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Conflit et prévention

Soudan: la carte militaire qui évolue

Jeudi 24 Septembre 2026

La carte militaire soudanaise est donc actuellement davantage marquée par une recomposition des fronts que par une victoire définitive d'un belligérant.



La situation militaire au 24 septembre 2026 montre un front soudanais très mobile. Les développements récents ne permettent pas de parler d’une victoire définitive de l’un ou l’autre belligérant. Les Forces armées soudanaises (FAS) progressent nettement au Kordofan et reprennent l’initiative dans certaines zones du Nil-Bleu, tandis que les FSR conservent une profondeur territoriale importante au Darfour et demeurent capables de mener des opérations offensives et des frappes de drones.
1. Le changement le plus visible au Kordofan
La reprise de Jammama, au nord-est de Sudri, est particulièrement intéressante pour l’armée soudanaise. Selon Anadolu, le 19 septembre, l'armée soudanaise et les forces alliées ont repris cette zone aux RSF. Jammama est un point commercial et un axe reliant El-Obeid à Al-Dabba, dans l'État du Nord. La source souligne que les RSF y exerçaient leur influence depuis les premières années de la guerre.
Cette opération intervient après une série de victoires annoncées par l'armée : 11 localités du Nord-Kordofan auraient été reprises le 17 septembre, parmi lesquelles Sharshar, Al-Qal'aa, Al-Kokaiti et des positions autour d'Al-Mazroub.
Le mouvement est donc plus important qu'une simple prise de village : l'armée soudanaise cherche à reconstituer une continuité territoriale dans le Nord-Kordofan et à sécuriser les axes entre El-Obeid, Bara, Sudri et les régions septentrionales.
Al-Jazeera confirme la progression simultanée de l'armée soudanaise sur plusieurs axes et décrit la zone d'Al-Qal'aa comme particulièrement importante pour les communications entre le Nord-Kordofan, le Darfour et le nord du pays.
2. Les FSR ne sont pas en situation d'effondrement et c'est probablement le point essentiel à retenir. Les gains des FAS au Kordofan ne signifient pas que les FSR ont perdu leur capacité opérationnelle. Elles conservent une implantation territoriale considérable dans le Darfour, tandis que leur alliance avec une faction du SPLM-N leur donne une profondeur supplémentaire dans le Sud-Est.
Elles ont également démontré leur capacité à frapper très loin derrière les lignes de front grâce aux drones. Le 20 septembre, quatre drones auraient notamment visé El-Obeid, notamment des installations militaires et administratives.
Autrement dit, les FSR peuvent perdre du terrain au sol tout en conservant une capacité de nuisance stratégique à distance.
3. Le Nil-Bleu est un front qui devient beaucoup plus important. C'est probablement l'autre évolution majeure.
Après avoir connu plusieurs retournements autour de Kourmouk, les combats se sont intensifiés dans le sud-est du pays. Les FSR combattent dans cette zone aux côtés d'une faction du SPLM-N, ce qui transforme progressivement le front du Nil-Bleu en un théâtre militaire distinct. Mais les derniers jours montrent également une contre-offensive des SAF.
Le 21 septembre, les autorités locales ont annoncé que l'armée soudanaise avait progressé au nord-est de Kourmouk et pris les zones de Balbung, Midel et Khor al-Hassan, en capturant notamment des véhicules et un dépôt de munitions.
Le 19 septembre, l'armée avait également annoncé avoir abattu un drone des FSR au-dessus de Kourmouk. Il faut donc éviter de considérer Kourmouk comme définitivement acquise à un camp : la zone connaît des mouvements successifs et reste extrêmement disputée.
4. l'Éthiopie est un élément géographique à ne pas sous-estimer. Le Nil-Bleu est différent du Kordofan parce qu'il ouvre directement sur la frontière éthiopienne. Kourmouk, Geissan et les zones environnantes constituent un corridor stratégique entre l'Éthiopie et le Soudan. La prise ou la perte de ces positions ne concerne donc pas uniquement la guerre intérieure soudanaise ; elle peut influencer les voies d'approvisionnement, les mouvements de combattants et les rapports de force régionaux.
En août, les FSR et leurs alliés avaient déjà réussi à pénétrer dans Kourmouk, avant que la situation ne se renverse à nouveau.
5. Le rapport de forces général
On peut donc résumer la situation actuelle ainsi :
L’armée soudanaise contrôle la capitale
  • Khartoum et d'une grande partie du centre et de l'est du pays ;
  • capacité aérienne supérieure ;
  • progression récente au Nord-Kordofan ;
  • pression accrue dans le Nil-Bleu ;
  • tentative de rétablir des corridors terrestres entre le centre, le nord et le Kordofan.
Les Forces de Soutien Rapide contrôlent
  • le territorial important dans le Darfour ;
  • présence persistante dans plusieurs zones du Kordofan ;
  • alliance opérationnelle avec une faction du SPLM-N dans le Nil-Bleu ;
  • capacité importante d'utilisation des drones ;
  • possibilité de mener des attaques derrière les lignes de l'armée.
 
Ce que révèle surtout la situation actuelle. A mon sens, le phénomène le plus intéressant à observer n'est pas simplement « qui avance aujourd'hui ? », mais la transformation de la géographie de la guerre.
Les FAS semblent chercher à fermer progressivement les corridors reliant le centre du Soudan aux zones contrôlées par les FSR, en particulier à travers le Kordofan. Les FSR, de leur côté, cherchent à maintenir leurs profondeurs territoriales occidentales et à ouvrir ou préserver des axes vers le sud-est.
Le Kordofan devient ainsi une zone charnière. Si l'armée réussit à consolider durablement ses positions autour de Bara, Sudri et El-Obeid, elle pourrait compliquer les communications entre les différentes zones d'influence des FSR. Mais cela ne signifie pas automatiquement que les FSR seront vaincues. Leur implantation au Darfour et leurs capacités de mobilité leur donnent encore une profondeur considérable.
La carte militaire soudanaise est donc actuellement davantage marquée par une recomposition des fronts que par une victoire définitive d'un belligérant.
Et c'est précisément pourquoi la reprise de Jammama mérite d'être suivie, elle s'inscrit dans une séquence plus large de progression des FAS dans le Nord-Kordofan, au moment même où les deux camps intensifient leurs opérations dans le Nil-Bleu.

 

Par Dr. Ahmat Yacoub Dabio
Expert en gestion de conflits
président du CEDPE
Sahel7, www.centrerecherche.com
yacoubahmat0@gmail.com