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Ensemble contre les conflits et pour la paix

Sous la loupe

Soudan: La situation d’El-Obeid montre que l’action humanitaire classique atteint ses limites.

Mardi 11 Août 2026

Même si la menace militaire des FSR est repoussée à 40 km de la ville, la situation humanitaire est particulièrement préoccupante parce que les attaques ont déjà fortement perturbé les infrastructures hydrauliques. En en juillet, les frappes avaient ramené l'approvisionnement de la ville à environ 20 % de ses besoins, tandis que des attaques avaient également touché des camions-citernes.


Il ne s’agit plus seulement d’apporter de l’aide à une population déplacée, mais de maintenir en fonctionnement une ville assiégée ou semi-assiégée, tout en se préparant à de nouveaux déplacements.
OCHA confirme que l’insécurité autour d’El-Obeid continue de provoquer des déplacements, tandis que des personnes arrivent dans la ville pour y chercher protection et assistance. Malgré cela, l’ONU et ses partenaires ont réussi à distribuer environ 2 millions de litres d’eau à 133 000 personnes. (
english.news.cn )
Ce que les Nations unies devraient faire, à mon avis :
1. Passer d'une logique d'intervention à une logique d'anticipation.
Il faut préparer avant l'arrivée des déplacés des stocks d'eau, nourriture, médicaments, bâches, latrines et équipements sanitaires dans plusieurs points autour d'El-Obeid. La ville accueille déjà environ un demi-million d'habitants et plus de 80 000 déplacés selon l'OIM, avec de nouvelles arrivées régulières. (
iom.int )
2. Décentraliser les stocks est probablement essentiel.
Si tous les stocks sont à El-Obeid et que les routes deviennent impraticables ou que les combats atteignent la ville, l'aide peut être paralysée.
Il faudrait donc constituer des stocks humanitaires avancés dans des zones relativement sûres autour de la ville et dans les États voisins, afin de pouvoir alimenter plusieurs axes simultanément.
3. Faire de l'eau une priorité absolue.
La situation est particulièrement préoccupante parce que les attaques ont déjà fortement perturbé les infrastructures hydrauliques. OCHA avait indiqué en juillet que les frappes avaient ramené l'approvisionnement de la ville à environ 20 % de ses besoins, tandis que des attaques avaient également touché des camions-citernes. (
Radio Tamazuj )
Les partenaires devraient donc multiplier :
les citernes mobiles ;
les forages et réparations de puits ;
les unités de traitement et de chloration ;
les réservoirs communautaires ;
la distribution directe dans les quartiers et sites de déplacés.
Cela est d'autant plus urgent que le choléra circule dans le Kordofan. (
Radio Tamazuj )
4. Préparer une réponse sanitaire mobile.
Si les déplacements augmentent, les structures fixes seront rapidement saturées.
Il faut donc renforcer les cliniques mobiles, les équipes de vaccination, la surveillance épidémiologique et les capacités de prise en charge de la malnutrition.
 
Le financement est toutefois un obstacle majeur : le plan humanitaire soudanais de 2026 reste très insuffisamment financé. (
fts.unocha.org)
5. Surtout : négocier des corridors humanitaires sécurisés
C'est probablement le point politique le plus important.
L'ONU doit exercer une pression simultanément sur les Forces armées soudanaises et les FSR afin d'obtenir :
un cessez-le-feu ;
la sécurité des convois ;
la libre circulation des ambulances ;
la protection des infrastructures hydrauliques ;
l'interdiction des attaques contre les installations civiles ;
des fenêtres humanitaires prévisibles.
Ce ne sont pas nécessairement de grands corridors permanents. Des fenêtres de 24 à 72 heures permettant aux convois de passer pourraient déjà sauver énormément de vies.
6. Préparer aussi le scénario d'une sortie massive d'El-Obeid
C'est probablement le scénario que les agences doivent anticiper dès maintenant.
L'IRC avertit qu'une offensive contre El-Obeid pourrait provoquer un mouvement massif vers l'État du Nil Blanc, alors que les routes, le carburant et la sécurité nécessaires à ces déplacements se dégradent déjà. (
Front page - US )
Il faut donc éviter que les déplacés partent sans destination organisée.
 
L'OIM, le HCR, le PAM et les ONG devraient identifier à l'avance :
El-Obeid → axes de sortie → zones d'accueil → capacité d'accueil → eau → alimentation → santé → protection.
Autrement dit, passer d'une réaction improvisée à une planification des mouvements de population.
7. Et il faut aider les populations hôtes
C'est un aspect souvent oublié.
Si une ville de 500 000 habitants reçoit encore 100 000, puis 200 000 personnes déplacées, la population locale devient elle-même vulnérable.
Il faut donc éviter de créer deux catégories :
« aide aux déplacés » d'un côté, « population locale » de l'autre.
L'eau, les centres de santé, les écoles temporaires, les installations sanitaires et les distributions alimentaires doivent autant que possible bénéficier aux déplacés et aux communautés d'accueil.
Cela réduit également les tensions entre les deux groupes.
 
Mais il existe une limite que l'humanitaire ne peut pas franchir
C'est probablement le point essentiel.
L'ONU peut distribuer 2 millions de litres d'eau ; elle ne peut pas garantir durablement l'accès à l'eau si les infrastructures sont bombardées.
Elle peut installer une clinique ; elle ne peut pas empêcher qu'un convoi soit attaqué.
Elle peut préparer des camps ; elle ne peut pas empêcher de nouvelles populations de fuir.
Elle peut négocier des corridors ; elle ne peut pas imposer leur respect aux belligérants.
Donc la réponse humanitaire doit être accompagnée d'une action diplomatique beaucoup plus forte sur la protection des civils et l'accès humanitaire.
Et le problème devient particulièrement inquiétant parce que le Kordofan est désormais l'un des principaux théâtres de la guerre, tandis qu'El-Obeid constitue un important centre de concentration des populations déplacées. MSF estime déjà qu'environ un demi-million de personnes à El-Obeid ont un accès limité aux services essentiels et souligne que la ville se trouve à seulement une quarantaine de kilomètres des lignes de front. (
msf.org )
Donc, l'ONU doit travailler simultanément sur trois horizons :
urgence → nourrir, soigner et approvisionner en eau ;
prévention → prépositionner les stocks et organiser les déplacements ;
diplomatie → obtenir des garanties de sécurité et d'accès humanitaire.
Sans le troisième volet, les deux premiers risquent de devenir une course sans fin derrière les déplacements de population.


Ramy Haroun
Analyste, chercheur associé au CEDPE
Sahel 7
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