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Conflit et prévention

Message à mon ami Bakry Yacoub, membre des FSR

Dimanche 9 Août 2026

Bakry Yacoub
Bakry Yacoub

Mon cher frère et ami Bakri Yakoub,

Je pense que le moment est venu pour toi d'appeler à la paix, aussi difficile que cela puisse paraître dans ce climat d'intransigeance et de fermeté qui caractérise les positions des deux parties. Chaque camp continue de croire qu'il est capable de remporter une victoire militaire décisive, alors que la réalité montre qu'une victoire complète et durable de l'un ou l'autre est presque impossible, et que la poursuite de la guerre ne conduira qu'à davantage de destruction et de souffrance.

Laisse-moi répondre à ta question : qui est responsable de cet effondrement ? Ou plutôt, qui est responsable de cette tragédie ? A mon avis, on ne peut pas en imputer la responsabilité à une seule personne, que ce soit Hemetti ou quelqu'un d'autre. Quiconque appelle à la poursuite de la guerre, encourage les jeunes à combattre jusqu'à la mort, et ferme les yeux sur les souffrances des civils, porte une part de responsabilité.

Franchement, depuis longtemps déjà, je voulais être honnête avec toi sur ce sujet. Je te porte tout mon respect et ma considération, mais j'ai toujours été surpris par la ligne éditoriale de tes sorties, car je t'ai connu comme un homme qui appelle à la paix, à la justice et à l'égalité, loin du tribalisme et du racisme. Nous avons d'ailleurs travaillé ensemble dans le cadre des projets de paix du centre d'études que je préside. Je repoussais donc cette discussion, espérant trouver le moment opportun.

En tant que chercheur, je m'attendais, et je continue de m'attendre, à ce que la situation se détériore davantage si la guerre se poursuit, ce qui se produit malheureusement aujourd'hui. On ne peut nier que les Forces de soutien rapide, qu'on le veuille ou non, jouissaient d'une large popularité avant le déclenchement de la guerre. Mais elles ont perdu une grande partie de cette popularité après la guerre, pour plusieurs raisons, dont les plus importantes sont :

  1. Les massacres horribles dans la région d'El Geneina et l'assassinat du gouverneur Khamis, ainsi que les tueries et effusions de sang commises contre les Massalit, ce qui a provoqué un choc considérable au Soudan et à l'étranger.

  2. L'échec à rassurer la tribu des Zaghawa, qui adoptait au début de la guerre une position proche de la neutralité. Cette tribu, quoi qu'on en dise, possède une longue expérience dans la gestion des conflits militaires, et il aurait été possible d'éviter de perdre sa neutralité.

  3. L'attaque de Mistiriha, malgré l'opposition de personnalités appartenant aux Forces de soutien rapide, comme Sawana et Al-Nour Guba, qui avaient conseillé à Abdel Rahim Daglo de ne pas franchir ce pas. Mais l'insistance à mener cette attaque, ainsi que le retrait de Moussa Hilal de la région puis son ralliement ultérieur à l'armée, ont constitué un tournant important et ont contribué au début du recul de l'influence des Forces de soutien rapide au Kordofan. De plus, les contacts qui ont eu lieu par la suite entre Moussa Hilal, Al-Nour Guba, Sawana et certains dirigeants des Forces de soutien rapide, avec l'aide des services de renseignement, ont provoqué des divisions au sein des rangs des Forces de soutien rapide, ce qui a accéléré leur effondrement au Kordofan.

  4. Les violations et crimes commis, en particulier à El Fasher, suivis des aveux de certains accusés, comme Abou Lulu, ce qui a gravement nui à l'image et à la crédibilité des Forces de soutien rapide. La situation s'est aggravée lorsque certains de leurs partisans sur les réseaux sociaux ont diffusé des discours incitatifs et des fatwas appelant à exclure ou punir quiconque critique les Forces de soutien rapide ou refuse de les soutenir publiquement.

Cher ami, je sais parfaitement que tu es un homme intelligent, et c'est pour cela que j'ai osé t'écrire ces mots. Le commandant Hemetti a eu, à un moment donné, une occasion historique de laisser une empreinte positive au Darfour, en orientant ses ressources vers l'éducation, l'agriculture, la santé, le logement populaire, le développement industriel et la création d'emplois pour les jeunes. Si cela s'était produit, des milliers de jeunes qui ont aujourd'hui perdu la vie vivraient dans un contexte de développement et de stabilité, et l'histoire se souviendrait peut-être de lui comme d'un homme ayant contribué à l'essor de la région.

Mais, hélas, cette occasion a été perdue, et le Soudan est entré dans une guerre dont chacun paie le prix, un prix qui ne cesse de s'alourdir jour après jour. Et toi-même, certainement, tu as perdu des êtres chers.

Malgré tout cela, la paix, aussi tardive soit-elle, reste moins coûteuse que la poursuite de la guerre, et plus digne pour le Soudan et son peuple que toute victoire militaire qui n'apporterait ni stabilité ni guérison aux blessures de la nation. C'est pourquoi je te recommande d'appeler, à partir de maintenant, à la paix et d'y réfléchir sérieusement.

Ton ami, Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de Conflits
Président du CEDPE