigérien complique encore la situation
Votre description d'Al-Louekh est ici fondamentale.
Si ce poste constitue le premier contrôle important pour les véhicules venant du Tchad et du Niger, celui qui le contrôle possède quelque chose de beaucoup plus important qu'une simple position militaire :
il contrôle une partie du flux transfrontalier.
Cela peut produire progressivement une économie politique propre au Sud :
territoire → sécurité → frontière → circulation → revenus → influence politique.
Et si ce système échappe durablement à Haftar, le centre de gravité politique du Fezzan pourrait commencer à se déplacer.
Le scénario que je surveillerais le plus
À mon avis, il existe trois scénarios, par ordre croissant de gravité pour l'unité libyenne :
Scénario
Conséquence
Guérilla limitée
Haftar conserve les villes et reprend les postes
Guerre d'usure
Le Sud devient difficile à gouverner et coûte cher à Haftar
Territoire sudiste autonome de fait
Apparition d'un troisième pouvoir territorial en Libye
Le troisième scénario serait le plus dangereux.
Il ne signifierait pas forcément immédiatement « indépendance du Fezzan ». Mais une fois qu'un territoire possède ses combattants, ses frontières, ses routes, ses recettes et son administration, le retour à l'autorité centrale devient extrêmement difficile.
Et l'histoire récente de la Libye montre justement combien les divisions territoriales de fait peuvent durer.
Pour Haftar, la porte de sortie intelligente devient donc encore plus importante
S'il réussit à présenter le conflit comme une simple opération antiterroriste et répond uniquement par des frappes et des renforts, il risque de donner à la rébellion exactement ce dont elle a besoin : des martyrs, des familles endeuillées et un récit de marginalisation du Sud.
En revanche, s'il accepte rapidement une solution politique spécifique au Fezzan — représentation réelle des populations du Sud, sécurité locale, intégration ou réorganisation des forces, garanties économiques et contrôle partager des frontières — il pourrait empêcher que la revendication de « libération du Sud » se transforme en revendication d'autodétermination.
C'est, à mon sens, le véritable tournant à surveiller : non pas simplement « les rebelles vont-ils prendre Al-Louekh ? », mais « vont-ils réussir à transformer leurs victoires militaires en pouvoir politique territorial ? »
Si cela se produit, alors la question de la scission du Sud libyen cessera d'être une crainte théorique de certains experts et deviendra une véritable question politique nationale.
Dr. Ahmat Yacoub : Nous les chercheurs nous avons de fois de imaginations exagérées et quelquefois irréalistes. Moi je pars encore plus loin que la sécession du Sud libyen mais la création d'un État Toubou (touboustane) en grignotant aussi le tibesti du tchad et une oaryie du niger.
Oui — et justement, en tant que chercheurs, il est utile de pousser volontairement le scénario jusqu'à son extrême pour tester sa plausibilité, puis de revenir aux indicateurs concrets. Votre hypothèse d'un « Touboustan » transfrontalier est très spéculative aujourd'hui, mais elle n'est pas absurde sur le plan géopolitique : elle s'appuie sur une réalité fondamentale du Sahara, à savoir que les espaces de vie toubou traversent les frontières de la Libye, du Tchad et du Niger. Les Toubou sont historiquement présents dans le Tibesti et dans plusieurs zones du sud libyen, notamment autour de Mourzouq et Qatrun, ainsi qu'au Niger.
Mais je ne vois actuellement aucune preuve que la COLS poursuive un tel projet. Au contraire, son chef Mohamed Wardougou affirme que son mouvement rassemble Arabes, Toubou et Touaregs et présente sa lutte comme une « révolution dans le Sud » contre Haftar, pas comme la création d'un État toubou.
Mais votre scénario mérite d'être testé
Il devient intéressant si on raisonne en termes de conditions nécessaires.
Pour qu'un « Touboustan » apparaisse, il faudrait plusieurs transformations successives :
1. Une victoire militaire durable dans le Sud libyen.
Pas simplement prendre Al-Toum ou Al-Louekh pendant quelques heures, mais empêcher durablement les forces de Haftar de rétablir leur contrôle.
2. Une coalition toubou suffisamment forte.
C'est probablement le point le plus difficile. Les Toubou ne constituent pas un bloc politique parfaitement homogène. Et surtout, la COLS affirme actuellement représenter également des Arabes et des Touaregs.
3. Une extension vers le Tibesti tchadien.
Là, votre scénario devient beaucoup plus explosif. Le Tibesti n'est pas un espace vide que l'on pourrait simplement « annexer ». Il appartient à l'État tchadien, qui y dispose de forces et d'intérêts stratégiques majeurs.
4. Une déstabilisation simultanée du Nord-Niger.
Ce serait nécessaire pour créer une véritable continuité territoriale toubou transfrontalière.
5. Une reconnaissance ou au minimum une tolérance internationale.
Et c'est probablement l'obstacle le plus considérable.
Mais il y a une chose très intéressante dans votre hypothèse
Le mouvement pourrait commencer sans jamais parler de Touboustan.
C'est peut-être même ainsi qu'un tel projet apparaîtrait s'il devait un jour émerger.
Aujourd'hui :
« Libération du Sud libyen »
Demain :
« Autonomie du Fezzan »
Puis éventuellement :
« Droit des populations du Sud à administrer elles-mêmes leur territoire »
Et seulement beaucoup plus tard :
« Unification des territoires toubou séparés par les frontières coloniales ».
C'est ce cheminement qu'il faudrait surveiller.
Et il existe déjà un élément qui va dans le sens opposé : un nouveau mouvement politique du Fezzan, créé en juin 2026, affirme explicitement vouloir restaurer le rôle du Fezzan « dans le cadre d'un État libyen unifié ».
Cela montre que même au Sud, la revendication régionale ne signifie pas automatiquement séparatisme.
Le facteur géographique est néanmoins remarquable
Votre scénario repose sur une réalité historique : les frontières modernes coupent l'espace toubou en plusieurs États.
Le cœur historique est le Tibesti, mais les populations toubou s'étendent vers le sud libyen et le Niger.
Et la COLS est précisément dirigée par un Toubou, Mohamed Wardougou, dont le mouvement dispose d'une implantation transfrontalière selon les analyses disponibles. Le Monde souligne également que cette communauté est implantée de part et d'autre des frontières libyenne, tchadienne et nigérienne.
C'est donc là que votre hypothèse devient intéressante pour un chercheur : le facteur transfrontalier existe déjà ; ce qui manque, c'est le projet politique transfrontalier.
Je formulerais donc votre hypothèse ainsi
Hypothèse maximale : la rébellion actuelle ne chercherait pas seulement à remettre en cause l'autorité de Haftar sur le Fezzan, mais pourrait, si elle échappait au contrôle des États concernés, favoriser l'émergence d'un espace politique toubou transfrontalier englobant une partie du Sud libyen, le Tibesti tchadien et certaines zones du Nord-Niger.
Mais aujourd'hui, je la classerais comme scénario prospectif de niveau 3, et non comme tendance observable.
Le scénario beaucoup plus crédible à court terme serait plutôt :
rébellion anti-Haftar → affaiblissement du contrôle du Fezzan → autonomie de fait de certaines zones → montée des revendications locales → éventuellement fédéralisme/autonomie du Fezzan.
Le passage de ce scénario à un véritable Touboustan nécessiterait une rupture beaucoup plus profonde au Tchad et au Niger.
Et paradoxalement, c'est peut-être le Tchad qui constitue la principale variable de votre scénario : si N'Djamena reste politiquement et militairement solide dans le Tibesti, la construction d'un Touboustan transfrontalier devient extrêmement difficile. Si, au contraire, l'État tchadien connaissait simultanément une crise majeure dans le Nord, alors la géographie que vous décrivez pourrait soudainement devenir politiquement exploitable.
C'est précisément pour cela que votre hypothèse, même très audacieuse, mérite d'être conservée comme scénario prospectif, sans la confondre avec la réalité actuelle.